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Philippe Gomez : L’arbitre direct

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03/2009 –

NauticNews.com a rencontré Philippe Gomez au Creps d’Antibes. Le directeur du Pôle Voile, chargé des règlements pour l’équipe de France olympique, nous a parlé du rôle d’arbitre, notamment lors de la Coupe de l’America. Il nous a décrit avec précision les aspects et les spécificités de l’arbitrage en direct. Cet éclairage est d’autant plus intéressant que le Match Race est à l’honneur en 2009. Les Louis Vuitton Pacific Series viennent d’utiliser ce format de courses pour offrir 15 jours de régates intenses sur des Class America. Quant au circuit mondial, il fait pour la 1ère fois escale à Marseille, avec les Français Col et Richard classés respectivement second et troisième l’an passé. Philippe Gomez officie d’ailleurs comme arbitre lors du Marseille International Match Race. Au niveau des femmes, le Match Racing va remplacer le Yngling lors des prochains Jeux Olympiques. Cette nouvelle a été accueillie en France avec enthousiasme puisque Claire Leroy domine la discipline depuis 3 saisons.

NauticNews.com : Philippe Gomez, comment êtes-vous devenu arbitre ?

Philippe Gomez : J’étais un coureur de niveau régional, et skipper professionnel. Je me suis occupé plus précisément de la tactique et des règlements, lorsque j’ai commencé à travailler au Creps avec un de mes prédécesseurs dont c’était la spécialité. J’ai pris sa suite en quelque sorte. Ensuite, petit à petit, j’ai passé différentes qualifications d’arbitre.

NN : Vous avez participé à la Coupe de l’America de 2007 en tant qu’arbitre ?

P.G. : En effet. Je suis arbitre international et formateur d’arbitre international pour l’ISAF. J’ai bossé pour les Coupes de 1995, 2000 et 2003 avec Marc Pajot sur le défi français. J’étais coach et conseiller règlements alors qu’en 2007 à Valence, j’ai été Umpire. J’ai arbitré durant les 2 premiers Round Robins.

NN : Pourquoi dit-on « Umpire » ?

P.G. : C’est un terme anglais qui vient du Cricket, je crois. L’Umpire est au milieu du jeu, comme au Foot, à la différence qu’il n’interrompt pas le jeu. Il n’intervient que lorsqu’on lui demande. L’arbitre répond aux questions que les concurrents lui posent.

NN : Comment se déroule un match ?

P.G. : Pour chaque match, il y a sur l’eau 4 arbitres. Ils sont dans des zodiacs 2 par 2 derrière chaque bateau. Ils se positionnent de telle manière qu’ils aient des angles de vue complémentaires. On se communique ce que l’on voit, par radio ou par signes, et 1 des 2 bateaux donne la décision. Donc, à bord des zodiacs, les 2 mecs discutent entre eux et prennent la décision. C’est ce qui se passe en mer car à terre, il y a un jury qui va trancher les litiges autres que ceux de  route.

NN : Sur la Coupe de l’America, comment cela est il organisé ?

P.G. : C’est le Chef Arbitre fait les équipes d’arbitres. On sait à l’avance quels matchs on va arbitrer. La veille, on se met en situation. On essaye d’anticiper ce qui va se passer en fonction de ce que l’on a déjà connu, et aussi en fonction du collègue et des équipes qui s’affrontent. Suivant l’importance des matchs,  la pression entre en jeu. Au cours du match, après une décision, on prend la VHF pour donner quelques mots d’explication au Media Center.

NN : Il y a un débriefing après les matchs ?

P.G. : Quand on rentre, et jusque 2 jours après, il y a une séance d’explications où sont présents tous les arbitres et tous les participants. Là, tout le monde a vu les images. On présente des petits dessins explicatifs en disant : « Nous on a vu ça, et on a jugé pour telles ou telles raisons ». Les concurrents peuvent demander des précisions et des explications. Ca peut être une épreuve difficile pour l’arbitre qui a été choisi pour présenter le truc. En sachant que l’on ne peut pas revenir sur la décision, ça sert à ce que la prochaine fois tout le monde sache comment on juge les choses, et si on a fait une erreur, qu’on se mette d’accord sur comment on aurait du juger.

NN : Comment pensez vous que va évoluer l’arbitrage en direct ?

P.G. : On parle d’introduire la vidéo. Moi, je n’y suis pas opposé notamment sur la Coupe où il y a des moyens. On pourrait très bien imaginer d’avoir à terre un autre arbitre, qui avant que l’on donne la décision, regarde les images et nous dise : « Je pense que ». La décision finale restant sous la responsabilité de l’arbitre qui est impliqué dans l’action. Je pense que l’on va y arriver vu la différence de « Price Money » sur la Coupe. La décision a des conséquences économiques suffisamment importantes pour que l’on perde un peu de temps à regarder la vidéo. Je sais qu’il y en a qui sont absolument contre mais pour moi, on va forcément arriver là.

NN : Sur la dernière Coupe, avez vous un souvenir de match particulier ?

P.G. : Je ne sais pas trop quoi dire. Disons, que le match entre Oracle et Prada que j’ai arbitré. Ca a été un match où on a eu une dizaine de décisions à prendre, où les bateaux sont restés très, très proches et où le leadership a changé plusieurs fois. C’était très intense. Et en prime, coup de pot, on n’a pas fait de connerie. C’est vrai que c’est un très bon souvenir.

NN : Dernière question, arbitre, c’est un métier difficile ?

P.G. : C’est délicat. On est beaucoup plus replié sur soi-même que comme conseiller pour un syndicat. Mais l’investissement est moins lourd aussi. On n’a pas le droit aux sentiments, aux émotions. C’est la base du métier.

Propos recueillis le 20 janvier 2009.

Tags sur NauticNews.com : Match RaceAntibesUmpire

-NG-

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