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Route du Rhum 2018 : les 8 commandements du gros temps

Les Skippers de la classe Ultime – Romain Pilliard, Thomas Coville, Sebastien Josse, Francois Gabart, Armel Le Cleac h et Francis Joyon – Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 – Saint Malo le 31/10/2018

Avec 123 bateaux lâchés sur l’Atlantique en novembre dont les vitesses moyennes s’étalent de 7 à 25 nœuds, le gros temps s’invitera nécessairement dans les cockpits des uns ou des autres entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. Mais de quel gros temps parle-t-on exactement ? Quels bateaux sont les plus exposés ? Comment les skippers se préparent-ils ? Réponse en huit thématiques avec des marins et des météorologues : Samantha Davies (IMOCA), Julien Villion (routeur), Luc Coquelin (Rhum Mono), Isabelle Joschke (IMOCA), Louis Duc (Class40), Kito de Pavant (Class40), Thierry Bouchard (Multi50), Romain Attanasio (IMOCA) et … Loïck Peyron (Rhum Multi).

Le gros temps, tu t’y prépareras…

Samantha Davies (Initiatives cœur) IMOCA: « Le gros temps fait partie de la course. C’est à chacun de prendre la décision de partir ou non. Moi, j’aime plutôt ça, je suis anglaise ! Mais je suis aussi compétitrice. Alors ce qui est dur, c’est de décider de contourner un phénomène pour ne pas casser en sachant que d’autres vont y aller. Car nos bateaux, les IMOCA, peuvent affronter du gros temps. Le vent fort, on peut même en étaler beaucoup. Mais quand le vent n’est pas dans le même sens que la mer, c’est là que ça devient difficile.… »

Mer croisée et rafales, tu surveilleras…

Julien Villion, assistant de Jean-Yves Bernot pour le routage de MACIF (ULTIME) et FenêtréA-Mix Buffet (Multi50) : « La garde à la mer et la longueur des ULTIME repousse sensiblement l’arrivée du mauvais temps. Par rapport aux Multi50, c’est quasiment du simple au double. Sur les 50 pieds, à partir de 3 à 4 mètres de creux, on sait que ça devient l’enfer, notamment parce que le skipper est très exposé physiquement. La hauteur des vagues est une notion assez théorique : ce qui compte, c’est savoir si la mer est croisée ou pas et estimer la période de la houle. Pour le vent, c’est un peu pareil, on surveille de près le pourcentage des rafales par rapport au vent moyen. Notre mission suppose d’être très précis sur ces données. Et l’expérience du routeur, alors que l’accès aux données est de plus en plus ouvert, est de conserver un œil critique sur la performance pure, d’exclure ce que Jean-Yves appelle, les « routes jeu vidéo ».

L’expérience, tu engrangeras…

Luc Coquelin (Rotary/La Mer pour tous) Rhum Mono : « Mon bateau est hyper sûr : je n’ai fermé la porte de la descente qu’une seule fois en 21 ans de navigation (et cinq Routes du Rhum) Et encore, c’est parce qu’il ne fallait pas aller très vite dans un vent portant puissant avec de la mer… Je ne me suis jamais senti en danger sur ce bateau, a contrario d’autres voiliers de série. Construit en bois époxy, il n’est pas bruyant et comme il est un peu souple, je n’ai pas encore mal au dos ! Comme mon bateau est gréé en ketch (deux mâts), j’ai à disposition moult combinaisons de voilure. Cela permet d’avoir des surfaces de voile réduites qui m’autorisent à manœuvrer facilement et rapidement. Dans la grosse brise, je navigue sous tourmentin, trois ris dans la grand-voile et deux ris dans l’artimon pour équilibrer le bateau : je peux encaisser plus de 45 nœuds réels au près avec de la mer. Et s’il y a trop de vent, le bateau dérive tout simplement. Sans jamais perdre le contrôle. J’ai déjà pris du mauvais temps et ça s’est toujours bien passé. Je garde toujours un peu de toile à l’arrière car le bateau a tendance à être mou. J’ai déjà eu 55 nœuds établis contre le vent, mais c’est l’état de la mer qui permet plus ou moins de progresser : à un certain stade, le bateau tape quand même dans les creux ! »

