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Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 : le grand chambardement

Quatre-vingt-treize solitaires sont en course ce mardi soir puisque nombre d’entre eux sont repartis après escale de Bretagne, d’Espagne et du Portugal, alors que sept ont refait demi-tour. Les conditions météo sont favorables des Canaries à la Guadeloupe, mais un front est attendu demain pour ceux qui n’ont pas encore passé Madère. Or ce front va générer une dépression devant le Portugal…

La route est encore longue pour la majorité des 93 solitaires en course : Christophe Bogrand (Sterec Aile Bleue) a en effet dû rallier Brest suite à son démâtage lundi, et sept autres skippers sont revenus sur leurs pas en raison de nouvelles avaries. Mais l’Atlantique est vaste et les conditions de navigation ne sont pas du tout les mêmes dans le golfe de Gascogne (où dix-sept voiliers font face à une brise de Sud à Sud-Est) et à l’approche de l’arc caraïbe, où les leaders en Multi50 et en IMOCA profitent d’un alizé d’Est musclé avec des grains.

Une dépression en formation

De fait, les partants du week-end dernier ne doivent pas traîner pour déborder le cap Finisterre avant l’arrivée d’un front prévu pour jeudi au large du Portugal et qui va normalement se transformer en perturbation. Quelque part une bonne nouvelle pour eux puisqu’ils pourront alors passer par-dessus avec un flux d’Est, puis de Nord 20 à 30 nœuds qui devrait leur permettre de glisser rapidement ensuite vers le Sud afin de connecter les alizés. Clairement, il vaudra mieux être au minimum à la latitude de Madère le week-end prochain, au risque de se faire prendre par une nième dépression qui va balayer les Açores, puis la péninsule ibérique !

Et pour ceux qui naviguent encore entre Lisbonne et Madère, autant prendre le plus de Sud possible pour éviter de s’engluer dans une dorsale qui précède ce front. Mais il ne sera pas aisé de se dépatouiller de cette alternance de vents faibles et instables avec un flux de Sud qui court devant cette perturbation. Emmanuel Le Roch (Edenred) l’indiquait ce mardi matin : il avait dû traverser une zone de molles avant de retrouver un peu de consistance avec une brise de Nord-Est. Et ceux qui auront le plus de difficulté à s’extraire de ce nouveau phénomène météo sont malheureusement ceux qui ont dû faire escale en Espagne ou au Portugal tels Claire Pruvot (Service Civique) ou Carl Chipotel (Pep’ Gwadloup)…

Fracture alizéenne

Pour le peloton qui navigue au large de Madère et des Canaries, la solution semble venir du Sud : les brises portantes sont plus consistantes du côté du tropique du Cancer et ce, jusqu’à jeudi. Car à suivre, la genèse de cette dépression madérienne va provoquer une rupture d’alizés et il vaudra mieux se positionner sous le 25° Nord au risque de s’enferrer dans des calmes prolongés. Le parcours soi-disant paisible entre les archipels des deux côtés de l’Atlantique devrait se transmuter en cheminement laborieux dans un cocktail atypique fait de calmes et de brises improbables… C’est le grand chambardement : « la mer perd la boule et fait sauter ses houles… »

Heureusement plus à l’Est, les leaders et leurs poursuivants dans toutes les catégories de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe sont bien installés dans un flux de secteur Est à Nord-Est, caractéristique d’une bordure méridionale de l’anticyclone des Açores. Or celui-ci va se faire « écrabouiller » par l’arrivée de cette dépression dès jeudi : c’est plutôt favorable pour tous ceux qui ont déjà avalé la moitié de l’Atlantique, moins pour ceux qui n’auront pas franchi le 30° Ouest d’ici mercredi soir… Thomas Coville (Sodebo Ultim’) l’a bien compris, lui qui sur son trimaran ULTIME plonge plein Sud à l’intérieur des Canaries côté Maroc, pour tenter une voie probable par l’archipel du Cap-Vert ! Il peut se le permettre grâce à la puissance de son bateau, tout comme Thierry Bouchard (Ciela Village) en Multi50. Mais pour bien d’autres, la voie du Sud ne sera pas facile à atteindre…

