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VG2020 : l’autoroute du soleil

Après trois dépressions en une semaine, les skippers ont enfin un peu de répit en retrouvant le soleil et des conditions plus clémentes. En tête de course, Thomson mène la charge et accélère. Jean Le Cam s’accroche, Thomas Ruyant et Charlie Dalin assurent la poursuite alors que derrière, la transition s’annonce moins évidente pour les retardataires.

LE COUP D’ACCÉLÉRATEUR DES « FOILERS »

Une fusée vers les alizés. HUGO BOSS, qui a repris les commandes de la course dans la nuit, est le premier à avoir touché un alizé stable dans la matinée. Il a été imité ensuite par Jean Le Cam (Yes We Cam !) toujours aussi fringuant, et le trio de foilers Charlie Dalin (Apivia), Thomas Ruyant (LinkedOut), Kevin Escoffier (PRB) ainsi que par le surprenant Benjamin Dutreux (OMIA-Water Family) l’ont touché cet après-midi. Dans la nuit, les conditions étaient plutôt faibles (10 à 15 nœuds) dans une zone de transition. Mais dès qu’ils se sont extraits des griffes de l’anticyclone, ils ont gagné légèrement en vitesse (15 à 20 nœuds).

Les foilers retrouvent ainsi des conditions qui leur sont plus propices, qui permettent de voler et d’accélérer. « Il y a peu de manœuvres à venir, ça va être une route directe vers le Pot-au-Noir, confie Thomas Ruyant. Ce sont typiquement des conditions qu’on aime sur ces bateaux ».  « Ça fait du bien de naviguer dans l’alizé. La mer est calme, ça glisse et c’est super agréable », ajoute Charlie Dalin, invité de l’émission Vendée Live. L’alizé n’étant pas très fort aujourd’hui, les skippers ont dû faire preuve d’une extrême concentration pour maintenir leur IMOCA à des vitesses supérieures à 20 nœuds.

ALEX THOMSON, ARRÊTE-MOI SI TU PEUX ?

Mais devant, lui aussi avance vite et surtout, il creuse l’écart. Alex Thomson a repris la tête de la course dans la nuit et ne semble pas prêt de la lâcher. Le skipper d’HUGO BOSS était d’ailleurs le seul à avoir parcouru plus de 300 milles (347,1 milles) en 24 heures. « Il maîtrise parfaitement ce début de course avec son bateau ingénieux, performant et bien préparé », décrypte Franck Cammas, invité du Vendée Live ce midi.  « Alex va prendre le bon wagon et ça peut vite se transformer en grosse avance, constate Thomas Ruyant. Alex est mort de faim, mais moi aussi ! » Charlie Dalin souhaite aussi rester dans le match : « Alex y est allé franco dans la dépression Thêta et ça peut lui permettre de faire un grand écart ». Et le skipper d’Apivia de s’en amuser : « attendez-moi les gars, j’ai mis du charbon, j’arrive ! » HUGO BOSS est attendu à la latitude du Cap-Vert dès demain et devrait passer le pot au noir mardi.

ENFIN LE TEMPS DE PRENDRE SOIN DE SOI

Damien Seguin, qui a dormi 7 heures cette nuit, s’est offert un petit festin avec hachis parmentier et dégustation de Beaufort. Ce dimanche matin, Manuel Cousin (Groupe SÉTIN) a commencé la journée avec un bon café torréfié – « comme à la maison » – et un morceau de chocolat offert par son partenaire chocolatier. Clarisse Crémer (Banque Populaire X), elle aussi, avait une mine plus reposée : sur le pont du bateau, elle appréciait le paysage « c’est l’image carte postale qu’on a de la navigation au large. Ça fait du bien d’avoir le cœur plus léger ! »

