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Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 : Escarmouches tropicales

La Guadeloupe se prépare à accueillir François et Francis… ou Francis et François ? L’incertitude est encore vive car « l’ancien » revient pas à pas sur le « jeune » et à moins de 700 milles de l’arrivée, il peut se passer plein de rebondissements. Surtout avec une météo orageuse sur les Antilles ! Et au milieu de l’Atlantique, les leaders de chaque catégorie tentent de faire le break, avec plus ou moins de succès selon leur position géographique.

Il ne lâchera rien ! Et il ne se laissera pas faire… Le premier n’est autre que Francis Joyon qui met tellement de charbon que la chaudière est en surchauffe : plus de trente nœuds de moyenne avec des pointes à plus de trente-cinq nœuds : IDEC Sport n’est jamais allé aussi vite, même en équipage, grâce à sa légèreté mais aussi à ses nouveaux foils. Avec seulement 120 milles de retard sur le leader François Gabart, l’expérimenté skipper tente de déborder son concurrent par-dessous en gagnant à chaque bord un peu de VMG, de distance de rapprochement. L’ex-Groupama 3 que Franck Cammas puis Loïck Peyron avaient amené à la victoire à Pointe-à-Pitre, a le petit avantage d’être un peu plus léger même s’il est plus ancien…

Le tour comme juge de paix

De l’autre côté, François Gabart connaît parfaitement son bateau MACIF même s’il est plus susceptible de voler que lors de son tour du monde victorieux. Mais il doit pour cela « pointer » un peu plus, attaquer le vent avec un angle légèrement moins favorable. Bref, les deux solitaires mettent tous leurs atouts dans la balance car ils savent que c’est à la Tête à l’Anglais, cet îlet au Nord de Basse-Terre, que le match risque de se jouer : si l’écart est inférieur à trois heures (soit moins de cent milles), la hiérarchie peut basculer. Surtout que les conditions météorologiques actuelles sur les Antilles ne sont pas propices à un final simplifié : les grains succèdent aux trombes d’eau, les calmes aux bourrasques, le soleil à un ciel plombé…

Attendus demain dimanche dans l’après-midi au Nord de l’île papillon, les deux navigateurs connaissent leurs limites et celles de leur monture, mais un seul petit nuage peut faire totalement basculer le tempo. Et plus ils s’approchent de l’arc antillais, plus cette situation orageuse peut les ralentir ou les mettre dans le rouge. S’il faut changer de voilure ou partir à 60° à cause d’un méchant grain, les milles peuvent rapidement s’égrainer dans le mauvais sens !

Les leaders confortent

Et à plus de 1 000 milles des deux impétrants du tour du monde, Armel Tripon voit la route se dégager à proximité du tropique du Cancer : l’arrêt au stand remarquablement rapide (moins de 8 heures) de Thibaut Vauchel-Camus à bord de Solidaires en Peloton-ARSEP puis celui d’Erwan Le Roux et FenêtréA-Mix Buffet (l’un pour changer ses chariots de grand-voile est reparti des Açores, l’autre pour problèmes de pilote est en mer ce soir), les relègue à deux cent milles plus au Nord avec une configuration de vent un peu moins favorable. Le skipper de Réauté Chocolat est désormais sur le boulevard des alizés avec un Lalou Roucayrol (Arkema) bien loin derrière, au large des Canaries. Il lui faut dorénavant assurer sans prise de risque cette longue glissade (2 000 milles tout de même) vers la Guadeloupe.

Alex Thomson est un peu dans le même cas bien que ses trois poursuivants IMOCA ne lui rendent qu’une petite centaine de milles. Mais le Britannique est au moins un nœud plus rapide sur son Hugo Boss, redoutable à ces allures portantes. Ils auront beau tenter (à l’image de Yann Éliès (UCAR-StMichel) qui glisse encore plus Sud), de se démarquer, le skipper au bateau noir va les contrôler en suivant leurs mouvements : à chaque empannage, un empannage ! Il n’y a que l’instabilité des alizés qui pourrait redistribuer les cartes, ce qui est envisageable d’ici deux à trois jours…

Quant à Sidney Gavignet (Café Joyeux), impérial en catégorie Rhum Mono sur son voilier de 52 pieds, il se permet de tenir tête au deuxième groupe des IMOCA glissant dans une brise de Nord entre Madère et les Canaries. Eux aussi devraient, d’ici la fin du week-end, accrocher ces alizés de Nord-Est à Est d’une vingtaine de nœuds. Tout comme les Class40 toujours emmenés par Yoann Richomme (Veedol-AIC) qui devrait toutefois connaître une nuit difficile car il bordure les hautes pressions d’assez près… Ce qui est aussi le cas pour le leader des Rhum Multi : Pierre Antoine (Olmix) espère trouver un passage avec l’arrivée d’un front peu actif qui va se faire rétracter l’anticyclone des Açores.

