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Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2018 : la nuit des chasseurs

Après un départ rapide, une molle au large de Ouessant et un flux de Nord-Ouest puissant, la flotte de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe rentre dans le dur ! Une deuxième dépression très active va survoler le golfe de Gascogne dès la nuit de lundi à mardi avec une mer très forte et plus de quarante nœuds de vent…

Certains ont déjà pris la mesure de la situation météo à venir en fonction de leur bateau et de leur expérience : ainsi Christian Guyader et Bertrand de Broc (Rhum Multi) se sont réfugiés en Bretagne Sud, quand Erwan Thiboumery a fait route sur Brest ; Marc Dubos (Class40) et Bob Escoffier (Rhum Mono) sont à Roscoff tandis qu’Éric Bellion (Rhum Mono) a choisi l’Aber Wrac’h. Et parmi les Class40, Dominique Rivard, Maxime Cauwe, Florian Guéguen et Jean Galfione ont rallié la rade de Brest ou ses abords. Au total, vingt-six solitaires sont en escale ou en passe de l’être…

Et si la nuit (noire) a été particulièrement véloce pour toutes les classes, elle n’en a pas moins été agitée : plusieurs avaries ont obligé certains concurrents à faire une escale technique à l’image d’Armel Le Cléac’h (ULTIME) reparti 35 minutes après son pit-stop à Roscoff pour des problèmes électriques, ou d’Erwan Le Roux (Multi50) après quatre heures d’arrêt dans le même port suite à une voie d’eau par un safran. Et Manuel Cousin (IMOCA) a décidé de faire route sur Brest lundi matin pour réparer une fixation de safran

Premières victimes…

Quant à Sébastien Josse (ULTIME), son trimaran à foils en tête de la course au milieu de la nuit, a vu son étrave de flotteur tribord s’arracher sur huit mètres ! Le Maxi Edmond de Rothschild faisait route en avant lente, vers La Corogne qu’il atteindra ce lundi soir… Tout comme Thomas Coville qui a vu le carénage de bras de liaison de Sodebo Ultim’ endommagé par une mer de plus en plus formée et chaotique. Désormais, les projections des coureurs se tournent vers l’arrivée d’une deuxième dépression, plus grosse, plus violente, plus rapide qui va atteindre les ULTIME par sa face Sud : les trimarans géants auront probablement le temps d’éviter le gros de cette tempête puisqu’ils seront déjà à la latitude de Gibraltar…

En revanche, les Multi50 et les monocoques IMOCA ne pourront la contourner : dès le lever du jour de mardi, ces solitaires devront affronter plus de quarante nœuds de vent et plus de sept mètres de creux ! Difficile alors de « chasser » Lalou Roucayrol qui a réussi l’échappée sur son trimaran de 50 pieds ou le Britannique Alex Thomson parti au front par le Nord chez les IMOCA. Et ce sont donc les Class40 et les deux catégories Rhum qui vont devoir composer avec ces conditions qui s’annoncent très dures et qui devraient perdurer au moins jusqu’à jeudi soir !

ULTIME – Un pit-stop, deux avaries

Les vingt premières heures de course ont fait des dégâts. La flotte des grands trimarans est malheureusement amputée de deux de ses grands animateurs. Pour des raisons différentes mais probablement rédhibitoires, Sébastien Josse et Thomas Coville font route vers La Corogne. Pendant ce temps, au grand large de la péninsule ibérique, le duo Gabart – Joyon poursuivi plus à l’Ouest par Le Cléach, mène le bal sur une route pleine d’ornières et file à 28 nœuds de moyenne afin d’éviter le plus gros d’une nouvelle dépression.

Le Maxi Edmond de Rothschild, en tête la nuit dernière, navigue désormais sous allure réduite vers l’Espagne, avec l’avant de la coque tribord arrachée sur une dizaine de mètres. Sébastien Josse est attendu par son équipe technique ce soir vers 21 heures à La Corogne. Ce matin, c’était au tour de Sodebo Ultim’ de se dérouter vers le même port après la casse du carénage du bras avant bâbord.