EN QUEUE DE PELOTON, PROGRESSION DIFFICILE

Désormais, il est possible de diviser la flotte en trois groupes distincts. Derrière la tête de course, le « groupe du centre » s’accroche, mais la bascule vers l’alizé sera moins évidente. En revanche pour les retardataires qui sont actuellement au sud des Açores, ça ne s’arrange pas. « Entre la fin de Thêta et l’alizé, la transition est très compliquée. Ils vont passer dans la bulle anticyclonique avec très peu de vent », note Christian Dumard, le météorologue du Vendée Globe. « C’est vrai que c’est difficile pour nous, ce sera peut-être la double peine, mais j’espère que ça va encore évoluer », expliquait Alexia Barrier. Mais à bord de TSE – 4myplanet, elle garde le sourire : « je suis vraiment super bien sur mon bateau. J’apprécie tellement le fait d’être en mer, c’est une chance énorme ! J’ai eu des petites bricoles à faire, mais rien de méchant, c’est la vie au Vendée Globe ! »

CHEZ CHARAL, ÇA TRAVAILLE SANS RELÂCHE

Depuis son retour au ponton des Sables-d’Olonne samedi en début d’après-midi, l’équipe technique s’active pour réparer. Hier, architectes, ingénieurs et techniciens étaient déjà à pied d’œuvre, à l’image de ce plongeur qui vérifiait la coque alors que Jérémie Beyou s’exprimait avec les médias. Depuis, son équipe se relaie nuit et jour afin de s’attacher notamment à structurer la barre d’écoute. Les conditions difficiles aux Sables-d’Olonne ce dimanche matin, forte pluie et rafales de vent, n’ont pas facilité leur travail. À noter que Charal a annoncé la tenue d’une conférence de presse, demain en milieu d’après-midi, afin d’annoncer si Jérémie Beyou repartira ou non.  

Ils ont dit

Charlie Dalin, Apivia

Les vitesses commencent à être plus agréables même s’il y a quelques grains autour. J’ai un peu de retard à rattraper sur Alex (Thomson), Jean (Le Cam), Thomas (Ruyant) et les autres. Mais j’arrive, attendez-moi les gars ! Je vais bien, j’ai eu une nuit assez confortable avec une mer plate et des vents assez faibles. C’est la nuit où j’ai le plus dormi.  Actuellement à bord d’Apivia, j’ai 24° dans le cockpit. Je suis en mode short, tee-shirt. Ça fait du bien de naviguer dans l’alizé. C’est une zone que j’apprécie beaucoup. La mer est assez calme, ça glisse, c’est agréable. Je sais qu’il ne fait pas beau en France ce week-end et qu’on est très privilégié de naviguer sous le soleil.

Jean Le Cam, Yes We Cam!

Ça fait du bien du calme dans ce monde de brutes. Et encore, je ne me suis pas reposé beaucoup, je n’arrive pas bien à dormir. Là, ce qui est bien c’est que tu te fais bien à manger, tu assèches le bateau, c’est très agréable. C’est caleçon, tee-shirt, le ciel est étoilé. Tout à l’heure, j’étais sous spi, il y avait 10/12 nœuds de vent, sur une mer plate, c’est magnifique. Entre hier et aujourd’hui, les contrastes sont incroyables.  Tu passes de la furie à être là, où le bateau glisse…

Benjamin Dutreux, OMIA – WATER-Family

Aujourd’hui, j’ai fait ma première journée avec du temps pour moi, ça a fait du bien. Le début de la course était tellement intense que j’ai l’impression de ne jamais avoir eu le temps, d’avoir été tout le temps à fond et un peu dépassé par les événements. Là, en sortant de la dépression, ça fait du bien de partir au portant, de pouvoir se poser, bien manger, bien se reposer… On peut être dehors en tee-shirt, on peut prendre un café, le bateau glisse bien. Depuis le début de la nuit, le vent est super instable, mais d’ici la prochaine nuit, ce sera plus des conditions d’alizés, ce sera plus stable.

