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VG2020 : un léger avantage pour Louis Burton?

La tension est palpable en tête de course. Thomas Ruyant a reconnu une « frustration » à ne pas pouvoir se battre à 100% dans le premier groupe. De son côté, Louis Burton pourrait profiter de son option plus Ouest pour s’échapper. Une bataille intense qui n’empêche pas, comme pour Charlie Dalin, de profiter le temps d’un instant des beaux ciels étoilés de l’Atlantique nord.

Louis Burton, la bonne option ?

Et si Louis Burton terminait sa « remontada » par la victoire ? Le skipper de Bureau Vallée 2 pourrait être avantagé par sa position Ouest. « Il peut rattraper des vents de Sud-Ouest et bénéficier d’un couloir anticyclonique avec un flux plus constant, plus soutenu et avec un meilleur angle que ses poursuivants, décrypte Sébastien Josse, consultant météo au Vendée Globe. Les autres seront vent arrière, ce qui les obligent à davantage de manœuvres. Louis pourrait rester dans le même flux jusqu’aux Sables d’Olonne et avoir plusieurs heures d’avance à l’arrivée ». Charlie Dalin, contacté à la vacation ce matin, assure néanmoins que les deux skippers qui mènent la course « vont se retrouver sous les Açores ». Et le vainqueur de la Transat Jacques Vabre de préciser : « il va falloir enchaîner les empannages et les changements de voile, il y aura encore du travail d’ici l’arrivée ! »

Les états d’âme de Thomas Ruyant

Longtemps deuxième du Vendée Globe, le skipper de LinkedOut n’est pas avantagé alors que les conditions sont actuellement propices aux foilers. « Je savais que la remontée de l’Atlantique allait être compliqué avec beaucoup de tribord amure, confiait-il à la vacation ce matin. Avec un bateau diminué (avarie à son foil bâbord), c’est difficile et frustrant de ne pas rivaliser avec ceux qui sont autour de moi ». Thomas Ruyant assure « prendre son mal en patience » et « garder un esprit de compétiteur ». « Dans quelques jours, la brise au portant va me permettre de me stabiliser un peu. Il y aura peut-être moins d’écart donc je vais tout faire pour garder le contact ».

‘Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien’

Le suspense total dans lequel est plongé l’ensemble des spectateurs de ce Vendée Globe pourrait se prêter à philosopher… Et à citer Socrate. Car les classements n’indiquent pas forcément les forces en présence du moment, comme le démontre la position de Louis Burton, 4e à 15h00 mais pourtant le mieux positionné du groupe de tête. Yann Grolleau, en charge de la cartographie du Vendée Globe, explique : « un classement n’est pas fait pour refléter la pertinence des stratégies des uns et des autres, mais uniquement pour dire qui est géographiquement plus proche de l’arrivée ». Le classement se base sur par une série de « waypoints » placés sur la route théorique du tour du monde. Actuellement, il est déterminé par un « waypoint » situé à Santa-Maria, l’île la plus au sud-est des Açores.

Beyou- Boissières-Roura, bataille dans l’Atlantique sud

« On a beaucoup parlé de la tête de course mais nous aussi, on était au corps-à-corps ! » Ce constat, Arnaud Boissières l’avait fait en 2013, en plein duel entre François Gabart et Armel Le Cléac’h. Sept ans plus tard, le skipper de La Mie Câline – Artisans Artipôle est à nouveau en course, loin du groupe de tête mais ça ne l’empêche pas de batailler, entre Jérémie Beyou (Charal) et Alain Roura (La Fabrique). « C’est très excitant ce match entre nous, je vais tout faire pour rattraper Jérémie et rester à bonne distance d’Alan », souligne Arnaud, invité du Vendée Live ce midi. Jérémie Beyou, toujours aussi combatif, est monté au mat pour réparer son J2. Dans le même temps, Alan Roura, qui doit contourner une dorsale comme Arnaud Boissières, espère « sortir de ce passage à niveau avec ‘Cali’ et remonter à bloc. C’est ma carotte et ma motivation même si je suis obligé de donner plus avec ce bateau un peu handicapé ».

Pipe Hare et la piqûre

La navigatrice anglaise n’est pas épargnée par les galères dans ce Vendée Globe. Après avoir affronté une forte dépression ces derniers jours, Pipe Hare a connu une autre mésaventure. Elle raconte : « J’ai été piquée dans le dos par une Galère portugaise, autrement appelée Physalie ou Vessie de mer ». La skippeuse de Medallia parle de ces « petits fléaux maléfiques » bleutés qui ont envahi le pont en profitant des vagues qui déferlaient. Pip a ressenti une « brûlure à l’arrière de la nuque » qu’elle s’évertue à soigner en se maintenant au sec pour ne pas que ça s’infecte. Et l’Anglaise d’ajouter : « ce n’était pas vraiment prévu. Rire est la bonne solution, la seule autre option serait de me recroqueviller en position fœtale et d’espérer que le vent me ramène éventuellement aux Sables d’Olonne ».