Des leaders affirmés

Et si la Guadeloupe se remet doucement de ses émotions liées à ce final époustouflant entre Francis Joyon et François Gabart, elle va devoir se réveiller dès jeudi lorsque le troisième larron va pointer ses étraves devant la Tête à l’Anglais. Et ce troisième ne devrait être autre qu’Armel Tripon sur son Multi50 Réauté Chocolat : il possède près de 400 milles de marge sur Erwan Le Roux, soit quasiment une journée de mer ! Et il sera normalement suivi par le Britannique Alex Thomson (Hugo Boss) qui reste toujours le plus rapide des monocoques IMOCA dans ces alizés toniques, avec près de 200 milles de delta sur Paul Meilhat (SMA).

Et à un peu moins de la mi-parcours, Pierre Antoine fait cavalier seul parmi les Rhum Multi avec le leader des Class40 Yoann Richomme (Veedol-AIC) qui ne lui rend qu’une demi-journée ! Tandis que Sidney Gavignet (Café Joyeux) en Rhum Mono est aussi dans les parages à 1 900 milles de l’arrivée. Ces cinq premiers de leur catégorie n’ont donc pas trop de soucis à se faire puisqu’ils devraient bénéficier d’un alizé construit jusqu’à l’arc caraïbe, avec suffisamment de marge pour naviguer sans prise de risque. Ce que leurs poursuivants ne peuvent faire car ils sont tous groupés en grappes de trois ou quatre solitaires qui doivent se départager à l’occasion des nombreux empannages à réaliser avant la Guadeloupe et des grains à négocier dans ce flux tropical plutôt instable.

ULTIME – Deux voies

Thomas Coville, Sodebo Ultim’
« J’ai du vent, des vagues, du soleil, ça va vite et ça fait du bien. La décision de rester en course a été prise parce que ce n’est jamais fini, surtout quand on entend les premiers raconter leur course ! On s’est mis en ordre de bataille pour réparer le bateau et être capables de repartir, il y a eu une émulation incroyable de toute l’équipe, ça a été une mission, jour et nuit. Quand l’opération s’est terminée, les premiers n’étaient pas encore arrivés.

J’étais tellement déçu, tellement frustré de m’être arrêté à nouveau si tôt dans la course que j’ai décidé de repartir pour tout simplement finir. Me faire plaisir, retourner sur l’eau, plutôt que de rester à terre et ruminer. C’est encore ici sur l’eau à bord de ce trimaran magique que j’efface cette déception. Ça peut paraître étrange mais c’est plus facile pour moi de passer à la suite en navigant, en progressant et en faisant une transat en solo en Ultime pour continuer d’apprendre. Dans la tête, ce n’est pas facile parce qu’il n’y a plus d’enjeu sportif, mais c’est aussi un état d’esprit. Jérémie Beyou est reparti lui aussi. Beaucoup ont eu la même attitude, c’est aussi ça l’histoire du Rhum, il faut aller jusqu’au bout. Côté navigation, là, c’est tip top. J’ai 21 noeuds de vent, de la houle, un grand soleil, des nuages d’alizés qui bourgeonnent, la température monte. Ce matin, au lever du jour, les conditions sont sublimes. Pendant que je te parles, je suis à l’intérieur à 32 nœuds, ça déboule dans les vagues, de temps en temps le bateau décolle. On a une chance inouïe de naviguer sur ces bateaux, de pouvoir les faire progresser, en apprenant à chaque fois. Je me fais plaisir à chaque minute. Pour la suite, la situation météo n’est pas limpide avec probablement des zones de vent faible à traverser. On est en train de regarder ça avec Jean Luc (Nélias, son routeur). C’est encore une occasion d’apprendre, on n’a pas tant d’occasion que ça de se mettre en situation de compétition. »

