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Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 : Une troisième dépression

Une nouvelle perturbation arrive en passant au Nord de l’archipel des Açores pour balayer le golfe de Gascogne la nuit prochaine et surtout vendredi ! Les solitaires de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe encore dans le septentrion du cap Finisterre vont devoir faire une nouvelle fois le dos rond tandis que ceux au Sud auront à gérer une phase de transition délicate vers les alizés. Quant aux deux trimarans leaders, ils tricotent au portant dans une brise encore instable à la latitude des Canaries…

Cette quatrième journée de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe a (presque) été une pause pour la plupart des solitaires en mer : seulement 20 à 30 nœuds de vent en moyenne et seulement trois à quatre mètres de creux, sauf sur certaines zones. Cette « accalmie » a permis à nombre d’entre eux de faire un check-up rapide de leur monture et pour certains, de décider d’effectuer une escale technique à l’image de Nicolas Troussel (Class40), de Louis Duc (Class40), de Romain Pilliard (ULTIME) ou d’Alain Delhumeau (Rhum Multi)… D’autres ont subi une avarie rédhibitoire tel Fabrice Payen (Rhum Multi) qui a vu le mât de son trimaran Team Vent Debout, s’écrouler suite à la rupture d’une cadène : le skipper avait pourtant remarquablement négocié le gros temps du golfe de Gascogne !

Replis stratégiques

En dehors des problèmes techniques qui ne peuvent être résolus en mer (et les navigateurs n’arrêtent pas de régler moult petits soucis à bord), plusieurs concurrents ont préféré se réfugier avant la troisième dépression qui arrive déjà sur les Açores. Or cette perturbation s’annonce tout de même puissante avec plus de quarante-cinq nœuds devant le cap Finisterre vendredi midi et plus de trente-cinq nœuds au cœur du golfe de Gascogne, avec un flux de secteur Sud-Ouest. Ce qui laisse entendre que l’état de la mer sera encore terrible, avec des houles croisées et des vagues pyramidales, particulièrement près des côtes ibériques et autour des Açores.

Or c’est vers cette zone que se dirigent plusieurs Multi50 dont les leaders Thibaut Vauchel-Camus et Erwan Le Roux : arriveront-ils à passer avant le front générant une bascule franche du Sud-Ouest à l’Ouest avec des grains violents ? Avec Boris Hermann (IMOCA) qui a choisi de repiquer à l’Ouest mercredi, ils seront les plus exposés. Pour autant, ceux qui n’ont pas pu encore s’extirper du golfe de Gascogne seront aussi cueillis par ce flux très musclé : une quinzaine de Class40 et cinq Rhum seront de nouveau face à une mer très dure. C’est aussi la raison pour laquelle les solitaires réfugiés dans les ports bretons patientent encore tel Jérémie Beyou ou Alexia Barrier (IMOCA) : une ouverture météorologique est prévue en fin de week-end et ils devraient être nombreux à reprendre le fil de la course après cette « troisième couche » !

Les alizés se structurent

Pour tous ceux qui ont franchi la ligne virtuelle qui relie les Açores au cap Saint-Vincent, les conditions de navigation seront totalement différentes : déjà la température ambiante a sensiblement grimpée même si le soleil n’est pas toujours au rendez-vous ; ensuite le vent a pris un régime de croisière plus raisonnable autour de 15 à 20 nœuds ; enfin la mer se lisse au fil des milles gagnés dans le Sud. Pour l’instant, seuls les deux trimarans ULTIME de François Gabart et Francis Joyon glissent vraiment dans des alizés (encore poussifs) tandis que les quatre premiers monocoques IMOCA bordurent les hautes pressions au large de Madère.

Enfin entre le cap Finisterre et Madère, la configuration est intermédiaire et tous ceux qui naviguent dans cette zone savent qu’il faut cette nuit mettre du charbon pour éviter le plus fort du nouveau coup de vent. À l’image de Loïck Peyron, Yann Marilley, Gilles Buekenhout (Rhum Multi) qui glissent vers le Sud le long des côtes espagnoles ou de Romain Pilliard (ULTIME) qui est reparti de La Corogne ce jeudi après-midi. Thierry Bouchard (Multi50) le sait aussi, lui qui a vu ses chariots de grand-voile le lâcher, l’obligeant à faire route sous voilure réduite vers Lisbonne.

