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TJV : Bien viser le Pot

Entre Madère et le grand large de la Sierra Léone (soit 1560 milles), la flotte de la 14ème Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre poursuit sa longue cavalcade vers Salvador de Bahia au Brésil dans des alizés toniques et parfois vicieux, obligeant les binômes à une veille de tous les instants. Les 52 équipages en mer (6 abandons et 1 arrêt au stand*) visent, à plus ou moins longue échéance, leur entrée dans le Pot-au-noir. Pour les premiers Multi50 et IMOCA, et d’après l’étude de Richard Silvani de Météo France, la Zone de Convergence Intertropicale se dégonfle et devrait les laisser passer sans complètement s’arrêter. Mais attention ! Les orages, grains et gros nuages compliqueront la navigation comme à l’accoutumée dans cette zone brouillonne. Ce soir, les ouvreurs de bal continuent sur leur rythme endiablé : Crédit Mutuel (Class40), Groupe GCA – Milles et un sourires (Multi50) et Charal (IMOCA) gardent les commandes dans chacune des trois catégories.

Class40 : Equipe Voile Parkinson de retour en course

Il se sont arrêtés cette nuit à Madère dans le port de Quinta do Lorde durant 4h30 exactement. Un pit-stop rapide pour installer un nouveau support d’hydrogénérateur (nécessaire pour avoir de l’énergie à bord) et c’est reparti ! Pour Florian et Raphaël, tout comme Catherine et Pietro sur Eärendil, la course est différente mais non moins motivante pour rattraper leur retard. Et comme le Pot-au-noir est connu pour troubler les hiérarchies au classement, on ne se débobine pas… En tête de course, la fusée Crédit Mutuel contient la meute désormais presque alignée dans son sillage avec quelques décalages de trajectoires. La pression est énorme même si Ian et Adrien naviguent 1 nœuds plus vite que leurs camarades de jeu (Leyton et Aïna Enfance & Avenir) depuis 24h.

Multi50 : plein pot vers la ZCIT !

Le tandem Lamiré/Carpentier file bon train à plus de 25 nœuds toujours bâbord amures cap au sud vers le Pot-au-noir dans lequel ils devraient rentrer au fur et à mesure ce soir. Et contrairement aux prévisions d’il y a 5 jours qui annonçaient un pot de pue, la zone se dégonfle, s’essouffle comme pour les laisser passer presque tranquillement, moins vite mais sûrement. Derrière, le bateau bleu de Thibaut Vauchel-Camus et Fred Duthil accuse un retard de plus de 150 milles et suit parfaitement le sillage du leader. Grosse déception du côté de Primonial à 270 milles du deuxième, après son arrêt forcé à Mindelo au Cap Vert. « On a fait une réparation de fortune sinon il fallait attendre la pièce plusieurs jours. Maintenant on démarre le moteur (uniquement pour recharger les batteries, ndlr) en faisant se toucher deux fils ! ». Une course joliment menée jusque-là désormais entre parenthèse pour Sébastien Rogues et Matthieu Souben…

IMOCA : Advens for Cybersecurity pied au plancher

Ça bombarde chez Thomas Ruyant et Antoine Koch ! Le plan Verdier mis à l’eau en septembre dernier est le plus rapide de la flotte ces dernières 24h avec près de 520 milles parcourus à la vitesse moyenne de 22 nœuds. L’écart se réduit un peu avec la tête de flotte : leur retard suite à leur option ouest « n’est plus » que de 283 milles contre plus de 400 avant Madère. « On ne vise pas la tête de course qui nous semble aujourd’hui hors d’atteinte » explique par message Thomas Ruyant « Les conditions de vie sont difficiles certes, mais on ne se plaint pas car nous avons grand plaisir à filer ainsi à haute vitesse, en ligne droite plein sud et sur la route. Le bateau nous procure énormément de satisfactions. On revient dans le match ! ». Du match, ou plutôt des matches, il y en a sur les 900 milles qui séparent le premier Charal du dernier Ariel 2. Apivia, 11th Hour Racing, Banque Populaire et PRB forment le premier groupe. Initiatives-Cœur, Corum L’Epargne, Groupe Apicil et Arkea-Paprec le deuxième, tandis qu’à moins de 200 milles du Cap Vert, Advens for Cybersecurity, Malizia II – Yacht Club de Monaco, Maître CoQ, Bureau Vallée II reviennent comme des balles. Au grand large de Dakhla, ça joue des coudes entre V and B – Mayenne, La Mie Câline-Artisans Artipôle, Water Family et La Fabrique !

Rappel
6 abandons : 5 Class40 (Lamotte Module Créations, Beijaflore, SOS Méditerranée, Kiho, Entraide Marine ADOSM), 1 IMOCA (Hugo Boss qui navigue désormais sans quille. Devenue trop dangereuse pour l’intégrité du bateau, donc de l’équipage, Alex Thomson et Neal Mc Donald ont dû la libérer. Ils naviguent avec les foils sortis et le fond ballasté).