Pour tous, la nuit dernière a été rude. Les manoeuvres de voiles se sont succédées au moment de traverser le centre de la dépression au large de la Bretagne. Puis le rodéo a commencé dans un vent de Nord-Ouest très irrégulier (rafales à 40 nœuds dans les grains) et une mer de quatre mètres croisée ne permettant pas aux grands trimarans de glisser sereinement vers le Sud. Francis Joyon avouait ne pas avoir dormi. Gabart, reconnaissait avoir connu des soucis techniques sans gravité, mais coûteux en temps et en énergie.

Pour Armel Le Cléac’h, reparti hier soir de Roscoff après une escale technique éclair, l’objectif est de cravacher pour rattraper le retard pris sur ses camarades. Décalé 75 milles dans le Nord-Ouest du duo MACIF/IDEC Sport, le Maxi Solo Banque Populaire IX devrait être le premier à toucher les effluves de la prochaine dépression. Dès ce soir en effet, le vent de Nord-Ouest va refuser progressivement, à l’avant d’un front froid très actif que les leaders pourraient traverser en deuxième partie de nuit.

A 325 milles des leaders, Romain Pilliard ne navigue pas du tout dans la même dimension. Pris dans les mailles d’une bulle dépressionnaire sans vent qui emprisonne aujourd’hui une bonne partie de la flotte dans le golfe de Gascogne, le skipper de Remade Use it Again avançait cet après midi à… un nœud.

Multi50 – Échappée belle

C’est un scénario à s’arracher les cheveux pour les Multi50 dont la majorité des protagonistes s’est retrouvée piégée pendant des heures aujourd’hui dans le centre de la dépression au large de la Bretagne. Au petit matin, Lalou Roucayrol, décalé dans le Sud de ses camarades, était le seul à s’en échapper. Premier à toucher le flux de Nord-Ouest, le skipper d’Arkema a creusé l’écart toute la journée. Au classement de 16h00, il comptait presque 50 milles d’avance sur l’ancien leader Reauté Chocolat !

Les uns après les autres, ils se sont pris dans les mailles du filet. A la vacation de 10 heures ce matin, alors que Lalou Roucayrol décrivait des conditions sportives dans les vagues déferlantes, bateau ballasté, bientôt sous trois ris, Thibaut Vauchel-Camus de son côté, déplorait une absence totale de vent. Cette zone de vent mou n’a donc épargné personne sur une bande de 70 milles : d’Erwan Le Roux, le plus au Nord, à l’ancien leader Armel Tripon au Sud. L’arrêt buffet a duré quatre bonnes heures pour certains, mais en milieu d’après-midi, tout le monde semblait avoir retrouvé des vitesses « normales », bien que cette navigation au portant dans les grains soit très compliquée pour les petits trimarans.

Du lourd devant

Ils ne sont pas au bout de leur peine. Le plus dur est à venir cette nuit à l’approche du front froid : le vent va progressivement tourner au Sud-Ouest et se renforcer sensiblement avant le passage du front proprement dit demain dans la matinée. Sur le plan sportif, l’avance de Lalou Roucayrol est intéressante. Sa position plus Sud par rapport au système pourrait lui réserver des conditions moins sévères, surtout s’il a pu se dégager largement des côtes de Galice.

– C. El Beze –

IMOCA – Un golfe sélectif

Nuit blanche pour les skippers IMOCA ! La majorité d’entre eux n’a quasiment pas dormi au cours de ces premières 24 heures, la faute à la mer formée et à la petite perturbation particulièrement délicate à négocier. « La sortie de Manche était difficile : on ne s’attendait pas à avoir un vent aussi instable et à faire face à des rafales de 40 nœuds », expliquait Paul Meilhat à midi. Ralenti avoir pris un casier dans sa quille au large de l’île de Batz, le skipper de SMA a néanmoins très bien négocié cette petite dépression. Il est parvenu à rester dans la roue de Vincent Riou, précédant le surprenant Alan Roura. À la mi-journée, ces trois-là étaient les seuls à résister à l’offensive d’Alex Thomson, décalé au Nord depuis dimanche soir et bien installé en tête de course.