ULTIME – Mi-parcours
L’Atlantique paraissait encore immense mercredi alors que MACIF et IDEC Sport peinaient à rentrer dans l’alizé. Voilà que l’océan rapetisse à 25 nœuds de moyenne vers Pointe-à-Pitre. Les deux grands trimarans ont parcouru plus de la moitié de la route et si Francis Joyon s’accroche, François Gabart fait toujours preuve d’une remarquable maîtrise de sa trajectoire.

« Tout va bien à bord de MACIF ! », les premiers mots de François Gabart à la vacation commencent à sonner comme un jingle sur cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Décalé dans le Nord d’IDEC Sport hier, François Gabart a encore une fois fait preuve de lucidité et d’agilité pour se replacer pile entre son concurrent et Pointe-à-Pitre. « Je suis hyper content de ce que j’ai fait cette nuit. J’ai bien glissé pour me replacer et ce n’est pas facile car on navigue toujours dans les restes du front avec un vent très irrégulier » expliquait-il ce midi. Les problèmes de lattes (deux ont cassé avant hier) sont résolus sur le trimaran volant : le nouveau réglage n’est pas optimum, le tissu plisse, « mais ça ira très bien au portant jusqu’en Guadeloupe ».

Des alizés poussifs

Même si le ciel gris et le portant poussif n’est pas conforme à l’image d’Épinal de l’alizé, la route est maintenant toute tracée jusqu’en Guadeloupe. « Il n’y a pas d’option très marquée, ni au Nord, ni au Sud. Je vais continuer sur un rythme soutenu sans faire n’importe quoi mais il faut rester très concentré » C’est sans doute le vrai danger de cette deuxième partie de course pour François Gabart et Francis Joyon également : ne pas se laisser aller dans des conditions devenues plus amicales après trois jours à foncer pour esquiver les systèmes dangereux où les organismes et le matériel ont été très sollicités.

Concentration au portant

L’alizé qui va se renforcer n’est pas un vent d’opérette : ses grains peuvent être aussi soudains que puissants et chaque léger changement de trajectoire suppose une bonne anticipation sur ces grands multicoques. On peut compter sur Francis Joyon pour ne jamais relâcher la pression mais les chiffres ont la tête dure. De 46 milles mercredi après-midi, l’avance de François Gabart est passée à 100 milles dans la nuit et 123 au classement de ce jeudi midi. La moyenne sur 24 heures est supérieure de trois nœuds à l’avantage du leader…

Pendant ce temps, Romain Pilliard a rallié la Corogne pour remettre de l’ordre dans le gréement de son Remade-Use it again ! Il y a retrouvé Sodebo Ultim’ où l’équipe technique meule le carbone et re-stratifie les carénages de bras blessés du grand trimaran. Thomas Coville a annoncé sa volonté hier de reprendre la mer pour « finir l’histoire ». Quelque soit le timing des réparations, il faudra sans doute attendre la fin du passage de la vilaine dépression de vendredi-samedi pour quitter la Galice. À ce moment-là, il se pourrait bien que les deux leaders ne soient pas très loin d’apercevoir la Soufrière sous les nuages antillais…

– PM Bourguinat –

Multi50 – Demi-tour
Alors que Thierry Bouchard, victime d’une avarie la nuit dernière, fait route vers le Portugal, les cinq autres Multi50 cavalent toujours vers Pointe-à-Pitre. Mais les situations de ces « petits » multicoques diffèrent entre le coup de vent qui menace Thibault Vauchel Camus et Erwan Le Roux et le vent portant dont profite Armel Tripon.

Bien placé depuis le départ, un temps en tête, Thierry Bouchard a mené la flotte des Multi50 mais désormais, la course n’est plus sa priorité. Dans un violent grain et un empannage involontaire, il a cassé son chariot de grand-voile dans la nuit de mardi à mercredi et n’a plus qu’une obsession : rallier les côtes portugaises. « Un nouveau front va arriver demain sur le Nord du Portugal et il faut absolument que j’aille au Sud pour l’éviter », expliquait-il d’une voix inquiète lors de la vacation en fin de matinée. Le skipper de Ciela Village a mis le cap vers Lisbonne mais, en milieu d’après-midi, il pointait toujours à plus de 300 milles de la capitale portugaise. « Je me bats pour y arriver à temps ».