Ils ont dit
Yoann Richomme, co-skipper de Groupe APICIL
Tout va bien, on ne peut pas se plaindre. Le bateau glisse sous spi. On est arrivé sous le Cap Vert, le but c’est de tenir le rythme avec tous ces bateaux plus rapides que nous, et ce n’est pas simple. Mais tout va bien pour nous ! Du côté du vent, ce n’est pas très stable. On n’arrête pas de changer les réglages, de faire des manœuvres. Là, on est un peu coincé, parce qu’on essaye de ne pas changer trop de voiles. Et on va passer sur des voiles plus petites pour aller jusqu’au Pot-au-noir. Forcement les foilers sont beaucoup plus rapides, on essaye de s’accrocher mais on n’a pas forcement de quoi le faire. Il va y avoir un peu une excroissance du Pot-au-noir avant d’y arriver et donc il y a un petit coup d’ouest à prendre. C’est pour ça qu’on se décale. Ça n’a pas l’air très simple, ce n’est pas simple de se dire il faut viser tel ou tel endroit. Il va y avoir pas mal de stratégie dans les jours à venir pour trouver une entrée adéquate.

Sam Davies, skipper de Initiatives-Cœur (IMOCA)
C’est génial il y a 18 nœuds de vent, on est sous code 0. Là, on bombarde, on était un peu chargé donc on vient de partir au lof ! Là, on marche autour de 22 nœuds. On a notre code 0 et le J3. On a un super pilote automatique heureusement. Les alizés ne sont pas du tout réguliers, mais c’est normal. Ce qui est bien c’est qu’il y a du vent, mais il varie beaucoup en force et en direction. Comme ça, on n’a pas de quoi s’ennuyer. Concernant le Pot-au-noir, on regarde les infos assez précisément, on sait autour de 2 jours qu’on y sera mais ça dépendra de là où il se trouve précisément. On cherche un point d’entrée selon les prévisions. C’est encore un peu tôt !

Nicolas Lunven, PRB (IMOCA)
On aimerait toujours aller plus vite mais ça ne se passe pas trop mal. On est au taquet, on essaye de faire du mieux qu’on peut. Ce n’est pas forcément simple, car les fichiers météo ne correspondent pas toujours à ce que nous avons sur l’eau, il y a des bascules, c’est compliqué… Banque Populaire est passé devant. On s’accroche, on espère que l’on va réussir à faire parler la poudre. On regarde depuis plusieurs jours le passage du Pot-au-noir, c’est le prochain passage clé, on va essayer de trouver le meilleur chemin pour le traverser. On cogite à ça, pour se placer le mieux possible et faire avancer le plus vite possible le bateau, on en profite aussi pour bien manger et se reposer. Le Pot-au-noir s’améliore pour notre arrivée, j’espère que les fichiers disent vrai. C’est un passage délicat car les fichiers ne sont pas très bons dans ce passage qui est aléatoire. Il faut aussi avoir une stratégie générale pour anticiper les alizés à suivre.

Boris Herrmann, Malizia II – Yacht Club de Monaco (IMOCA)
Nous avons de bonnes conditions pour aller vite. On a environ 30 nœuds et on avance à 22 nœuds de moyenne, il ne fait pas encore trop chaud. On est un peu derrière le groupe de tête, c’est comme cela, on ne peut rien y faire, alors nous profitons de la course. On est actuellement sous code 0, J3 et grand-voile haute, on est au reaching serré, nous n’avons pas trop d’eau sur le pont, c’est assez sec. C’est de bonnes conditions pour notre bateau. On a pris un mauvais choix à l’ouest, et nous ne pouvons pas reprendre 400 milles en 5 jours de course. On va tout faire pour rester dans notre groupe, Maître CoQ va vite, c’est une bonne motivation pour nous.

Clément Commagnac, Rennes Saint-Malo Sea Farmer (Class40)
Tout va bien, on profite du soleil et du vent c’est impeccable, ce sont vraiment des conditions parfaites ! Là on vient de toucher un peu de vent, 13 nœuds environ. Ça se passe plutôt bien, on essaye de cavaler un peu pour rattraper notre retard. Par rapport aux autres qui ont un peu moins de vent. Le salut est plutôt dans l’Ouest pour cette descente vers l’équateur, on va voir si ça paye ! Le bateau est sain et prêt pour la suite, pour continuer jusqu’à Salvador. Quand on a des belles conditions, on regarde le bateau barrer par le pilote, et nous ça nous va bien, on fait notre petite vie à côté. Les conditions sont top, on a sorti les poufs pour dehors. Mais quand ce sera plus tonique, c’est bien d’être derrière la barre pour surfer.

VMorgane Ursault-Poupon, Up Sailing, Unis pour la Planète (Class40)
Nous sommes super contents. La révolution à bord depuis le début de cette course, c’est cette nouvelle casquette qui nous change la vie à bord de Up Sailing. Il n’y a plus d’eau qui rentre dans le bateau, ce qui n’était pas le cas avant. Nous allons devoir rapidement manger le beurre et le fromage qu’il nous reste parce qu’il va commencer à faire chaud dans le bateau ! Le niveau de jeu est super élevé, je ne venais pas faire mieux que milieu de peloton. Mais les malheurs des uns font le bonheur des autres. Ce qui fait que, grâce à quelques abandons nous avons pu remonter dans le classement. Les 10 premiers, on ne pourra jamais les mettre derrière nous parce que notre bateau n’a pas les mêmes capacités. Mais c’est vrai que sur 70% de la flotte, le niveau est impressionnant ! Nous faisons beaucoup de progrès…

Classement le 04/11/19 – 16h00

Class40
1 – Crédit Mutuel
2 – Leyton
3 – Aïna Enfance & Avenir

Multi50
1 – GROUPE GCA – MILLE ET UN SOURIRES
2 – Solidaires En Peloton – ARSEP
3 – PRIMONIAL

Imoca
1 – Charal
2 – Apivia
3 – 11th Hour Racing

Tags sur NauticNews : Transat Jacques VabreTJVClass40Multi50Imoca
– CP –

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