Romain Pilliard, Remade Use It Again

« Réparer mon galhauban, c’est ma dure mission de bricoleur aujourd’hui. On a trouvé la solution pour ça. Je suis en train de mettre mon habit de lumière pour m’y attaquer. Ça se passe sur le flotteur tribord où je dois réparer l’axe arraché… Je me suis mis sous trois ris et J3… c’est plus safe. Il faut que j’arrive à bricoler le truc avant de renvoyer, même si je ne pourrai jamais renvoyer toute la toile : je serai sous 2 ris J2 ce qui serait exceptionnel vu la situation. Il a pas mal de mer de travers, donc il faudra faire attention. Mais les conditions sont bonnes sinon. Moi, ça va, même si ça m’a mis un petit coup au moral. J’étais sorti du mauvais temps, on avait fait un super job avec Christian Dumard (son routeur), après mon escale à la Corogne. J’allais à bonne allure, jusqu’à ce que ça m’arrive. Le moral n’était pas terrible, mais là, après avoir pris du repos, avoir manger et après réflexion, ça va mieux ! »

Multi50 – Tous derrière Tripon
Avec 400 milles d’avance sur ses copains de derrière et alors que la Guadeloupe n’est plus qu’à 48 heures de navigation, Armel Tripon s’est fixé de nouveaux objectifs : être le troisième concurrent à déflorer la ligne d’arrivée à Pointe à Pitre. Avec si possible en bonus l’établissement d’un nouveau temps de référence…

Le skipper de Réauté Chocolat est un des deux seuls marins de la classe Multi50 à ne pas s’être arrêté au stand depuis le départ de Saint-Malo le 4 novembre dernier. Sa route sud, celle de la préservation, a été sacrément efficace. Le voici loin en tête avec de nouvelles ambitions. Arriver avant… Hugo Boss – le premier IMOCA – pour être le troisième bateau toutes catégories confondues à couper la ligne d’arrivée. En récompense de ses efforts, il se voit bien taquiner le chrono et améliorer le temps de référence réalisé 2014 par Erwan Leroux en 11 jours 5 heures et 13 minutes.

Mais en attendant la délivrance jeudi matin, le leader des Multi50 en bave sous des grains de plus en plus virulents à mesure qu’il s’approche de l’arc antillais. « Je suis cuit ce matin » avouait Armel à la vacation. Cette nuit, c’était rock’n roll, il y a de fortes accélérations sous les nuages et la mer s’est formée. Je suis passé sous petit gennaker. J’ai hâte d’arriver. »

Deux places pour trois

400 milles dans le sillage de Réauté Chocolat, dans des alizés bien plus réguliers, trois marins se disputent les deux places restantes du podium. Hier, Erwan Le Roux a doublé Thibaut Vauchel-Camus et depuis, les deux hommes rivalisent à quelques milles l’un de l’autre à plus de 20 nœuds de moyenne. Le skipper de Solidaires en Peloton –ARSEP qui a encore connu des problèmes techniques hier (hook de grand-voile) est ravi de cette confrontation et se réjouis de naviguer dans des conditions permettant à son bateau d’exprimer toute sa vitesse : « On a entre 15 et 20 nœuds, c’est super agréable. C’est la récompense de tous les déboires qu’on a eu au début. Et de notre face Nord ». 
Décalé dans leur sud, Lalou Roucayrol est aussi dans ce match des prétendants. Tandis que Gilles Lamiré, plus au nord, reste rapide avec son bateau dépourvu de foils.

La régate s’annonce passionnante jusqu’au terminus en Guadeloupe.

– C El Beze –

IMOCA – L’envol de Thomson
Alors que le skipper britannique continue de dominer la flotte et n’est plus qu’à 980 milles de la Guadeloupe, le trio Meilhat-Riou-Elies se livre une bagarre aussi haletante qu’épuisante pour les organismes afin de figurer sur le podium. En revanche, l’écart s’est creusé avec le reste des concurrents, relégués à plus de 500 milles.

Il persiste et signe. Alex Thomson semble seul au monde en tête de la flotte des IMOCA. Le skipper britannique s’efforce de conforter ses 180 milles d’avance avec ses premiers poursuivants et peut sereinement attaquer les derniers jours de course. Il était le seul à progresser à 19 nœuds de moyenne dans la journée. Hugo Boss est attendu vendredi à la Tête à l’Anglais et il pourrait au final compter plus de 18 heures d’avance sur les autres skippers.