« J’ai failli me renverser »

La rudesse des conditions n’épargne personne, même Armel Tripon, le skipper le plus au Sud de la flotte. « J’ai failli me renverser dans la nuit de mardi à mercredi. On se doit d’avoir une vigilance de chaque instant, même lorsque ça va glisser dans l’alizé. Sur le tableau dans mon cockpit, j’ai d’ailleurs inscrit ‘concentration’ en grand. » Mais le skipper de Réauté Chocolat poursuit sa route, lui qui est passé à l’Ouest de Madère mercredi après-midi. Il se rapproche des alizés, à 30 milles des IMOCA de Paul Meilhat et de Yann Eliès.

Cette route plein sud, c’est aussi le choix de Lalou Roucayrol plus que jamais d’attaque au lendemain de son départ du port de Porto où il a fait escale. Le marin d’Arkema, qui pointe à 400 milles à l’Ouest de Tripon, pourrait même plonger jusqu’aux Canaries, profitant de sa position de chasseur « Ça peut me permettre de trouver les alizés plus rapidement que mes camarades ». Lalou a retrouvé le sourire et assure « penser beaucoup à mes copains là-haut qui se sont enfermés vers les Açores ».

À plus de 500 milles au Nord-Ouest d’Arkema, Thibaut Vauchel Camus (1er, à 2470 milles de l’arrivée), Erwan Le Roux (2e) et Gilles Lamiré (3e) avançaient moins rapidement en début de journée (16,8 nœuds de moyenne contre 25 nœuds pour Tripon). Ils sont surtout bien plus exposés à la nouvelle perturbation qui devrait débuter dès ce soir et s’étendre pendant toute la nuit. La mer, très formée, compliquera donc leur progression et obligera à une vigilance de chaque instant à bord de bateaux exposés dans ce type de conditions.

IMOCA – Convergence madérienne
Au quatrième jour de mer, on commence à y voir plus clair sur l’échiquier des IMOCA. Deux groupes se détachent clairement. Le quatuor de tête composé d’Alex Thomson, Paul Meilhat, Vincent Riou et Yann Eliès oblique doucement vers l’Ouest à la hauteur de Madère. Une bonne centaine de milles en retrait, un groupe de quatre poursuivants alignés d’Ouest en Est oppose Stéphane Le Diraison, Alan Roura et Damien Seguin, Arnaud Boissières navigant un peu en retrait. Quant à Boris Hermann, il ajoute une note dissonante à cette partition bien orchestrée : décalé à l’Ouest, l’allemand fait route à hauteur des Açores et pointe en deuxième position au classement…

Cette 11ème Route du Rhum-Destination Guadeloupe tient toutes ses promesses en IMOCA, et c’est loin d’être fini. Après le bon coup d’Alex Thomson en sortie de Manche, le voilà revenu au contact de ses concurrents les plus dangereux, le trio Meilhat-Riou-Eliès pour une régate qui ne fait que commencer. Au gré des variations de vent, l’écart fluctue autour d’une soixantaine de milles en distance au but. Rien au regard des 2500 milles qui restent à couvrir, mais nul doute qu’Alex va s’appliquer à conserver son écart en latéral qui pourrait se transformer en un petit matelas lorsque les bateaux feront route directe. Tout l’art consiste désormais à bien doser la trajectoire entre Ouest et Sud : Loffer pour faire de la route mais pas trop pour éviter de tomber dans les griffes de l’anticyclone des Açores que ces quatre-là commencent à contourner…