Boris Herrmann, Seaexplorer – Yacht Club de Monaco 

C’est très calme et très agréable à bord. Je vais dormir, je vais manger un peu mieux et faire des choses un peu agréables. Déjà hier, j’ai pu ranger le bateau, je me suis fait un petit apéro le soir, j’ai appelé des copains ! La vie est belle là. J’ai mangé des petits biscuits, un peu de fromage. J’ai mis mon ciré tout à l’arrière du bateau dans un petit coin, je ne vais pas le toucher pendant une bonne semaine je pense. C’est la température idéale, je vois les étoiles là, c’est vraiment beau ! Une journée et une soirée comme hier ça vaut toute une semaine de lutte ! Ce soir on va tous rentrer dans une sorte d’alizé un peu établi, ça va aller tout droit.

Damien Seguin, Groupe Apicil

Cette première semaine de navigation intense m’a peu à peu transformée. De terrien, je deviens marin, plongé dans une aventure de légende. C’est un état qui mêle euphorie et angoisse. J’ai connu l’émotion du départ, l’arrachement à la terre. J’ai vu mon bateau se faire bousculer violemment par les vagues et le vent. J’ai connu quelques galères – pas trop ! – mais suffisamment pour me dire de préserver ma monture, la route est longue ! Depuis le départ, le rythme est très intense et les moments de répit sont courts. Les conditions météo des prochains jours avec l’arrivée dans les Alizés seront plus favorables aux bateaux à foils. Ce n’est pas facile à accepter pour le compétiteur que je suis, mais mon rêve à moi, il est devant. Mon objectif est d’aller jusqu’à l’arrivée.

Alan Roura, La Fabrique

Depuis hier après-midi, c’est le bonheur ! J’ai pris ma première douche, j’ai rangé. Je peux prendre soin de mon bateau parce qu’il le mérite et il a pris cher depuis le début… Il faut profiter de ces instants. La descente jusqu’à l’équateur devrait être plutôt cool. Ça permet d’avoir le temps de se mettre dans la course parce que depuis le départ on s’est tous mis dans le jus. J’aimerais bien remonter un peu plus proche de Romain Attanasio. Je n’ai pas regardé le classement et je sais que dans le petit temps je n’avance pas. Je vais me battre encore et encore et encore, et je vais commencer par prendre un bon petit déjeuner ce matin !

Clarisse Crémer, Banque Populaire X

Ça va beaucoup mieux ! La météo y est pour beaucoup. Je savais qu’il allait falloir que je prenne mes marques, que la première semaine n’allait pas être facile… Ça y est, la première semaine est passée, je vais pouvoir commencer à trouver ça chouette ! Hier soir, j’en ai bien profité, il y avait de super lumières, le bateau avançait tout seul. Ça fait du bien d’avoir le cœur léger, de profiter ! Les deux dernières nuits, j’ai fait des siestes énormes. Qu’est-ce que ça fait du bien ! C’est vraiment la plus belle invention du monde de pouvoir dormir ! En ce moment, ça ressemble un peu à l’image carte postale de la navigation au large. C’est joli, j’en profite !

Alexia Barrier, TSE – 4myplanet

J’ai le moral ! Je sais que ceux qui sont devant vont avoir un boulevard. Nous, ça risque d’être plus compliqué, mais ça peut encore changer. Ce sera peut-être la double peine, mais j’espère que ça va encore évoluer. Il faut prendre les choses les unes après les autres. Je suis vraiment super bien sur mon bateau. Je prends mon rythme, mes marques d’autant que je n’ai pas beaucoup navigué cette année. J’apprécie tellement le fait d’être en mer, c’est une chance énorme ! J’ai eu des petites bricoles à faire, mais rien de méchant, c’est la vie du Vendée Globe, c’est la navigation que j’aime. 

CLASSEMENT (15:00 Heure Française)

1. Alex Thomson – HUGO BOSS à 22 487 milles de l’arrivée
2. Jean Le Cam – Yes We Cam! à 42.1 milles du leader
3. Thomas Ruyant – LinkedOut à 127.6 milles du leader
4. Benjamin Dutreux – OMIA-Water Family à 141.6 milles du leader
5. Kevin Escoffier – PRB à 146.6 milles du leader

Crédit Photo : Mark Lloyd

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– CP –

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