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Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 : Décalage, décantage, dérapage

Entre l’arrivée pendant la nuit guadeloupéenne de Gilles Lamiré (La French Tech Saint-Malo), quatrième Multi50, et le final de Damien Seguin (Groupe APICIL), ouvreur de la seconde salve de monocoques IMOCA, l’île papillon a retrouvé son rythme tropical et sa fièvre du samedi soir à Pointe-à-Pitre. L’occasion d’une remise des prix où les vainqueurs, Francis Joyon (IDEC Sport) en ULTIME, Armel Tripon (Réauté Chocolat) en Multi50 et Paul Meilhat (SMA) en IMOCA, ont été longuement ovationnés. Mais ce jour du Seigneur annonce aussi une succession de salves en l’honneur de tous les solitaires encore en mer, soit soixante-quatorze après les abandons de Romain Rossi (Fondation DigestScience) et de Florian Guéguen (Equipe Voile Parkinson).

Le public est venu en masse au MACTe de Pointe-à-Pitre pour saluer les dix premiers solitaires arrivés en Guadeloupe. En présence des institutionnels, des personnalités et des organisateurs, Francis Joyon a pu porter haut la coupe de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et le solitaire a tenu à remercier l’ensemble des coureurs présents : François Gabart (MACIF) son dauphin, Armel Tripon vainqueur en Multi50 ainsi qu’Erwan Le Roux (FenêtréA-Mix Buffet) et Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton – ARSEP) dans la même catégorie, Paul Meilhat remportant la classe IMOCA devant Yann Éliès (UCAR-StMichel) qui a chauffé l’estrade avec son zouk, Alex Thomson (Hugo Boss), Vincent Riou (PRB) et Boris Hermann (Malizia II – Yacht Club de Monaco). Ainsi que tous ceux qui naviguaient vers la Guadeloupe.

Nouveaux départs

Mais en mer, c’est le grand décalage puisque quatre Rhum Multi sont repartis de Cascaïs (Portugal) ce dimanche après s’être réfugiés en raison d’une dépression formée sur Madère. Les quatre skippers ne sont pas pour autant sortis d’affaire car cette perturbation ne va se déliter réellement que lundi soir tandis qu’un front orageux va descendre jusqu’à la latitude des Canaries. Ce phénomène météo va donc sérieusement bouleverser le schéma habituel d’une glissade vers l’arc caraïbe et tous les voiliers qui n’auront pas débordé l’archipel atlantique auront bien du souci à se faire : vents variables, nuages aléatoires, mer désordonnée… Le triangle Açores-Gibraltar-Cap Vert va devenir très perturbé entre brises d’Est, front dégorgeant de grains, vagues pyramidales, courants de surface déstabilisés.

Alors ce décalage ne va faire que s’accentuer vis-à-vis du peloton qui a dépassé la mi-parcours ce dimanche. Mais là encore, la position géographique va décanter la hiérarchie. Venus du Nord, Louis Duc (Carac) qui a rejoint Rodolphe Sepho (Rêve de Large), bordure désormais avec difficulté l’anticyclone des Açores qui a des velléités à se rétracter puis à migrer en deux cellules du côté de Terre-Neuve et à proximité des Bermudes… Or sous le tropique du Cancer, le flux alizéen semble mieux établi pour Loïc Féquet (Tibco) et pour Miranda Merron (Campagne de France) qui déboulent à plus de douze nœuds, cap à l’Ouest.

En finir avec les grains

Et encore plus au Sud et surtout beaucoup plus à l’Ouest, le pack est compact avec l’ULTIME de Thomas Coville (Sodebo Ultim’) qui transperce la flotte à plus de vingt-cinq nœuds, suivi par le cinquième des Multi50 de Thierry Bouchard (Ciela Village) à plus de seize nœuds. Autour et devant eux, se mélangent les premiers Class40 dont celui du leader Yoann Richomme (Veedol-AIC) tout comme le premier des Rhum Mono de Sidney Gavignet (Café joyeux)… Une belle armada que complète le premier des Rhum Multi : Pierre Antoine (Olmix), qui avait récupéré Lalou Roucayrol chaviré, a pu déposer le skipper d’Arkema sur un remorqueur venu tenter de rallier le trimaran à l’envers. Une opération menée de main de maître ce dimanche soir par le patron du Lady Debbie venu de Martinique.