Régate devant les étraves

En tous cas, cette Route du rhum ne se réglera pas, comme on pouvait le craindre il y a deux jours, en lançant la pièce en l’air entre une route Nord et une autre au Sud. A moins que Boris Hermann tire ses marrons du feu au large des Açores, lui qui a été le dernier à optionner hier dans cette voie de l’Ouest. Il n’a plus d’autre choix maintenant que d’affronter plus de vent et de mer au passage de la troisième dépression demain, mais il peut espérer plonger ensuite tribord amures derrière le front. Au risque de se planter dans l’anticyclone ? Joint pour la première fois à la vacation depuis le départ, le skipper de Malizia II-Principauté de Monaco se montrait philosophe mais pas détaché : « Maintenant, je n’ai plus d’autre choix que d’aller au bout de mon option, on verra ce que ça donnera. Par contre, je suis jaloux des autres qui ont des conditions de navigations plus confortables… » La rupture de l’ancrage de son J3 a fait perdre une trentaine de milles à Boris hier mais il peut à nouveau compter sur son petit foc qui lui sera utile demain.

Pour les leaders, il reste à passer une zone de transition avant de toucher un vrai portant alors que l’alizé semble encore faiblard au dessus de 30° de latitude. Des conditions plutôt favorables à Paul Meilhat toujours deuxième de son groupe sur son bateau à dérives, qui pourra également faire valoir ses qualités en descente si l’alizé est très Est et qu’il faut multiplier les empannages. En tous cas, force est de constater que SMA ne lâche rien à ses concurrents à foils, dont on ne sait d’ailleurs s’ils sont encore à 100% de leur potentiel…

Le match des « vintage »
Derrière, la régate reprend également le dessus après ces trois jours à se dégager des dangers du golfe de Gascogne et des côtes ibères. « Ce baptême en IMOCA a été plutôt brutal avec des passages à 50 voire 60 nœuds raconte Damien Seguin. La nuit dernière a également été compliquée avec le passage du front. L’essentiel dans de telles conditions, c’est surtout de faire attention au matériel. Je suis encore en course et c’est plutôt bon signe ! » Le skipper de Groupe Apicil n’a pas démérité depuis le départ de Saint-Malo et hisse ce soir son plan Finot-Conq 2007 en huitième position dans le tableau d’Alan Roura. Dans leur Ouest, un troisième quasi-sistership est aussi à surveiller. A bord de Time for Oceans, Stéphane Le Diraison se félicite d’avoir un bateau costaud et un ballast avant pour charger l’étrave dans la mer, encore dure cette nuit. Ces trois-là vont se livrer sans nul doute une belle régate d’ici Pointe-à-Pitre sur des bateaux aux performances proches, avantage tout de même à La Fabrique qui semble avoir trouvé une nouvelle jeunesse avec ses foils.

Derrière, Arnaud Boissières, peut encore raccrocher ce wagon, mais devra surveiller son vieux camarade arcachonnais Yannick Bestaven qui n’a pas traîné à Cascais ce matin. En moins de 6 heures d’escale, Maître CoQ repartait avec un nouveau hook de grand-voile pour une « course poursuite » comme la Route du Rhum les affectionne.

– PM Bourguinat –

Class40 – Accrocher les alizés
Quatre jours de course sur la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et la flotte de la Class40 n’en a pas encore terminé avec le gros temps, un nouveau front s’annonçant pour la nuit de jeudi puis la journée de vendredi, particulièrement pour les marins situés au-dessus de la latitude de Lisbonne. Pas étonnant dans ces conditions de trouver les gros bras aux commandes avec un trio Yoann Richomme-Phil Sharp-Aymeric Chappellier qui cavale vers le Sud pour faire le tour de l’anticyclone des Açores.

Une nouvelle nuit de peine pour les Class40 qui ont encore enduré de mercredi à jeudi des conditions particulièrement musclées. Nombreux sont ceux qui ont ainsi parlé de vents de nord-ouest jusqu’à 50 nœuds et de mer casse-bateau générant des déferlantes de travers stressantes pour les marins. « L’ambiance est toujours casque lourd à l’intérieur, ça envoie du pâté, ça déménage ! La nuit dernière, c’était horrible, le bateau volait, partait dans tous les sens, c’était assez stressant, j’étais dans mon pouf, les ongles crispés, j’essayais de ralentir, mais par moments, ça s’emballait », a ainsi raconté en fin de matinée jeudi Aymeric Chappellier, troisième sur Aïna Enfance & Avenir. Cette répétition de coups de vent depuis le départ de Saint-Malo dimanche engendre forcément son lot de pépins techniques, l’un des derniers en date ayant touché Nicolas Troussel (Corum), qui fait route vers Lisbonne pour une escale technique, suite à la casse de ses deux aériens. De son côté, Morgane Ursault-Poupon (Fleury Michon Bio) a annoncé à la direction de course qu’elle mettait le cap vers le Nord de l’Espagne pour s’abriter d’une dépression bien copieuse, annoncée pour jeudi soir et la journée de vendredi, qui va balayer une large zone de l’Irlande à Lisbonne.