Derrière, un groupe compact de sept à huit skippers s’était laissé détacher dans les conditions aléatoires du début de matinée, obligés de repartir vers le nord afin de sortir du piège de la dépression plus étendue que prévue. On trouve parmi eux quelques favoris comme Yann Eliès et Samantha Davies. A la vacation de midi, le skipper d’Initiatives cœur décrivait des conditions pénibles : « Il y a beaucoup de mer, je n’arrive pas à avancer vite et j’ai dû revoir ma route ». De son côté, Fabrice Amédéo s’avouait « un peu perdu ». « Les fichiers se contredisent et je ne sais pas quelle stratégie doit être adoptée »

Jérémie Beyou avait lui aussi beaucoup de difficultés à s’échapper du Thalweg (extension de la dépression) et ne cachait pas son amertume : « J’étais à quelques milles de Vincent (Riou) avant d’être décroché. C’est rageant, surtout après avoir pris un bon départ ». Deux heures plus tard, les choses ne s’arrangeaient pas pour le skipper de Charal. Pas la faute du vent cette fois-ci mais d’une avarie du système de barre de son foiler… Jérémie Beyou étudiait avec son équipe une solution pour réparer. Au chapitre des déconvenues, Manuel Cousin annonçait ce matin rentrer sur Camaret pour solutionner un problème de safran. Cet après-midi, c’était Alexia Barrier qui pensait à se dérouter vers Concarneau pour solutionner des problèmes d’électronique. Louis Burton, lui, est arrivé à Roscoff pour réparer son puit de foil.

Au milieu du golfe de Gascogne, Alex Thomson continue, lui, d’imprimer un tempo impressionnant. Pourtant, ces premières 24 heures n’ont pas été de tout repos pour lui. « La première nuit a été agitée, épuisante avec 25 à 30 nœuds de vent et une mer confuse, très inconfortable » expliquait le leader. À 15 heures, il comptait néanmoins 25 milles d’avance sur Vincent Riou (2e), et 77 sur Yann Elies (5e) qui avait enfin redémarré en compagnie de Yannick Bestaven. Des écarts déjà importants à l’approche du prochain front que devraient toucher les IMOCA en fin de matinée demain.

Ils ont dit (lors de la vacation)

Paul Meilhat (SMA) : « Depuis le coup d’envoi, on n’a quasiment pas dormi. Je ne m’attendais pas à ce que le vent soit aussi instable et aussi fort que ça. On a eu des rafales à plus de 40 nœuds, c’était violent. Alex (Thomson) a pris une très bonne option alors que le reste de la flotte est partie sur une route intermédiaire. La sortie de Manche était difficile, d’autant que j’ai pris un casier dans ma quille au large de l’île de Batz. Alors qu’Alex Thomson a pris une très bonne option, le reste de la flotte a pris une route intermédiaire.

Yannick Bestaven (Maitre Coq) : « J’ai bien marché cette nuit, le bateau avance bien même si la situation a été un peu chaotique. Ce début de course, c’est un peu la revanche des « vieux bateaux » – les non-foilers – mais il faut en profiter parce que ce ne sera plus le cas quand ça s’ouvrira. Là, il va falloir assurer le matériel, faire le dos rond et avoir un bateau costaud. On va y aller doucement demain pour avoir la chance de boire du Rhum en Guadeloupe ».

Arnaud Boissières (La Mie-Caline Artipole) : « J’ai eu une première nuit très agitée. J’ai été longtemps embêté par un casier que j’ai pris une bonne partie de la nuit. J’ai fait marche arrière sans arrêt et ça a fini par marcher quand le vent était plus faible. J’avais peur d’endommager ma quille, ça faisait vraiment un sale bruit. Hormis ce problème, j’ai de bonnes sensations, le bateau est plutôt sain en matière de vitesse. Après, je n’ai pas du tout dormi la nuit dernière donc je vais essayer de me reposer un peu pour me préparer au grand temps qui nous attend. »

Class40 – Dispersion

Les toutes premières heures de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe ont permis aux 53 solitaires engagés en Class40 de s’offrir une mise en route assez favorable avec une sortie de Manche très rapide grâce à un vent de Sud-Est d’une vingtaine de nœuds. Les routages ont sans doute fonctionné à plein régime à bord, la situation météo dans le golfe de Gascogne offrant tout un panel de possibilités. L’enjeu ? Trouver le meilleur endroit pour sortir d’un centre dépressionnaire synonyme de zone de calmes pour ensuite récupérer du vent de Nord-Ouest, à même de permettre une descente rapide vers les alizés.