Enfin du côté de la Bretagne comme de la péninsule ibérique, les nouveaux départs se succèdent : Éric Bellion (commeunseulhomme) et Laurent Jubert (L’espace du souffle) ont ainsi quitté l’Aber Wrac’h ce samedi matin, Nils Boyer (Le choix funéraire) ce midi La Corogne, prélude à une cohorte de solitaires qui ont préféré s’abriter que de casser du matériel lors des trois dépressions successives du golfe de Gascogne.

ULTIME – Ultimes empannages
Entre François et Francis, il n’y a qu’un ‘O’ de différence. Un O qui ressemble au contour de la Guadeloupe, soit 4 à 6 heures de navigation, peut-être le delta entre les deux hommes au moment de franchir la ligne d’arrivée dimanche en fin d’après-midi entre l’îlet Cochon et l’îlet Gosier…

Entre le Charentais et l’Eurélien, il y a aussi 27 ans d’écart. Avec un peu d’imagination, Francis aurait pu être le père de François. Leurs bateaux respectifs sont également nés à une génération d’intervalle (2006 et 2015), mais ce sont deux plans VPLP au pedigree remarquable. D’un côté MACIF, trimaran qui a emmené Gabart seul autour du monde en un temps record (42 jours 16 heures), transfiguré en une version 2 volante très efficace. De l’autre IDEC Sport, ex Groupama et ex Banque Populaire VII, double vainqueur de la Route du Rhum, avec lequel Francis a remporté le Trophée Jules Verne en 40 jours et 23 heures.

L’épilogue de cette Route du Rhum Destination Guadeloupe voit donc s’affronter en combat singulier deux machines redoutables menées par deux marins au talent et au mental exceptionnels.

Le plus jeune est en tête avec 120 milles de marge, mais rien n’est encore définitif à 36 heures du terme de cette transat. Sur la route de la Guadeloupe, alors que MACIF et IDEC Sport ont peut-être effectué leur dernier empannage vers l’île Papillon, les alizés sont mal lunés. Sous les grains, le vent d’Est est très irrégulier, avec de grosses variations en force (10 nœuds) et en direction (30 degrés), obligeant les navigateurs à une vigilance de tous les instants. La course de vitesse à 30 nœuds de moyenne est aussi un exercice d’équilibre : il faut foncer mais ne pas déraper. Pas facile pour le skipper de MACIF, poussé dans ses retranchements par un chasseur infatigable. « A sa place, je ferais exactement pareil » confiait ce matin un François Gabart bon joueur.

– C. El Beze –

Multi50 : Tripon s’envole, la flotte s’accroche
Armel Tripon continue sa progression dans les alizés et en a profité pour passer devant les IMOCA qui faisaient route à ses côtés. Lalou Roucayrol, qui vient de passer les Canaries, pointe à 420 milles plus à l’Est alors que Thibaut Vauchel-Camus et Erwan Le Roux se sont croisés aux Açores.

Il file à vive-allure et confirme son avance. Armel Tripon, qui a pris l’option la plus au Sud chez les Multi50, en récolte les fruits. En ayant passé une journée à plus de 20 nœuds de moyenne dans cette mer rangée, le skipper de Reauté Chocolat s’est même offert le luxe de dépasser les IMOCA de Paul Meilhat, Vincent Riou et Yann Eliès qui l’accompagnaient ces derniers jours.

Chassé-croisé à Ponta Delgada

L’autre « sudiste » de l’aventure, Lalou Roucayrol est passé sans encombre entre les îles des Canaries. Le skipper d’Arkema accuse pourtant 420 milles de retard sur le leader de la classe malgré ses 20 nœuds de moyenne ce samedi. Pour le reste de la flotte, l’heure n’est pas vraiment à l’apaisement. Thibaut Vauchel-Camus, victime de la casse d’une partie du rail de sa grand-voile, a dû se résoudre à une escale à Sao Miguel aux Açores. Il n’y est resté que huit heures avant de repartir à 6 h 30, ce samedi matin, en mettant cap vers le Sud.