« À la limite du décrochage » (Meilhat)

Derrière, « c’est le money time » assure Yann Eliès. Le skipper est heureux d’être parvenu depuis hier à revenir sur Paul Meilhat (SMA) et Vincent Riou (PRB) qui jouaient les premiers poursuivants jusque-là. « Je me suis un peu laissé griser par mon retour, expliquait le skipper d’UCAR St Michel à la vacation. Il n’y aura que deux ou trois empannages à faire avant d’arriver à la Tête à l’Anglais. Il va falloir se battre. » Ce mardi matin, tout le trio, qui se tient dans un rayon de 40 milles, avait empanné vers le Nord. « On doit tous faire face à des problèmes techniques assez similaires dont je ne vous dirai pas les détails », confie malicieusement Eliès. Les foils sont-ils en cause ? Le skipper reste flou et préfère insister sur le combat de chaque instant qu’il mène face à ses deux rivaux.

Un constat partagé par Paul Meilhat, le seul non-foiler de la bande. « C’est super difficile physiquement, je suis à la limite du décrochage, assurait-il ce matin la voix fatiguée. J’arrive un peu à me reposer mais le sommeil n’est jamais profond. D’être dans le match pour le podium, ça permet d’avoir un surplus de motivation. On a envie de se battre ! » À la poursuite du trio, il y a toujours Boris Hermann, à 100 milles plus au nord. Ralenti par des problèmes de spi dans la nuit, il assure « tout faire pour rattraper les copains de devant. Je veux être en Guadeloupe le 17 novembre pour ne pas rater la parade ! »

Chacun sa course, chacun son chemin

L’abnégation se retrouve chez les 16 skippers encore en lice en IMOCA. Mais les objectifs diffèrent, à l’image de Jérémie Beyou (Charal), qui pointe à 2 325 milles de Thomson. Loin de la bagarre pour les places d’honneur, il a quitté les pontons de Lorient lundi, et fait part d’un sentiment ambivalent : « ça fait du bien d’être à nouveau en mer même s’il faut trouver le bon compromis pour ménager le bateau. Ça ne sert à rien d’aller dans les coups de vent pour me faire plaisir ». Veiller à sa monture, c’est aussi le challenge de Fabrice Amedeo qui avançait à 12 nœuds de moyenne ce matin malgré une nouvelle avarie de son bout dehors lundi.

Entre les prétendants au « top 5 » et les rescapés de la première semaine, six skippers poursuivent leur route à la latitude de la Mauritanie. Une flotte menée par Stéphane Le Diraison, Alan Roura et Damien Seguin, suivis à 250 milles plus au nord par Erik Nigon. « C’est agréable de se retrouver dans des mers plus chaudes après une première semaine agitée », assurait à la vacation le skipper de Vers un monde sans sida. Je vais en profiter pour être sous pilote, me reposer un peu, admirer la nature, bouquiner et écouter de la musique ». Ce matin, c’était NTM qui résonnait à plein tube dans son IMOCA.

– A Grenapin –

Class40 – Sur le tropique exactement
La mi-course a été franchie par les leaders de la Class40 qui ont effectué leur premier empannage lundi soir dans un alizé très instable qui nécessite la plus grande vigilance. Toujours leader, Yoann Richomme a encore accru son avance sur ses deux poursuivants, Aymeric Chappellier et Phil Sharp.

Phil Sharp a tiré le premier ! Dans le match à trois qui l’oppose depuis quelques jours à Aymeric Chappellier et Kito de Pavant à la poursuite de Yoann Richomme, le skipper du Class40 Imerys Clean Energy est le premier à avoir empanné lundi en fin de journée, le but étant pour lui d’aller chercher une brise plus consistante dans le Sud. « J’ai cherché un peu plus de vent la nuit dernière en empannant avant les autres, je suis content d’avoir investi dans le Sud avant », a commenté l’intéressé avant d’ajouter : « Depuis que je suis entré dans les alizés, je passe beaucoup de temps à la barre, parce que le pilote de rechange ne marche pas si bien que ça. C’est un plaisir de surfer dans la longue houle de l’Atlantique, c’est super addictif, au point que j’ai parfois du mal à aller faire une sieste ! »