Enfin certains solitaires faisaient part d’un alizé final plus capricieux avec des grains parfois soudains qui provoquaient quelques dérapages incontrôlés. Plusieurs solitaires vont arriver en Guadeloupe sans toute leur garde-robe et beaucoup auront hâte de prendre une douche et de déguster autre chose qu’un plat lyophilisé. Le prochain d’entre eux sera le skipper de Groupe APICIL, Damien Seguin ayant réussi à créer le décalage face à Alan Roura (La Fabrique) 70 milles derrière, et à Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) à près de cent milles… Le Guadeloupéen d’origine est attendu lundi vers 2h00 locale (7h00 heure métropole).

ULTIME – Coville, Pilliard et Bouchard, à l’abnégation !

Alors que Gilles Lamiré a complété le podium en Multi50 dans la nuit de samedi à dimanche, le dernier encore en lice dans cette classe, Thierry Bouchard, pointe à 1 330 milles de l’arrivée. Les deux derniers rescapés chez les Ultime, Thomas Coville et Romain Pilliard, poursuivent eux aussi leur progression, respectivement à 1 000 millles et à 1 900 milles de la Guadeloupe.

Les arrivées s’enchaînent sur les pontons de Pointe-à-Pitre. Dans la nuit de samedi à dimanche, c’est Gilles Lamiré qui a eu la joie de débarquer à terre, de boire un verre de rhum et de savourer une course particulièrement harassante. Chez les Multi50, il n’y a désormais plus qu’un concurrent encore en lice : Thierry Bouchard. Le skipper de Ciela Village a parcouru 307 milles dans les dernières 24 heures à 12,80 nœuds de moyenne. Il pointe à 1 330 milles de l’arrivée.

534 milles parcourus en 24 heures par Coville
Enchaîner les milles et surfer dans les alizés, c’est également la mission de Thomas Coville. Le skipper de Sodebo Ultim’ a trouvé sa vitesse de croisière. Durant les dernières 24 heures de course, il a parcouru 534 milles à 22,30 nœuds. Le skipper est idéalement placé pour compléter le podium chez les ULTIME, plus d’une semaine après l’arrivée épique de Francis Joyon et de François Gabart.

À 880 milles plus à l’Est, Romain Pilliard poursuit également sa progression. Remade – Use it again a parcouru 307 milles entre samedi et dimanche à une vitesse de 12,80 nœuds. Il fait route dans le sillage de Luc Coquelin (Rotary-La mer pour tous) qui pointe à 60 milles de lui, de Wilfrid Clerton (Cap au Cap Location) et de Jean-Marie Patier (Formatives Network).

Multi50– Lamiré quatrième
Gilles Lamiré a franchi la ligne d’arrivée à Pointe à Pitre ce dimanche 18 novembre à 08 h 34’ 38’’ (heure de Paris) après 13 jours, 18 heures, 34 minutes et 38 secondes de course, à 10,72 nœuds de moyenne sur le parcours théorique (3542 milles). Le skipper de la French Tech Rennes Saint Malo aura parcouru en réalité 4499 milles, à la vitesse de 13,61 nœuds.

Il termine 4e de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe dans la catégorie Multi50, 2 jours 11 heures 1 minute et 58 secondes derrière le vainqueur Armel Tripon. Seul concurrent engagé sur un bateau non équipé de foils, Gilles Lamiré réalise une très belle course. Il fait partie des deux seuls marins de la classe Multi50 à ne pas s’être arrêté en cours de route…

IMOCA – Acte 2, scène 1
Avec l’arrivée de Boris Hermann hier, beau cinquième pour sa première transat en solitaire, un chapitre de cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe se clos en IMOCA. Après avoir célébré avec la manière les vainqueurs hier soir à Pointe-à-Pitre, l’île papillon s’apprête à accueillir ce soir les marins qui ont mené avec panache le second groupe de la flotte. En tête actuellement, c’est Groupe Apicil qui devrait le premier pointer sur la ligne, avec à la barre le guadeloupéen Damien Seguin.

Que la fête (re) commence ! La grande scène du Mémorial ACTe vibre encore des hourras aux cinq skippers IMOCA arrivés vendredi et samedi, qu’il faut se préparer à tendre les micros à un nouveau groupe. Cette triplette est composée de Groupe Apicil, La Fabrique et Time for Oceans, trois plans Finot-Conq de la même cuvée (2007-2008), plus ou moins customisés par leurs skippers. Ces trois-là sont parvenus à se détacher d’Arnaud Boissières (attendu mardi soir) et Erik Nigon au large du cap Saint-Vincent, au moment de traverser la dorsale qui commandait l’entrée dans l’alizé. De la semaine de glisse qui a suivi, rythmée par les grains et les empannages pour profiter des oscillations des vents d’Est, c’est Damien Seguin qui sort vainqueur. Malgré la perte de son gennaker il y a deux jours, le skipper médaillé olympique qui dispute sa première transat en IMOCA, a fait preuve d’une sacrée détermination et d’une maîtrise impeccable de sa trajectoire pour tenir en respect le tonique Alan Roura et le clairvoyant Stéphane Le Diraison. Il devrait déborder la Tête à l’anglais ce soir à 19 heures locale. Restera au skipper qui a grandi en Guadeloupe un tour de l’île toujours aléatoire de nuit, mais son avance de 70 milles et 100 milles sur ses poursuivants reste confortable.