En repartant, le marin de Solidaire en peloton-ARSEP n’est pas passé loin d’ Erwan Le Roux. Toujours en proie à des soucis de pilote automatique, le skipper de FenêtréA-Mix Buffet est lui aussi arrivé au port de Ponta Delgada à 8 h 55. Des « nordistes », seul Gilles Lamiré (La French Tech Rennes Saint-Malo) ne s’est pas arrêté. Mais en avançant à une moyenne de 12 nœuds, il a dû composer ce vendredi avec le retour de Thibaut Vauchel-Camus qui pointait à 20 milles de lui à la mi-journée.

L’écart reste néanmoins très conséquent entre le trio venu du Nord et le leader, Armel Tripon décalé à 600 milles au Sud. Le skipper de Reauté-Chocolat, qui doit encore parcourir 2 080 milles avant l’arrivée, doit néanmoins rester vigilant. Plus il avancera vers l’Ouest, plus la mer se réchauffera et l’alizé se chargera en grains. Des conditions qui nécessitent une attention de tous les instants, surtout à bord de ces dragsters du large.

– A. Grenapin –

IMOCA – God save the King
Heure par heure, Alex Thomson creuse son avance sur ses poursuivants. On savait Hugo Boss redoutable au portant et son imperturbable skipper confirme son leadership. Derrière, chacun apprécie d’être enfin sorti des systèmes dépressionnaires. Ce n’est pas relâche pour autant sur l’Atlantique. Après six jours de dérouillées, chacun ferraille à son niveau ! Et à terre, de Brest à Lisbonne, cinq concurrents affûtent leurs fichiers météo pour décider quand reprendre la mer. A l’heure où nous bouclons ces lignes, Fabrice Amédéo se préparait d’ailleurs à larguer les amarres de Cascais…

2 nœuds. 2 nœuds c’est l’écart de vitesse entre Alex Thomson et ses poursuivants depuis 24 heures. Lorsqu‘ hier vendredi, le leader a recroisé dans l’Ouest des Canaries devant l’étrave de SMA, son avance n’était que d’une vingtaine de milles. Elle s’élève à plus de soixante dix aujourd’hui. Visiblement, le skipper d’Hugo Boss est en grande forme. « J’ai confiance en mon bateau et sa vitesse au portant et c’est là-dessus que va se jouer la course » confiait-il lorsqu’on l’interrogeait il y a 48 heures sur son risque de recalage au Sud. Alex a pris des risques en début de parcours, poussé la barre tant qu’il était encore temps pour revenir contrôler la flotte et trouvé la bonne vitesse dans la phase de transition. Une copie parfaite pour l’instant, alors que l’évolution de l’alizé n’annonce pas de jeu tactique. Ce qui n’empêche pas Yann Eliès de plonger au plus Sud pour trouver plus de pression que ses petits camarades…

Il reste plus de 2000 milles à courir pour les IMOCA de tête et le premier à apercevoir la Guadeloupe sera aussi celui qui commettra le moins d’erreur. Qui conservera son grand spi jusqu’au bout ? Qui négociera toutes les petites bascules du bon côté ? Guerre de position, cette seconde semaine de course sera aussi une guerre d’usure. L’Atlantique est certes un jardin pour les quatre tourdumondistes aux avant-postes, mais l’alizé y brasse de jolis talus et agite les grains comme des herbes folles…

Trois « vintage » en 10 milles !

Quelques 350 milles au Nord, Boris Hermann sait aujourd’hui qu’il a peu de chances de raccrocher le trio de tête. « J’espère pouvoir faire une transition dans la dorsale, sans perdre trop de vitesse. Je rentre dans le match mais ils sont encore devant moi, Alex a au moins une demi-journée d’avance (…). Je reste dans la course et je peux peut-être accrocher Yann (Eliès) ! » Pas fâché de sortir enfin du système dépressionnaire, le skipper de Malizia II-Principauté de Monaco venait ce midi de renvoyer sa grand-voile haute pour la première fois depuis le départ et ça sonnait comme une fête. « Je suis tribord amure, sous J2, avec du près à 65°. Ce samedi, la mer se calme donc la vie devient plus agréable »