Si ce petit coup stratégique ne se voit pas encore au classement, puisque le vainqueur de l’édition 2006 de la Route du Rhum est troisième derrière Aymeric Chappellier, il pourrait s’avérer payant lors du prochain empannage, avec un différentiel de vitesse ce mardi d’un nœud entre le Britannique et le Rochelais. Reste que le duel entre ces deux-là, qui, depuis quelques courses et le départ de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, prennent un malin plaisir à régater au contact, devrait durer jusqu’à la Guadeloupe, à condition pour l’un comme pour l’autre de garder intacts bonhomme et matériel.

Car si l’alizé tant attendu est désormais bien au rendez-vous pour la douzaine de bateaux en tête de flotte, il s’avère particulièrement instable, avec de nombreux passages de grains qui rendent le pilotage sous spi assez périlleux. « Le vent passe de 20 à 25 nœuds quand tout va bien, ce qui est déjà rock and roll avec toute cette toile, et parfois, ça monte brusquement à 30 et plus, et là, ce n’est franchement pas très cool, expliquait mardi matin Kito de Pavant, 4e sur Made in Midi. Le bateau part en survitesse, bute dans la vague de devant, le pont est submergé, le skipper aussi, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’inévitablement, le bateau finisse par se coucher sur l’eau, en vrac… Là, on se dit qu’il faut affaler, mais on ne sait pas faire quand il y a 30 nœuds, alors on garde tout et puis le vent revient à 20 nœuds et on se dit à nouveau que le grand spi, c’est bien… jusqu’au prochain nuage ».

Sacré dilemme entre continuer à aller vite au risque de partir au tas ou de déchirer un spi et en garder sous le pied pour préserver sa monture car la route est encore longue. En tête depuis la sortie de Manche, Yoann Richomme résume : « Soit tu mets la toile pour le vent fort et quand tu as moins de vent, tu te traînes, soit tu mets la toile pour du vent faible, mais quand ça rentre, tu es en survie ». Un Yoann Richomme qui, la mi-course passée, a toujours les cartes bien en main, puisque son avance sur ses poursuivants continuent de croître heure après heure. Ce qui lui fait dire quand on lui demande quelle stratégie adopter jusqu’en Guadeloupe, où il se voit arriver lundi ou mardi : « La stratégie est assez simple, c’est d’aller sous l’anticyclone et chercher un dernier bâbord vers la Guadeloupe, en me mettant entre mes concurrents et la Guadeloupe pour ne pas prendre de risques ».

A l’arrière de la flotte, les stratégies sont tout autres selon qu’on évolue entre le Portugal et les Canaries ou au Cap Finisterre, avec notamment pour les retardataires, un œil rivé sur une dépression attendue sur l’Est des Açores jeudi, dans laquelle certains, échaudés par leur première semaine dans le Golfe, n’ont vraiment pas envie d’aller, à l’instar du bizuth Romain Rossi (Fondation Digestscience) qui confiait mardi en fin de matinée : « J’ai pris mon lot de gros temps, j’ai franchement eu les jetons dans certaines situations. Je ne veux pas me remettre dans une tempête, prendre le risque de casser le bateau. C’est un projet de trois ans, j’ai fait des sacrifices familiaux, j’ai quitté mon travail pour aller au bout de cette aventure, je ne veux pas ruiner tout ça en allant braver la mer, en sachant qu’à la fin, elle gagne tout le temps ».

– A Capron –

Classes Rhum – Dichotomie météorologique
Passée la latitude de Madère, les solitaires aux commandes des monocoques et multicoques de la catégorie Rhum témoignent tous d’une certaine euphorie. Euphorie de la chaleur retrouvée, euphorie d’une mer qui tend à s’ordonner, euphorie de glisser sous un ciel lumineux, euphorie du vent enfin majoritairement orienté sur l’arrière des bateaux. Grands gennakers et parfois, spis sont de sortie, et les bateaux s’ébrouent, orientant de plus en plus franchement leurs étraves vers l’ouest et les Antilles.