A ce jeu-là, plusieurs écoles se sont opposées : certains ont tiré au Nord du DST d’Ouessant, à l’instar de Louis Duc (Carac) : « Je ne voyais pas beaucoup d’intérêt d’aller au Sud avec du jus dans la tronche et mon objectif était de faire de l’Ouest pour sortir au plus vite de ce truc-là », a commenté le Normand à la vacation de midi. D’autres ont plongé plus au Sud, comme Kito de Pavant (Made in Midi), Luke Berry (Lamotte Module Création), Phil Sharp (Imerys Clean Energy), Arthur Le Vaillant (Leyton France), Sam Goodchild (Narcos : Mexico) ou Aymeric Chappellier (Aïna Enfance & Avenir) qui a expliqué : « Je pensais que la porte de sortie se situerait plus Sud-Ouest, ça nous emmenait aussi dans un endroit où il pourrait y avoir moins de houle dans la prochaine dépression ».

Environ 100 milles en latéral séparaient lundi après-midi ces deux groupes, tandis qu’entre les deux se situait Yoann Richomme (Veedol-AIC), le premier à avoir touché le fameux Nord-Ouest et à allonger la foulée. La suite du programme ? Quelques heures de descente tribord amure avant une progressive rotation du vent au Sud-Ouest et le passage du fameux front attendu pour la journée de mardi qui va secouer la flotte, au point que plusieurs solitaires ont décidé de se mettre à l’abri (Jean Galfione, Florian Gueguen, Maxime Cauwe, Hiroshi Kitada, François Lassort, Romain Rossi, Cédric de Kervenoael…). Alors qu’à l’avant de la flotte, on se prépare au combat chacun à sa façon : « Je prévois le matossage qui va bien pour la journée de demain qui sera plus dure, je prépare ma bouffe de façon à limiter la circulation dans le bateau », raconte Maxime Sorel (V&B), tandis qu’Aymeric Chappellier ajoute : « Le tourmentin sera préparé sur le pont, il faut bien caler les affaires pour éviter que des trucs volent en cas de départ au tas, il faut bien s’hydrater, bien s’alimenter et être bien reposé pour être en forme au moment opportun. Il va falloir mettre le casque lourd, ne pas casser, être prudent ». Clairement, c’est le mot d’ordre de cette journée de mardi…

Ils ont dit (vacation de midi) :

Louis Duc (Carac) : « On est dans l’œil de la dépression, on attend que le vent rentre dans l’Ouest. On le voit, il n’est pas bien loin, mais pas encore sur nous, il faut être patient. Mon objectif est d’en sortir, la suite, on fera ce qu’on veut avec le Nord-Ouest et il y aura une dépression à gérer derrière ».

Maxime Sorel (V&B) : « Le départ était sympa pour tout le monde, je n’ai pas vu les photos, mais le rendu devait être sympa, il y a toujours beaucoup d’émotion. On a eu du vent toute la nuit, assez fort, un bon 25 nœuds, là, je passe le premier petit front qui va nous amener du Nord-Ouest : on va pouvoir faire du Sud enfin ! Je suis sous la pluie, il y a très peu de vent avec une mer un peu croisée, donc c’est dur d’avancer. Je profite du temps calme pour ranger le bateau parce que c’était le feu cette nuit, et je prévois le matossage qui va bien pour la journée de demain qui sera plus dure, je prépare ma bouffe de façon à limiter la circulation dans le bateau. Il y aura peut-être un peu moins de mer que ce qui était prévu. J’ai dormi trois fois vingt minutes quand j’ai affalé le spi et que je suis passé sous J1 ».

