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Vendée Globe: Icebergs en vue

François Gabart et Armel le Cléac’h se sont affranchis ce matin de la dernière porte de sécurité glace, la Est Pacifique. Devant leurs étraves, le tapis rouge est déroulé pour doubler d’ici trois jours le cap Horn. Mais au bout du tapis, il y a une sacrée marche à franchir. Ou plutôt un slalom spécial à faire froid dans le dos, au milieu d’une quinzaine d’icebergs qui dérivent dans le sud-est du cap Dur. Dans les remous des deux leaders, il y a du vent et de la mer pour presque tout le monde. Un peu trop, même, au goût de Jean Le Cam ou d’Alex Thomson qui rêvent d’en finir avec le Grand Sud… Ils ne sont pas les seuls.

Depuis le 1er décembre, François et Armel naviguent à portée de jumelles. A 19 reprises, ils se sont échangé les rênes de la course et ils risquent fort de doubler le troisième et dernier cap de cette grande boucle planétaire à quelques dizaines de minutes d’intervalle, le 1er janvier 2013. Cet interminable corps à corps relève du « jamais vu » en course océanique et on ne soupçonne pas à quel point il est éreintant pour ces deux compétiteurs qui ne lâchent rien. Dans ce duel, ils ne se sont octroyé aucun répit, aucun faux pas et aucun état d’âme. Ahurissant !

Cap Horn on the rocks
A 1280 milles du cap Horn et à seulement 1 mille d’un de l’autre, les skippers de MACIF et de Banque Populaire plongent vers les latitudes froides et hostiles à 18 nœuds de moyenne. Il leur faudra descendre au moins jusqu’à 56 degrés sud pour doubler la Terre de Feu et mettre le clignotant à gauche. Mais avant de faire leur retour en Atlantique sud, ils devront traverser une zone de 50 milles truffée de glaçons. Des icebergs de 100 à 400 mètres pour les plus gros et les plus visibles au radar. Le problème étant moins ces mastodontes blancs que leur progéniture, les growlers ou bourguignons, seulement repérables à l’œil nu. Ce slalom dans un champ de mines sera le prix à payer pour le ticket de sortie du Grand Sud. Une sortie qu’ils sont nombreux à appeler de  leurs vœux.

En finir avec le Sud
En troisième position, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) a cessé son ascension vers le sommet de la course. Maintenant que les leaders ont accéléré, son écart est en train de se stabiliser. Le bateau bleu devrait doubler l’extrémité méridionale de l’Amérique du Sud avec une petite journée de retard sur ses prédécesseurs. Le plus tôt sera le mieux ! Car de son propre aveu, « Jipé » a hâte de quitter les mers du sud, d’en finir avec le froid et l’humidité, avec les pieds qui macèrent dans les bottes. Un sentiment partagé par Alex Thomson (Hugo Boss) qui subit depuis 12 heures des rafales à 40 nœuds : « je suis très, très fatigué. Je n’arrive pas à dormir, le vent est trop instable, je dois régler tout le temps » écrivait-il ce matin. Même lassitude de la part de Jean Le Cam (SynerCiel), qui évitait de justesse un « départ au tas » en pleine vacation de la mi-journée. « Là c’est chaud, c’est très chaud, le vent est tellement instable. Qu’est-ce que c’est bien quand ça mollit et qu’on voit enfin un rayon de soleil ! ».

En ce 49e jour de course, seuls Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud) progressaient  toutes voiles dehors, dans des conditions relativement confortables, à la lisière sud d’un anticyclone. Mais cette parenthèse ne durera qu’un temps.

A l’arrière, il y a du vent fort pour tous et parfois une belle mer croisée, surtout pour Alessandro di Benedetto, seul concurrent à naviguer encore dans l’océan Indien. Le skipper de Team Plastique est loin d’en avoir fini avec le Grand Sud. Encore trois semaines de gris et de déferlantes avant d’amorcer le virage vers la maison…

Ils ont dit:

Dominique Wavre (SUI, Mirabaud) : La journée d’aujourd’hui a été bien calme. Je suis en train de longer la bordure sud d’un anticyclone, c’est très tranquille. On a plus l’impression d’être dans un alizé très gris et très froid que dans le Grand Sud. Dans les Mers du Sud il y a une sorte de pureté de l’air, il n’y a aucune pollution, c’est vraiment magnifique. Et puis, sur le plan humain, on est vraiment seul. Le Pacifique, c’est le plus grand désert du monde. Quand il y a un rayon de soleil qui éclaire le bleu de l’océan, c’est vraiment magnifique.

Jean-Pierre Dick (FRA, Virbac-Paprec 3) : C’est bon pour le moral de remonter sur ceux de devant. Il me faudrait un petit peu de réussite pour arriver à revenir mais là, mes concurrents de devant ont retouché du vent donc ça va s’égaliser. J’ai hâte de sortir des Mers du Sud, ça a été un peu compliqué pour moi, je n’ai pas eu beaucoup de réussite, pas mal de frustration. J’ai envie d’exploiter pleinement le potentiel de mon bateau dans l’Atlantique. C’est dur ici, l’humidité est très élevée, un mois dans son bateau, ça use, ça use. Ce qui me manque le plus, c’est un ensemble. Un peu d’espace, un bon repas… Mais ce dont on souffre le plus ici, c’est l’humidité. Il faut faire attention aux endroits où on met nos vêtements. Je souffre beaucoup des pieds, on leur fait vivre un calvaire.

Jean Le Cam (FRA, SynerCiel) : C’est un peu chaud pour l’instant, j’ai 29, 30 nœuds de vent. Normalement ça devrait s’améliorer dans les heures qui viennent. Je suis un peu tendu. (Il quitte brusquement son poste) J’ai presque fait un départ au tas. C’est chaud, chaud, chaud… Si je vous dis que c’est chaud, c’est que c’est chaud ! Si on avait des vents stables, ce serait plus facile mais là ce n’est jamais le cas. On essaye de gérer au mieux mais il y a un moment où le calme, quand il y a un peu de soleil… Qu’est ce que ça ferait du bien ! Dès que ça mollit, qu’est-ce que c’est bien ! Si le Pacifique est un mauvais souvenir ? (Il avait chaviré à 200 milles du cap Horn lors de la dernière édition, ndlr). Tout le monde a de mauvais souvenirs donc on essaye de ne pas vivre que sur des mauvais souvenirs. J’essaye de faire au mieux. Là, honnêtement, la vacation d’aujourd’hui, c’est un peu tendu.

Bertrand de Broc (FRA, VNAM avec EDM Projets) :
En ce moment ça va. Ce sont des conditions assez calmes, le vent n’est pas loin derrière. D’ailleurs Tanguy sur son navire rouge approche doucement. Là j’ai 20 nœuds mais je devrais toucher 25 dans la journée et aller un peu plus vite. Les conditions sont excellentes, la mer est belle, la lune est pleine. Je commence à bien connaître le bateau. C’est vrai que j’avais beaucoup de choses à apprendre. J’ai peut-être été un peu trop prudent au départ, j’avais peu navigué dessus avant. Je commence à me régaler avec le bateau, c’est un très beau bateau, je devrais arriver à mieux le faire fonctionner, mais c’est difficile de tirer ces bateaux à 100%.

Crédit Photo: Michel Desjoyeaux / FONCIA

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– CP –

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