En queue de flotte, la météo commence à sourire à un autre trio, formé de Romain Attanasio, Manuel Cousin et Alexia Barrier qui vont pouvoir commencer à ouvrir les voiles par le travers des Canaries vers le but.

Finir la course, refaire sa course…

Une bonne semaine de mer attend encore ces trois-là pour rejoindre la Guadeloupe. D’ici-là, chacun aura eu loisir de faire et refaire sa course. Options, bobos, rythme, tactique, fortunes de mer, les marins ré-écriront à l’infini leur trace, façon de rester dans une course où ils ont tout donné. Dans ce domaine, le site de l’Imoca (www.imoca.org) propose tous les jours une analyse experte de la course signée par des skippers de 60 pieds. Hier, Gwénolé Gahinet proposait entre autres sa vision de la mésaventure d’Alex Thomson. Voilà ce que nous dit le jeune skipper qui équipait l’an passé Paul Meilhat sur la Transat Jacques Vabre et routait cette année IDEC Sport : « En cherchant sur le site de la Route du Rhum, j’ai trouvé un barème des pénalités. Sur ce document, il apparaît clairement qu’en pareille circonstance la pénalité est bien de 24 heures. La sanction est donc juste par rapport aux règles définies. Mais elle est dure dans le sens où, sur la Route du Rhum, les escales sont autorisées. Or, en cas d’escale, on a le droit d’utiliser son moteur sans subir de pénalité… Il y a un travail à mener pour améliorer la lisibilité des règles concernant les escales et les déplombages des moteurs, pour que notre sport soit mieux compris du grand public. » A méditer…

– PM Bourguinat –

Class40 – Richomme en approche
Après maintenant deux semaines de course, la Guadeloupe est bientôt en vue pour le leader des Class40, Yoann Richomme, attendu mardi matin (heure de la métropole) la à Tête à l’Anglais. Derrière, Aymeric Chappellier et Phil Sharp sont au coude à coude, augurant d’un finale à haut suspense autour de l’île-papillon. A noter ce dimanche les abandons de Romain Rossi et Florian Gueguen.

« Tout se passe très bien, on a bien avancé hier pas loin de la route, j’essaie de faire attention au matériel, de ne rien casser et je regarde le compteur de milles qui défile, je suis à 480 milles de la Tête à l’Anglais où je devrais être mardi matin ». Joint à la vacation dominicale, Yoann Richomme affichait une sérénité à tout crin, fort de son avance d’une centaine de milles sur Phil Sharp et Aymeric Chappellier à désormais moins de 500 milles de l’arrivée à Pointe-à-Pitre où il est attendu dans la journée de mardi. « Je commence à être impatient d’arriver. C’était intense, dur, s’il y a la récompense ultime à l’arrivée, ce sera absolument génial et un succès pour tous ceux qui m’ont entouré toute cette année dans le montage de ce projet », a ajouté le skipper de Veedol-AIC qui, entre Saint-Malo et la Guadeloupe, aura impressionné tous les observateurs, mais aussi ses concurrents, par sa lucidité stratégique et la vitesse de son plan Lombard, mis à l’eau fin juin dernier.

Sauf imprévu, et la mésaventure vécue par Alex Thomson dans la nuit de jeudi à vendredi incite tous les marins à la plus grande prudence, Yoann Richomme a les cartes bien en main pour remporter la Route du Rhum-Destination Guadeloupe pour sa première participation, tandis que derrière lui, le match que se livrent Phil Sharp (Imerys Clean Energy) et Aymeric Chappellier (Aïna Enfance & Avenir) est toujours aussi intense, l’un et l’autre prenant tour à tour l’avantage au gré de leurs empannages dans un alizé assez variable en direction. « Aïna est juste passé devant sur le dernier gybe, ça va être une bagarre jusqu’à la fin avec lui, c’est comme ça sur chaque course depuis un bon moment, à chaque fois, ça s’est joué entre nous sur la ligne d’arrivée », a confié le Britannique, avant d’ajouter, à l’évocation de l’atterrissage sur la Guadeloupe : « Je ne me focalise pas encore sur les ETA et sur ce qui va se passer autour de la Guadeloupe, ma priorité est de garder le bateau dans la bonne direction et de me reposer, il y a beaucoup à faire. C’est vraiment demain que je commencerai à regarder ça dans le détail ».