C’est en partie pour échapper à ce nouveau phénomène que devant, on cavale à haute vitesse au reaching tribord amure, cap au Sud, avec un Yoann Richomme qui continue d’imprimer un tempo élevé en tête de flotte. « La stratégie, c’est de faire du Sud très très vite pour éviter une zone de grosse mer qui va être juste derrière moi et que les autres vont subir, ça va forcément en ralentir certains, parce que ça sera dur de faire avancer le bateau dans ces conditions », a commenté jeudi à la vacation le skipper de Veedol-AIC, bien décidé à poursuivre cette course à élimination. Derrière, Phil Sharp (Imerys Clean Energy) et Aymeric Chappellier tentent de s’accrocher, mais reconnaissent que le rythme est dur à suivre, l’un comme l’autre ayant perdu une bonne dizaine de milles en 24 heures sur le leader : « C’est Yoann, il envoie ! Après, à certains moments, j’ai peut-être un peu moins envoyé pour préserver le bateau, c’est un peu pour ça aussi qu’il a pris de l’avance. Mais la route est encore longue, on verra bien ce qui se passera dans les alizés », analyse Aymeric Chappellier.

De son côté, Phil Sharp, sur un Mach 40 plus daté que le bateau de ses deux rivaux (mis à l’eau en 2013 contre 2017 pour Aïna Enfance & Avenir et juin dernier pour le plan Lombard Veedol-AIC) confesse : « Je pousse au maximum pour rester avec les bateaux les plus récents, qui vont parfois 2 nœuds plus vite dans ces conditions. Je n’arrive pas à croire que le Lift Lombard Veedol m’a collé 10 milles la nuit dernière, il était encore plus rapide que le Mach 40.3 Aïna. Ce sont des conditions de reaching fort idéales pour ces deux bateaux, mais il va falloir faire avec jusqu’à lundi, il y aura alors heureusement moins de reaching ! ». Effectivement, une fois passés sous l’anticyclone des Açores, un peu au Nord de la latitude des Canaries, les bateaux de tête incurveront leur route à l’Ouest, cap sur la Guadeloupe, des conditions de portant VMG a priori plus favorables à Imerys Clean Energy, mais aussi à Made in Midi, le plan Verdier de Kito de Pavant qui, dans une position plus Est, reste dans le coup, tout comme Arthur Le Vaillant (Leyton), Antoine Carpentier (Custo Pol) et Luke Berry (Lamotte-Module Création). Bref, la course est loin d’être jouée en tête et c’est même une deuxième course qui se profile d’ici le week-end prochain, puisque la quinzaine de bateaux en escale entre la Bretagne et la péninsule ibérique reprendra la mer…

