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Vendée Globe: Aux abords de l’antiméridien

L’opportunisme est parfois considéré comme une attitude peu recommandable et pourtant… En mer, savoir tirer avantage d’une situation, saisir les opportunités que vous offrent les éléments, sont les signes d’un sens marin aiguisé.

C’est ainsi que plusieurs navigateurs ont profité de l’amélioration des conditions météorologiques pour entamer quelques travaux d’entretien si ce n’est des réparations essentielles. Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) a ainsi pu replacer son emmagasineur de voiles d’avant à l’extrémité de son bout-dehors et peut de nouveau porter la toile du temps, en faisant usage de son gennaker. D’autres chantiers sont en cours, comme la réparation de ses supports d’hydrogénérateurs ou du génois, endommagé quelques jours plus tôt. Tous n’ont pas des tâches de l’importance de celles de Bertrand de Broc, mais il y a fort à parier que sur nombre de bateaux, cette journée un peu plus clémente aura été consacrée à des travaux d’entretien plus ou moins conséquents.

Armel Le Cléac’h bouscule le duel

L’opportunisme, c’est aussi saisir parfois de se différencier dans sa navigation, de jouer un coup météo. Armel le Cléac’h (Banque Populaire) a choisi d’empanner dès le passage de la porte de Nouvelle-Zélande pour replonger au sud. Il a créé ainsi un écart latéral de près de cinquante milles avec François Gabart (MACIF). En distance au but, Armel peut paraître décroché, mais c’est avant tout parce que, plongeant au sud, il s’éloigne beaucoup plus de la route directe que son concurrent. C’est un investissement que fait le navigateur de la baie de Morlaix. Réponse dans quelques heures, quand les deux leaders auront de nouveau empanné en direction de la prochaine porte. Pour l’heure, on peut juste constater qu’Armel Le Cléac’h a été à l’initiative plusieurs fois depuis le début de ce Vendée Globe et que, jusque là, cela lui a plutôt réussi.

Déstabilisation sur les ondes

Jean Le Cam a aussi saisi la nécessité d’être opportuniste. A l’avant du groupe des Tontons Chasseurs, il dispose d’une occasion de faire le trou avec ses adversaires et, pourquoi pas, de recoller un peu au tandem Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Alex Thomson (Hugo Boss). Le skipper de SynerCiel devrait bénéficier de conditions favorables que ne devraient pas avoir le groupe Mike Golding (Gamesa), Dominique Wavre (Mirabaud) et Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered). Le skipper de SynerCiel est bien décidé à exploiter cette chance de faire le trou. Dans cette bataille pour la tête du peloton, tous les moyens sont bons pour essayer de déstabiliser les concurrents. Ainsi Jean Le Cam n’hésitait pas, lors du direct de ce midi avec le PC Course, à introduire le doute sur le fait que Mike Golding disposait d’un voilier en parfait état de marche. Vérité perçue ou manière de prêcher le faux pour savoir le vrai ? Toujours est-il qu’on pouvait s’interroger au vu des vitesses affichées à midi par le voilier britannique. A 16 heures, tout semble être rentré dans l’ordre et seul Mike sait si sa perte de vitesse était le fait de conditions météo spécifiques ou bien était révélatrice d’autres problèmes. La guerre des ondes fait aussi partie du jeu.

Tailler sa route sans bruit
D’autres ont fait le choix de la discrétion. En troisième position, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) affiche la meilleure moyenne depuis le classement de midi. Sans bruit, le navigateur niçois conforte ainsi sa position en embuscade. De même Arnaud Boissières (Akena Vérandas) maintient toujours à distance Bertrand de Broc et profite de retrouver des conditions un peu plus clémentes pour accélérer progressivement. Plus à l’arrière encore, Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur), faute d’un vent très puissant, en a profité pour faire une toilette dans les mers du Sud, quand Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) goûte enfin le plaisir du vent revenu.

Cheminées Poujoulat vers les îles Auckland
Depuis le large du Portugal, soit plusieurs semaines maintenant, Bernard Stamm est victime de gros soucis d’hydrogénérateurs. Endommagés, les systèmes qui fournissent l’énergie du bord ne peuvent plus remplir leur office. Les réserves de gasoil s’amenuisent de jour en jour et les batteries ne se chargent plus, limitant de ce fait le possibilités d’utilisation du pilote, de la centrale informatique pour la météo et les communications et rendant la vie à bord très difficile. Les réparations auxquelles le skipper de Cheminées Poujoulat s’attèle sans relâche depuis ne tiennent pas et l’ont contraint aujourd’hui à faire route vers les îles Auckland, au Sud de la Nouvelle-Zélande. Le Suisse va y chercher un abri lui permettant de mettre en œuvre des travaux nécessitant l’arrêt provisoire du bateau.

Il est en effet indispensable de trouver une solution durable afin de garantir une production d’énergie suffisante à bord avant d’attaquer le plus long des océans du tour du monde.  C’est une opération délicate à mener pour un homme seul, avec les moyens du bord. L’expérience de la construction de deux monocoques Imoca (Superbigou et Cheminées Poujoulat 3) sera sans nul doute une aide précieuse à Bernard Stamm quand il se trouvera au mouillage devant cette île inhabitée et située à 465 km de Bluff.

D’ici au cap Horn, et avant d’entamer la difficile traversée du Pacifique Sud, cet archipel de sept îles rattaché à la Nouvelle-Zélande depuis 1863, est le seul endroit susceptible de proposer un abri sûr aux marins du tour du monde en solitaire, sans hypothéquer leurs chances de rester en course. D’une superficie de 510 km², l’île principale, Auckland, est relativement montagneuse et devrait offrir le répit nécessaire au navigateur. Une solution empruntée à plusieurs reprises déjà dans l’histoire du Vendée Globe, notamment par Marc Guillemot lors de la précédente édition.

En lien permanent avec son équipe à terre, Bernard Stamm ne perd bien évidemment pas la course de vue, mais sait que le sens marin et la sécurité imposent cette suspension du temps pour résoudre ces gros problèmes d’énergie et reprendre sa route avec tout le potentiel de son bateau.

Cheminées Poujoulat est actuellement en vue de l’archipel mais attend le lever du jour pour faire l’approche de la zone de mouillage qu’il vise.

Crédit Photo: © Thierry Martinez/SEA&CO

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– CP –

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