Même son de cloche dans l’Est où le trio des plans Finot-Conq 2007 se livre une belle bagarre qui devrait durer jusqu’à Pointe à Pitre. « Le match est sympa, mais c’est la guerre des nerfs ! Nos carènes sont proches, mais les plans de voilure sont sensiblement différents et dans certaines conditions, les foils d’Alan peuvent être un avantage » expliquait Stephane Le Diraison à la vacation. Bien dans sa course, le skipper de Time for Ocean navigue très « proprement » selon l’expression consacrée des skippers – traduisez une trace assez tendue et économe en milles, bien dans le timing des systèmes météo, ce qui lui a permis de passer devant Alan Roura. Derrière, le jeune Suisse ne ménage pas ses efforts, tout comme Damien Seguin, au rendez-vous de cette 11ème Route du Rhum-Destination Guadeloupe.

Encore sur l’arrière, Erik Nigon va croiser la route d’Arnaud Boissières qui connaît bien le potentiel des plans Farr de la génération d’Un monde sans Sida puisqu’il en a barré deux successivement sur les derniers Vendée Globe. Aux prises avec pas mal de petits soucis (pilote, dessalinisateur) et blessé au pouce, Cali devra remettre du charbon dans l’alizé pour espérer se dégager et peut-être recoller avec le trio installé 170 milles devant lui. Bien content d’être sorti intact de cette première semaine de course, Erik avouait quant à lui ne pas trop regarder ses concurrents, se souciant plutôt de ne pas se laisser emprisonner par la dorsale qu’il traverse à hauteur de Madère.

Lorsque Fabrice Amédéo reprendra la mer ce soir, le premier concurrent sur son tableau de chasse sera Ari Pekka Huusela qui ferme toujours la marche des bateaux en route vers Pointe-à-Pitre. Mais Newrest-Arts et Fenêtres devra jouer plein Sud près des côtes marocaines pour ne pas se laisser rattraper dans la dorsale qui se couche sur l’Atlantique. Quant aux IMOCA en escale en France (Manuel Cousin, Alexia Barrier, Jérémie Beyou, et Romain Attanasio), ils devront choisir entre un départ demain dans la traîne de la dépression ou patienter jusqu’en début de semaine pour voir se reconstituer une situation propice à un retour rapide et moins risqué dans la course.

– PM Bourguinat –

Class40 – À la porte des alizés
Tandis que Yoann Richomme continue sa cavalcade en tête des Class40, ses poursuivants tirent la langue derrière, usés par plusieurs jours au reaching puis au près qui ont sollicité bateaux et organismes. Du côté des côtes ibériques, plusieurs skippers ont appareillé depuis vendredi, tandis qu’en Bretagne, un départ est envisagé dimanche…

Lui et les autres. A chaque classement qui tombe depuis trois jours, Yoann Richomme n’a de cesse de creuser son avance sur ses poursuivants (Phil Sharp et Aymeric Chappellier à 70 et 80 milles samedi en début d’après-midi) qui doivent trouver ces heures bien cruelles, impuissants face au rythme imprimé par le leader dont le plan Lombard fait merveille dans les conditions de reaching/près qui sont le quotidien de la tête de flotte depuis trois jours. « Hier, il y avait 20 nœuds de vent, Yoann était un nœud plus rapide que tout le monde, voire plus, c’est un bateau vraiment plus puissant », constatait samedi matin Kito de Pavant, quatrième sur Made in Midi à environ 120 milles du skipper de Veedol-AIC. Un Kito de Pavant qui confiait au passage une certaine lassitude, après six jours de mer passés penché : « Il me tarde d’être au portant, parce que le près, ça commence à bien faire, ce n’est quand même pas ce qu’il y a de plus agréable sur ces bateaux. J’ai envie que le vent tourne pour aller dans la bonne direction ».