Antoine Carpentier (Custo Pol) : « Le départ s’est bien passé, j’avais la bonne configuration de voiles et les ballasts déjà pleins, ensuite, j’ai pris pas mal d’algues dans la nuit, mais j’ai cassé ma canne à algues qui est restée bloquée dans le safran, j’ai dû faire plein de marches arrière pendant la nuit. Les premiers en ont profité pour se barrer et je n’avais pas forcément les bonnes configurations de voiles. Je suis dans la molle, on traverse le centre dépressionnaire, je viens d’enrouler le spi, le vent adonne progressivement. J’ai encore un vent au 115° qui va passer Est puis venir dans le Nord-Ouest, ensuite ça va aller assez vite. J’ai profité de l’accalmie pour ranger le bateau et faire le point sur le matériel ».

Sam Goodchild (Narcos : Mexico) : « Pour l’instant, ça se passe plutôt bien, on a eu 25 nœuds cette nuit, maintenant, je suis dans une zone de transition entre vent de Sud et de Nord, c’est assez compliqué. On est assez étalés entre Nord et Sud, moi je suis allé un peu plus Sud pour éviter le gros de la mer qui arrive mardi, et à partir de cet après-midi, il y aura beaucoup plus de vent. J’essaie de rester pas très loin de Phil Sharp qui navigue très, très bien ».

Kito de Pavant (Made in Midi) : « Il y a de la mer forte, on est en plein milieu de la dépression, donc le vent est en train de tourner petit à petit à gauche. Dans quelques heures, on va avoir du Nord-Ouest pour descendre au Sud, la nuit a été un peu compliquée, il a fallu se remettre dans le bain après quelques jours à terre, ça a été assez compliqué de trouver la bonne voile parce que le vent était instable en direction et en force. Là, ça remue dans tous les sens et ça promet pour demain. On attend la rotation du vent pour aller à la bannette, il va falloir reprendre des forces, manger, faire le dos rond pendant 24 heures. J’ai l’impression que c’est un peu moins fort que ce qui était annoncé samedi, mais il y aura des grosses rafales et surtout de la mer très, très forte ! Il ne va pas falloir aller trop vite là-dedans, parce que nos petits bateaux sont fragiles ».

Nicolas Troussel (Corum) : « Le début de course s’est bien passé, on est sortis de la Manche rapidement, c’est allé vite, donc c’était sympa. Le vent était assez instable en force et en direction, il y avait pas mal de manœuvres à faire avec un peu de vagues, donc il fallait être dessus pour faire avancer le bateau. Là, on est dans des allures de face, ce n’est très agréable. Pour l’instant, j’essaie de sortir de cette zone sans vent et d’aller chercher le nouveau vent de Nord, après ça sera plus calme, car là, ça bouge beaucoup, ça tape dans les vagues. Pour mardi, ça a l’air d’être un peu moins fort qu’au départ. Il n’y aura pas 45 nœuds, je pense que ce sera plutôt entre 30 et 40, mais il va y avoir de la mer comme prévu, il va falloir être vigilant. Je vais me préparer tranquillement à réduire la voilure au fur et à mesure que les heures vont passer ».

Catégories Rhum – Option mer, option terre

Entré en Atlantique ce matin, l’essentiel des flottes Rhum Mono et Rhum Multi a connu, en ce début de deuxième jour de course, une pénible journée de transition, au cœur d’un minimum dépressionnaire peu venté, mais sur une mer terriblement mouvementée. Les voiliers monocoques comme multicoques, se sont retrouvés ballottés face à la houle de Nord-Ouest, tandis que le vent faiblissant de Sud-Est peinait à leur conserver un minimum d’inertie. Les solitaires ont ainsi souvent ragé face à l’instabilité des éléments au moment d’établir la voile d’un temps en perpétuel changement.

Et à cette situation peu propice à progresser sur la route, s’ajoute l’angoissante incertitude de la conduite à tenir face à la virulence du front attendu. Le vent de Nord-Ouest, guetté avec impatience par les voiliers aux prises avec les petits minima dépressionnaires, va entrer en force et bousculer la flotte déjà malmenée par une mer « infecte » pour les uns, « moche » pour les autres.