De Pierre Antoine, solide leader sur son trimaran Olmix, à Loïck Peyron 6ème et au comble du bonheur sur son Happy, entre Madère et Canaries, la course à la performance et au résultat a repris ses droits. Finis les épisodes de survie, terminés les modes « tempérance et apaisement ». Les solitaires, totalement en phase avec leurs embarcations après 9 jours de mer, vivent en parfaite harmonie avec les oscillations de la météo, adaptant presqu’automatiquement et avec anticipation la toile au temps. « Je barre peu » témoignent en coeur Loïck Peyron, Pierre Antoine ou Wilfrid Clerton sur son grand monocoque bleu. Les qualités marines de ces voiliers si différents continuent d’étonner leurs skippers, tant ils encaissent sans broncher la forte houle et les violents grains alizéens.

Sidney Gavignet, confronté cette nuit dans ces mêmes grains à quelques soucis de tenue de route, et à un spi déchiré en deux, a vaillamment poursuivi plein sud un long bord de recadrage. Un investissement dont il espère à présent tirer les bénéfices, ayant renvoyé en tribord amure pour un e glissade beaucoup plus efficace et rapprochante vers l’ouest. Son « Joyeux », si tolérant aux caprices de la houle, se déhale avec bonheur dans l’alizé, et laisse son principal rival, Sébastien Destremau à plus de 200 milles.

S’il est un marin qui ne tarit pas d’éloges sur son bateau, c’est bien Wilfrid Clerton dont l’ex Kriter VIII s’adapte avec bonheur à tous les états de mer, et s’ébroue dans l’alizé avec une belle vélocité. Sans solliciter outre mesure sa monture, Wilfrid se sent d’appétit pour coller au plus près à ses deux redoutables prédécesseurs au classement général, et distancer la menace que constituent en son tableau arrière les présences insistantes de Jean-Marie Patier sur son grand cigare rouge, et de l’aussi discret qu’efficace Luc Coquelin, 5ème de sa catégorie.

La deuxième course dans la course concerne bien évidemment les voiliers repartis tardivement de leurs abris Bretons. Quatre monocoques et cinq multicoques évoluent toujours dans le golfe de Gascogne, en quête d’échappatoire le long de la péninsule Ibérique, face à la menace d’un nouvel épisode dépressionnaire violent en approche. Le salut passera par une navigation en longe côte. Grande est l’impatience de ces solitaires de rejoindre au plus vite des latitudes plus chaudes, aux conditions de vent et surtout de mer, enfin apaisées.

Classement actuel
Top 3 skippers dans chaque catégorie à 1530UTC mardi 13 novembre

ULTIME
1 Francis Joyon (IDEC Sport) – ARRIVVE
2. François Gabart (MACIF) – ARRIVE
3 Romain Pilliard (Remade – Use It Again) 2,656.61 NM de l’arrivée

MULTI50
1 Armel Tripon (Reaute Chocolat) 849.65NM de l’arrivée
2 Erwan Le Roux (Fenetrea-Mix Buffet) +373.56NM
3 Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton-ARSEP) +418.45NM

IMOCA
1 Alex Thomson (Hugo Boss) 953.87NM de l’arrivée
2 Paul Meilhat (SMA) +185.97
3 Vincent Riou (PRB) +220.22

CLASS 40
1 Yoann Richomme (Veedol AIC) 1,725.71NM de l’arrivée
2 Aymeric Chappelier (AINA Enfance Avenir) +123.09NM
3 Phil Sharp (Imerys Clean Energy) +143.61

Rhum Multi
1 Pierre Antoine (OLMIX) 1,594.86NM de l’arrivée
2 Jean-Francois Lilti (Ecole Diagonale Pour Citoyens du Monde) +490.83
3 Etienne Hochede (PiR2) +604.20

Rhum Mono
1 Sidney Gavignet (Café Joyeux) 1,892.09NM de l’arrivée
2 Sébastien Destremau (ALCATRAZIT-FACEOCEAN) +232.59
3 Wilfrid Clerton (Cap Au Cape Location – SOS Villages D’Enfants) +606.86

Crédit Photo : Mikael RYKING / Talanta
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– CP –

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