C’est dimanche, voire lundi, que les portes de l’alizé devraient s’ouvrir pour les « sept mercenaires » qui font la course en tête au large de Madère, dans l’ordre Yoann Richomme, Phil Sharp, Aymeric Chappellier, Kito de Pavant, Antoine Carpentier, Arthur Le Vaillant et Luke Berry. Il ne sera alors plus question de saute-mouton dans les vagues sous trinquette ou tourmentin, mais de glissades sous spi, ce pourquoi les 53 solitaires inscrits en Class40 sur cette onzième édition, sont en partie venus. « J’ai hâte de mettre le spi, de prendre une douche, de pouvoir ranger tout ça et d’avoir une navigation plus agréable. Ça va être intéressant, il va y avoir du jeu dans les alizés ! », confiait samedi matin Yoann Richomme, tandis que Jonas Gerckens, reparti vendredi soir de Cascais après une escale technique qui lui a permis de régler les problèmes d’électronique à bord de Volvo, ajoutait : « Je cherche doucement les alizés, ça va bientôt dérouler et on va enfin avoir nos surfs tant voulus ».

Soucis techniques aussi pour Carl Chipotel (Pep’ Gwadloup’), arrivé épuisé samedi matin à Baiona, solent et grand-voile déchirés, et pour Maxime Sorel, dont le système de barre sur V&B fait des siennes. « La solution provisoire fait l’affaire mais cela nécessite un contrôle permanent car les vibrations sont importantes et la boulonnerie se dévisse. Il va falloir attendre encore que l’état de la mer soit meilleur pour finaliser les réparations », a confié le Malouin, classé 9e. Derrière, les marins ayant choisi d’affronter les dépressions sans passer par la case escale poursuivent leur descente vers le Sud et des conditions plus clémentes, du surprenant Michael Hennessy (Dragon), leader en catégorie Vintage, au Suédois Mikael Ryking (Talanta) en passant par Olivier Cardin (Région Normandie), Miranda Merron (Campagne de France), Jean-Baptiste Daramy (Chocolats Paries-Coriolis Composites), l’Allemand Arnt Bruhns (Iskareen), le Guadeloupéen Rodolphe Sepho (Rêve de Large) ou Franz Bouvet (Yoda), ce dernier ayant confié samedi matin : « J’ai géré le gros temps en mettant le minimum de toile. J’ai pris mon temps, j’ai laissé le gros temps passer. Ça ne servait à rien de s’arrêter car ceux qui l’ont fait sont encore à l’arrêt, la meilleure solution était d’avancer doucement ».

L’homme a du mille dans les pattes, certains, moins expérimentés, ont choisi la voie de la sagesse en s’abritant (en raison parfois aussi de pépins techniques), ils ne devraient pas tarder à redécoller vers la Guadeloupe, en tout cas ceux qui se sont arrêtés en Espagne et au Portugal : Olivier Roussey (Obportus IV – Gras Savoye) a quitté Gijon samedi matin, il sera suivi dans l’après-midi par Morgane Ursault Poupon (Fleury Michon Bio), Jonas Gerckens, on l’a vu, a quitté Cascais vendredi soir, Louis Duc (Carac) espère appareiller d’ici samedi soir de Baiona. Et en Bretagne ? Un départ est toujours envisagé dimanche pour la quinzaine de solitaires répartis entre Roscoff, Brest, Camaret, Bénodet, Concarneau et Lorient. En revanche, pour Sébastien Marsset (Campigns Tohapi), c’est fini, l’intéressé ayant officialisé son abandon samedi matin pour cause d’avarie de pied de mât. Même chose pour Nicolas Troussel, qui ne repartira pas de Cascais, le skipper de Corum, handicapé par une blessure à la main et des petites avaries, n’étant plus en mesure de se battre pour le podium.

Classes Rhum – Arrêts et nouveaux départs
Sur l’eau comme sur terre, le mot d’ordre pour les marins des deux catégories Rhum est au retour aux affaires. Hormis peut-être les deux leaders, Sidney Gavignet en Rhum Mono, et Pierre Antoine en Rhum Multi, l’ensemble des concurrents, en gérant à leur manière et en leur âme et conscience les 4 trains de dépression qui ont balayé le Golfe de Gascogne et sérieusement compliqué la route vers les Antilles, a mis entre parenthèses la course, le sport et la compétition.