Tous ne sont cependant pas logés à même enseigne. Les grands monocoques d’Éric Bellion (Aber Wrac’h) et Bob Escoffier (Roscoff) sont déjà bien à l’abri, conformément aux instructions de course, à l’instar de Nicolas Magnan et de Franck Sainte-Marie en stand-by à Camaret. Erwan Thibouméry a placé son grand catamaran en escale à Brest et devrait être vite rejoint par Christophe Souchaud. Gildas Breton a choisi lui, de rejoindre son port d’attache de Loctudy, tandis que les deux grands catamarans de Christian Guyader et Bertrand de Broc devraient, dans l’après midi, rejoindre Bénodet. Moins extrêmes dans leurs choix d’hommes de mer, Gilles Buekenhout, Yann Marilley et Loïck Peyron cravachent pour rallier La Corogne ou Avilès en Espagne avant l’arrivée du très vilain temps.

Mise entre parenthèses

On le voit, les classements sont, dans les esprits de tous ces solitaires un peu entre parenthèses. Sans même se préoccuper de l’aspect sportif de sa course, Pierre Antoine s’est autopropulsé aux commandes des Rhum Multi, à la faveur du bon comportement de son bateau dans la mer formée rencontrée à Ouessant, qui lui a permis de signer une première journée à plus de 260 milles. Longtemps leader et auteur d’un remarquable début de course, David Ducosson, quelque peu désabusé par l’état « détestable » de la mer, se concentre pour l’heure à la préparation de son bateau pour le vent fort, trinquette à poste et ballasts remplis. Il laisse Jean-François Lilti s’installer sur le podium provisoire.

Leader « historique » depuis le coup de canon de départ du groupe Rhum Mono, Sidney Gavignet a lui aussi longtemps pesté contre l’arrivée tardive du vent de Nord-Ouest, et contre cette houle creuse et désorganisée qui malmène son Café Joyeux. Des grains, un vent qui feint de s’établir au Nord-Ouest, pour revenir en mollissant au Sud-Est…. Sidney a testé ses réserves de patience. Quelques dizaines de milles en son Nord-Ouest, l’Italien Andrea Mura a longtemps partagé le même indigeste régime, maudissant ces petites bulles déventées qui ont emprisonné et maltraité son 50 pieds, sur une mer infestée d’algues traîtresses pour ses appendices.

Le vent de Nord-Ouest va d’une certaine manière redonner ordre et logique à la progression des monocoques et multicoques de la classe Rhum. Aux voiliers toujours en route de faire le dos rond dans la tourmente, tandis que les solitaires abrités en leurs havres respectifs, compteront les heures avant un nouveau départ au timing bien spéculatif…

– D. van den Brink –

Classement

A 1600hrs CET (1500hrs UTC) Lundi 5 Novembre 2018

ULTIME
1 François Gabart (MACIF) 2,973 nautical miles de l’arrivée
2 Armel Le Cléac’h (Banque Populaire IX) + 18.46 miles du leader
3 Francis Joyon (IDEC Sport) +25.96 miles du leader

MULTI 50
1 Lalou Roucayrol (Arkema) 3,185 miles de l’arrivée
2 Armel Tripon (Beaute Chocolat) +48.48 miles du leader
3 Thierry Bouchard (Ciela Village) +53.60 miles du leader

IMOCA 60
1 Alex Thomson (Hugo Boss) 3122 miles de l’arrivée
2 Vincent Riou (PRB) +26.74 miles du leader
3 Paul Meilhat (SMA) +28.18 miles du leader

CLASS 40
1 Yoann Richomme (Veedol-AIC) 3,249 miles de l’arrivée
2 Louis Duc (Carac) +2.5 miles du leader
3 Arthur Le Vaillant (Leyton) +7.17 miles du leader

RHUM MULTI
1 Pierre Antoine (Olmix) 3,255 miles de l’arrivée
2 Jean-François Lilti (Ecole Diagonal Pour Citoyens du Monde) +3.4 miles du leader
3 David Ducosson (Air Antilles Caseneuve Maxi Cat) +18.46 miles du leader

RHUM MONO
1 Sidney Gavignet (Joyeux Café) 3,293 miles de l’arrivée
2 Vento di Sardegna (Andrea Mura) +11.06 miles du leader
3 Wilfred Clerton (Cap au Cap Location) +31.68 miles du leader.

Crédit Photo : V. Olivaud
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– CP –

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