Concentration et vigilance sont au programme des derniers jours de course en tête de flotte, cela vaut aussi au sein du petit groupe qui chasse derrière le trio de tête, toujours mené par Kito de Pavant (Made in Midi), qui sent dans son dos le souffle d’Arthur Le Vaillant (Leyton) et de Luke Berry (Lamotte Module Création), pas décidés à lâcher le morceau en dépit de la fatigue qui s’accumule et des petits pépins techniques qui handicapent certains, voire tous. « J’ai eu quelques petits soucis ces derniers jours qui ont entraîné des petits ralentissements, je vous en parlerai plus tard, je suis encore en train de les résoudre, a ainsi expliqué Luke Berry dimanche. Avec Arthur (Le Vaillant), ça ne se passe pas très bien, puisqu’il est un peu devant, c’était mieux quand il était derrière. Il m’a pris quelques milles, notamment à cause de mes petits soucis, mais aussi parce qu’il a très bien navigué. Il a pris des bascules dans le bon sens ».

A l’arrière de ce petit groupe, Antoine Carpentier a eu son lot de galères, puisqu’il a perdu son deuxième spi, ce qui le contraint à finir sa transat avec son code 5, bien moins adapté aux conditions actuelles de l’alizé. « Même si je n’ai plus les voiles qu’il faut, elles sont bien réglées et le bateau avance au maxi de ce qu’il peut faire avec les voiles qui nous restent à bord, donc dans ce sens je ne lâche rien », a commenté le skipper de Custo Pol, le couteau encore entre les dents…

– A Capron –

Catégories Rhum – Dénouement prochain
L’épilogue des catégorie Rhum Mono et Rhum Multi approche, et tant dans la tête de Pierre Antoine, en tête des multicoques, que de Sidney Gavignet, leader des monocoques, les visions des premiers reliefs guadeloupéens commencent à s’imposer avec une insistance accrue. Les deux hommes sont respectivement à 500 et 600 milles de l’arrivée et alignent des moyennes de vitesse élevées, 15 et 16 noeuds vers la marque.

Pierre se sera entretemps, dans le courant de la journée Guadeloupéenne, départi de son compagnon de route bien involontaire Lalou Roucayrol, récupéré par un remorqueur de haute mer parti de Martinique en quête de son trimaran Arkema retourné.

A 1 300 milles du leader Café Joyeux, ils sont trois monocoques à batailler ferme pour une place sur le podium. Jean-Marie Patier, sous spi dans l’alizé se prend au jeu, et évalue au quotidien les performances de ses voisins si proches, Wilfrid Clerton et Luc Coquelin. La route nord vers les Açores choisie par Christophe Souchaud semble lui sourire. Avec son immense décalage en latéral Nord Sud, il vient ce jour menacer la 6ème place du benjamin de l’épreuve, Nils Boyer, qui fête aujourd’hui ses 25 ans.

Dans le sillage d’Olmix à Pierre Antoine, l’alizé a sérieusement contribué à décanter les choses, et Jean-François Lilti apparait désormais comme un dauphin solide. Il a poussé son avance sur PIR2, le trimaran vintage de Etienne Hochedé à 190 milles, et aligne des journées à plus de 250 milles. Jean Pierre Balmès peine à tenir ce rythme et le Méditerranéen voit à présent se rapprocher de sa 4ème place un joli trimaran jaune, celui de Loïck Peyron, qui a habilement glissé sous le Tropique du Cancer pour naviguer dans l’alizé.

Les quatre multicoques, les catamarans de Bertrand De Broc, Christian Guyader et Gérald Bibot, et le trimaran de Gildas Breton, à l’abri et au mouillage devant Cascaïs au Portugal ont repris la mer ce matin. En course, ils vont profiter d’une saine émulation entre des voiliers aux caractéristiques si différentes, pour rallier en marin, en sécurité, la Guadeloupe, le plus vite possible de préférence. Les 13 Rhum Multi sont ainsi tous de nouveau en mer.

Crédit Photo : JM LIOT / Ciela Village
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– CP –

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