Classes Rhum – Démâtage au large du Portugal
Le démâtage tôt de matin de son dauphin, Team Vent Debout de Fabrice Payen, dégage davantage encore le tableau arrière du trimaran Olmix de Pierre Antoine. Le skipper de l’ancien Crêpes Whaou est parvenu à bien glisser dan l’ouest, en laissant dans son sillage les dépressions qui déferlent depuis quatre jours sur le Golfe de Gascogne. Horizon dégagé, bateau au maximum de son efficacité, et un Pierre Antoine solide, en contrôle pour entamer sereinement les 2 600 milles que le séparent de la Guadeloupe, et qui, passés les Açores, devraient fleurer bon l’alizé. C’est à Jean François Lilti et à son catamaran inspiré des Décision 35 qu’il incombe désormais de jouer les empêcheurs de triompher en rond. Le pharmacien de Trévières dans le Calvados choisit, à l’instar de nombre de ses camarades de Classe, de foncer plein sud, désireux de ne pas subir un énième coup de tabac si dur pour l’homme et le matériel. Il laisse ce faisant, l’honneur des hommages du jour à Etienne Hochedé. Le garagiste de Fécamp, à bord de son vénérable PIR2, bateau classé d’Intérêt Patrimonial, qui monte crânement sur la deuxième marche du podium provisoire, à la faveur d’une route rapide et efficace au Sud Ouest. Loin dans son Est, on assiste à la prudente et fort intelligente descente de Loïck Peyron et de ses compagnons de cordée, Yann Marilley et Gilles Buekenhout sous le cap Finisterre, au ras des côtes de Galice. Tout en mesure, et en sage navigation, ces trois hommes ont pour l’heure su éviter les tempêtes successives du Golfe de Gascogne, préserver leur intégrité et celle de leurs bateaux, pour se retrouver au final guère décrochés par ceux qui ont affronté le « baston » bille en tête.

Par le travers de Lisbonne, Sidney Gavignet répète à l’octave près la même partition qui réussit si bien à son collègue Pierre Antoine en Class Rhum Multi. En tête depuis le coup de canon de départ des Rhum Mono, le skipper de Café Joyeux s’éclate dans le rôle du navigateur solitaire, vivant et partageant une tranche importante de sa vie de marin. Avec près de 200 milles d’avance sur son poursuivant immédiat Wilfrid Clerton toujours aussi serein à la barre de son immense Cap au Cap Location – SOS Villages d’enfants, ex Kriter VIII, Sidney s’impose de lui-même de nouveaux challenges, en rivalisant avec les meilleurs spécialistes de la Class40. Une course dans la course qui prendra toute sa saveur une fois l’alizé rejoint dans l’est Açorien.

L’attention en Rhum Mono est toutefois focalisée sur l’arrière de la course, où les téméraires qui ont refusé de se mettre à l’abri, contrairement à 8 unités de ce groupe, vont de nouveau se faire cueillir cette nuit par un nouveau front dépressionnaire, et ses vents à 45 noeuds et plus. Point d’autres échappatoires pour les Dominique Dubois, Jean Marie Patier, Eric Jail, ou Luc Coquelin, que de faire le dos rond, toilés au minimum et bien calfeutrés à l’intérieur de leurs embarcations. Reparti hier de Camaret, le Marseillais Nicolas Magnan cherche de nouveau ce soir un abri du côté de Lorient.

Classement actuel (top 3 skippers dans chaque catégorie)

ULTIME
1 François Gabart (MACIF) 1,705 milles nautiques (NM) de l’arrivée
2 Francis Joyon (IDEC Sport) +114
3 Romain Pilliard (Remade – Use It Again) +1,483

MULTI50
1 Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton-ARSEP) 2,470 NM de l’arrivée
2 Erwan Le Roux (FenetreA-Mix Buffet) +79
3 Armel Tripon (Reaute Chocolat) +133

IMOCA
1 Alex Thomson (Hugo Boss) 2,499 NM de l’arrivée
3 Boris Herrmann (Malizia II-Yacht Club de Monaco) +57
2 Paul Meilhat (SMA) +65

CLASS40
1 Yoann Richomme (Veedol AIC) 2,679 NM de l’arrivée
2 Phil Sharp (IMERYS CLEAN ENERGY) +29
3 Ameryic Chappelier (AINA Enfance Avenir) +39

Rhum Multi
1 Pierre Antoine (OLMIX) 2,670 NM de l’arrivée
2 Etienne Hochede (PIR2) +229
3 Jean-Francois Lilti (Ecole Diagonale Pour Citoyens du Monde) +246

Rhum Mono
1 Sidney Gavignet (Café Joyeaux) 2,760 NM de l’arrivée
2 Wilfred Clerton (Cap au Cap Location-SOS Village) +195
3 Sébastien Destremau (ALCATRAZIT-FACEOCEAN) +223

Crédit Photo : Stéphane LE DIRAISON / Time for Oceans
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– CP –

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