Une flotte très homogène

Certes, il y a plus de 6 000 milles d’écart entre le 1er, Charlie Dalin et le dernier, Ari Huusela. Pourtant, il s’agit à ce stade de la course de l’écart le plus faible entre la tête et la queue de la flotte. « C’est du jamais-vu », soulignait ce matin Christian Dumard de la cellule météo du Vendée Globe, une façon aussi de souligner que tous les rescapés de la course, quelles que soient leurs positions, réalisent tous un sacré un Vendée Globe de haute volée.

Les yeux pleins d’étoiles

Les nuits dans l’Atlantique n’ont plus grand chose à voir avec celles dans les mers du sud. Alors, malgré l’intensité de la course et la nécessité d’avancer, chacun prend le temps, une poignée de minutes, afin de lever les yeux au ciel. Charlie Dalin, à la vacation du matin, résumait ainsi sa dernière nuit dans les alizés : « elle était belle, ventée et pleine d’étoiles ». Et il poursuit : « là où je veille, j’ai un hublot au-dessus et je peux voir les étoiles, comme quand j’étais petit sur le plafond de ma chambre ! C’est très beau. Je peux faire de beaux rêves… » Clarisse Crémer (Banque Populaire X) évoquait elle aussi « les belles nuits étoilées ». « Il fait chaud et ça permet de sortir dehors pour en profiter. En ce moment, je n’ai qu’une envie, c’est de partir en vacances aux Antilles ».

Ils ont dit

Charlie Dalin, APIVIA

C’est ma dernière nuit dans les alizés. J’ai eu pas mal de vent, jusqu’à 25 nœuds ce qui m’a permis de bien avancer toute la nuit car l’état de la mer n’est pas trop mal : ça ne tape pas trop. On va s’approcher de la transition vers le train des dépressions. Plus que deux jours avant qu’on se retrouve au Nord de la dorsale pour récupérer des vents portants. J’ai choisi l’intérieur du virage et on verra ce que ça donne par rapport à Louis (Burton) qui a opté pour l’extérieur. Mais je pense qu’on va se retrouver sous les Açores.

Thomas Ruyant, LinkedOut

Je suis à cloche-pied depuis deux mois. On navigue au reaching, dans une mer pas trop formée, avec 20 nœuds de vent. Normalement, c’est dans ces conditions que l’on fait parler la poudre avec nos bateaux. Je vais deux/trois nœuds moins vite que les autres parfois, alors j’essaye de réguler, c’est forcément frustrant. Je suis content d’être là où je suis, on est en train de boucler un tour du monde, c’était le premier objectif. Le deuxième objectif était de naviguer avec les leaders, mais c’est sûr que là je sens un peu le truc filer. On évolue à des allures où les foilers font des grosses différences. Je suis un compétiteur, c’est un peu dur.

Giancarlo Pedote, Prysmian Group

C’est la première fois que je fais ce parcours dans ce sens-là, d’habitude en Mini ou en IMOCA, je fais cette zone du Nord vers le Sud… Là, c’est quand même un peu moins confortable. Le bateau est très gîté et dès qu’il faut intervenir, c’est compliqué ! Et puis, nous allons passer beaucoup de temps tribord amure alors il faut vérifier le matériel de temps en temps, car pour l’instant, c’est du vrai reaching serré. Le bateau va bien, mais j’ai de tout petits foils, il n’arrive pas à décoller comme les autres qui vont deux ou trois nœuds plus vite que Prysmian Group dans ces conditions.

Clarisse Crémer, Banque Populaire X

Ces derniers jours j’étais dans les alizés de l’Atlantique sud, le vent n’était pas très stable en force et en direction mais c’était assez reposant quand même. J’ai eu de belles nuits étoilées. C’est un peu les vacances par rapport à tout ce qu’on a connu avant. Je devrais arriver dans le Pot au Noir d’ici ce soir. À part cette nuit, je me suis bien reposée. Ça fait du bien de réussir à profiter, d’avoir un peu moins le cœur serré. On commence à avoir des routages jusqu’à l’arrivée, mais je les regarderai surtout après le Pot au Noir. Si je n’ai pas de problème, dans une quinzaine de jours, je serai aux Sables d’Olonne !

Alan Roura, La Fabrique

Je fais ma route, je suis content d’être là, d’être toujours en course, je positive. Par contre il fait très chaud, c’est compliqué de se reposer. Je suis à 200% même si mon corps commence à avoir des petites faiblesses. Il ne faut pas lâcher, on s’apprête à connaître une phase de transition qui va être difficile mentalement. On doit traverser une dorsale qui se trouve en travers de la route. Charal a réussi à s’échapper vers l’Ouest. Cali (Arnaud Boissières) est un peu dans l’entre deux et moi je suis très à l’Est, mais je n’ai pas eu beaucoup d’autres choix. Il va falloir avoir un peu de chance pour que ça passe ! Et depuis le début, je n’en ai pas eu beaucoup.

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

  1. Charlie Dalin, Apivia, à 2 391 milles de l’arrivée
  2. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 118 milles du leader
  3. Boris Herrmann, SeaExplorer – Yacht Club de Monaco, à 119,9 milles du leader
  4. Louis Burton, Bureau Vallée 2, à 138,2 milles du leader
  5. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 173,2 milles du leader

Crédit Photo : S.Maillard

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