Avec une accalmie notable et globale de la météo de Madère à la pointe de Bretagne, et bien que la mer reste difficile, les marins se remettent en configuration course, recommencent à penser placement et classement. Pour les 11 skippers de monocoques ayant choisi à un moment où à un autre de cette terrible semaine de tempêtes à répétition, de rentrer au port, l’heure est à un nouveau départ. Eric Bellion et Laurent Jubert ont ainsi dès ce matin quitté l’Aber Wrach où ils patientaient depuis dimanche. D’autres vont ces prochaines heures les imiter et réintégrer la course. Pour Andrea Mura et Willy Bissainte, hélas, il n’y aura pas de nouveau coup de canon, même fictif. Les avaries subies par leur embarcation respective n’autorisent pas une deuxième chance. Pour Dominique Dubois, à qui on a envie de remettre la palme de l’endurance et de la ténacité, au terme d’un calvaire de 5 jours au plus fort des dépressions du golfe de Gascogne, grande est l’impatience de mettre autant de distance que possible entre le tableau arrière de son Gheo, et les voiliers de retour en course

Même son de cloche chez les Multis. Huit catamarans et trimarans s’apprêtent à reprendre la mer. Au même moment, fortunes de mer obligent, quelques téméraires qui avaient bravé les éléments, peu payés de retour, font demi-tour et rejoignent la terre pour évaluer leurs avaries et lécher leurs plaies. C’est le cas de Jean-François Lilti, étonnant dauphin d’un Pierre Antoine impérial, et qui se dirige vers Madère pour une rapide escale technique. Gilles Buekenhout et un peu plus tôt Yann Marilley, malgré une navigation toute en prudence, avec un arrêt à Gijon, rentrent au port avec de sérieuses avaries, fissures sur la coque du cata de Yann, et perte d’un foil sur le trimaran de Gilles.

On le voit, le sport reprend ses droits. Jean-Pierre Balmès, heureux de s’échapper à bon compte des si rudes rivages ibériques, se prend à rêver de performance et de classement, tandis que deux petits trimarans jaunes, Happyet Friends &Loversrégatent de conserve du côté du cap Saint Vincent.

Pour Pierre Antoine et Sidney Gavignet, loin en tête de leurs flottes respectives, de nouveaux challenges voient le jour, et terminer avant les véloces Class40 qui régatent en leurs parages, constitueraient pour ces deux hommes une satisfaction toute personnelle.

Trois abandons officiels
Alors que plusieurs solitaires réfugiés dans les ports bretons, espagnols et portugais, ont repris la mer ou vont la reprendre dès dimanche, Sébastien Marsset (Campings Tohapi) a indiqué qu’il abandonnait la route du Rhum-Destination Guadeloupe suite à de trop nombreux problèmes structurels sur son Class40. De même Nicols Troussel (Corum) a indiqué qu’il ne repartirait pas en course de Lisbonne : le skipper a une plaie à la main en sus de la fixation de son moteur défectueuse et d’autres problèmes techniques. Enfin, Isabelle Joschke (Monin), victime d’un dématage a officialisé son abandon.

Classement actuel (Top 3 skippers dans chaque catégorie à 1545 UTC Samedi 10 Novembre 2018)
ULTIME
1 François Gabart (MACIF) 705.44 NM de l’arrivée
2 Francis Joyon (IDEC Sport) +121.23NM
3 Romain Pilliard (Remade – Use It Again) +2,376.55NM

MULTI50
1 Armel Tripon (Reaute Chocolat) 2,036.23NM de l’arrivée
2 Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton-ARSEP) +196.82NM
3 Gilles Lamire (La French Tech Rennes Saint Malo) +210.13NM

IMOCA
1 Alex Thomson (Hugo Boss) 2,059.22NM de l’arrivée
2 Paul Meilhat (SMA) +76.37NM
3 Vincent Riou (PRB) + 93.20NM

CLASS40
1 Yoann Richomme (Veedol AIC) 2,406.79NM de l’arrivée
2 Phil Sharp (IMERYS CLEAN ENERGY) +72.11
3 Ameryic Chappelier (AINA Enfance Avenir) +82.64

Rhum Multi
1 Pierre Antoine (OLMIX) 2,328NM de l’arrivée
2 Jean-Francois Lilti (Ecole Diagonale Pour Citoyens du Monde) +368.59NM
3 Etienne Hochede (PIR2) +406.51NM

Rhum Mono
1 Sidney Gavignet (Café Joyeux) 2,468.42NM to the finish
2 Sébastien Destremau (ALCATRAZIT-FACEOCEAN) +276.45NM
3 Wilfrid Clerton (Cap Au Cape Location – SOS Villages D’Enfants) +426.84NM

Crédit Photo : Pierrick Contin / Alea / Idec
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– CP –

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