Le marin, tu protègeras…

Isabelle Joschke (Monin) IMOCA : « Le gros temps ? C’est lorsque je me déplace sur le pont en me disant que je peux me blesser à chaque instant. Cela commence à partir de 30 nœuds au près… Autrement, j’aime bien le gros temps mais ni au départ, ni à la côte. Ce que je redoute, c’est le virement de bord derrière le front, dans 35 nœuds ou plus. Le pic avant où se matossent les voiles peut devenir très dangereux. Cela demande de l’organisation et au passage d’un front, le vent change brutalement, il faut réagir très vite. Je porte souvent des genouillères à bord et je crois que cette année, je mettrai mon casque destiné à monter au mât à ce moment de la course… »

Le tourmentin, tu ne négligeras pas …

Louis Duc (Carac) Class40 : « Notre trinquette ou J2 est quand même assez grand, 32 m2. Donc, au delà de 35 nœuds au près dans la mer du large, il faut pouvoir réduire. C’est pourquoi j’ai installé un système de ris dans la trinquette, même si je l’envoie sur emmagasineur. Je retire 10 m2 d’un coup et je baisse le centre de voilure. Après, je passe sous tourmentin, mais j’ai un étai dédié à ça, donc la manœuvre est assez facile, je peux bien l’anticiper »

Samantha Davies (Initiatives cœur) IMOCA : « Je peux envoyer mon Tourmentin, sans affaler mon J3 (petit foc). Je crois être la seule à avoir ça et ça me permet de ne pas aller sur la plage avant au delà de 30 nœuds de vent. »

Le plus gros du mauvais temps, tu éviteras…

Kito De Pavant (Made in Midi) Class40 : « J’ai pris des gros coups de vent cette année en Méditerranée et sur le convoyage vers Saint-Malo. A 45 nœuds, on n‘est pas en danger sur les Class40 mais on est quand même un peu en vrac, il faut le dire. Les IMOCA sont sans doute ceux qui supportent le plus de vent. Affronter 50 nœuds au près, ça se passe plutôt bien. J’ai fait ça aussi en Multi50 sur la Transat Jacques Vabre avec Yves Le Blévec, ça ne le faisait pas. On a fini par faire demi-tour, la mer était trop dure. »

Thierry Bouchard (Ciela Village) Multi50 : « Avec 20 nœuds de vent, si on a toute la toile sur nos trimarans, c’est déjà très très sport. Il faudra aller vite mais en réduisant la toile. On a déjà pris 35/45 nds en navigation. Ce sont quand même des bateaux très marins. Maintenant, si on tire vraiment dessus, il faut faire gaffe. Un cata, un tri, ça se retourne ! Il faut trouver la limite et naviguer en bon marin »

Ton estomac, tu prépareras…

Romain Attanasio (Pure-Famille Mary) IMOCA : « Sur cette course, tu passes presque plus de temps sur le village qu’en mer ! L’Atlantique est notre jardin mais la course part vite. Je ne suis pas hyper sensible au mal de mer, mais ça peut m’arriver. C’est variable. Lors de la dernière Transat Jacques Vabre, j’ai épongé 10 litres de gasoil pur dans les fonds du bateau et je n’ai rien eu. Par contre celle d’avant, j’étais resté à l’intérieur pour charger un fichier météo et ça m’avait été fatal. Comme pas mal de skippers, j’ai mon Stugeron (médicament anti-mal de mer) à portée de mains pour le début de la course ! »

Petit multi, tu te planqueras ?…

Loïck Peyron (Happy) Rhum Multi : « Ces dernières semaines, j’ai passé pas mal de temps sur les cartes pour étudier tous les points de chute possibles en Espagne. Il y a 5 jours avec la météo annoncée, je regardais même l’espace pour rentrer dans le port de Saint-Quay Portrieux ! Esquiver sur ces bateaux, ça fait partie du jeu. Plus tu es petit, plus le gros temps arrive vite. C’est comme sur la route. Si tu as un Hummer, c’est pas la même chose qu’en Karting où tu ressens même le gravier. Mais Happy n’est pas inconfortable avec ses sections en V. Il fait le culbuto mais ne cogne pas. J’ai gardé le gréement d’origine qui est ramassé donc c’est assez stable mais je suis exposé à l’avant parce que je n’ai pas d’enrouleur. Alors, je m’attacherai sans doute… »

Crédit Photo : A.Courcoux

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– PM Bourguinat –

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