NauticNews

TJV : Une 14e édition unique!

Les trois catégories de bateaux (Class40, Multi50 et IMOCA) que composaient cette 14e édition de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre ont joué des scénarios à la fois haletants et émouvants du départ du Havre le 27 octobre à l’arrivée à Salvador de Bahia, dont le dernier Terre Exotique (Class40) a franchi la ligne jeudi 21 novembre. Une météo peu ordinaire entre deux options tranchées, 6 nouveaux Class40, 16 foilers en IMOCA (dont 5 récemment mis à l’eau), une flotte de multicoques de 50 pieds (3 équipages) de grande qualité, des duos rarement aussi bien assortis, la Route du Café 2019 fut enthousiasmante et riche. Riche en retours de marins en mer, riche en partages. On retiendra une régate sur 4 350 milles (plus de 8 000 km) de très haut niveau et des vainqueurs plus que méritants ! Lipinski/Hardy en Class40, Lamiré/Carpentier en Multi50 et Dalin/Eliès en IMOCA : 3 fantastiques pour une édition qui marquera les esprits…

Ce qu’il faut retenir en chiffres :
– 3 duos incontestables
Multi 50 : Gilles Lamiré et Antoine Carpentier (Groupe GCA – Mille et un sourires)
IMOCA : Charlie Dalin et Yann Eliès (Apivia)
Class40 : Ian Lipinski et Adrien Hardy (Crédit Mutuel)

Les écarts à l’arrivée ne laissent pas planer le doute sur la suprématie des vainqueurs.

Mais dans aucune des trois classes, le tandem leader à Salvador de Bahia ne s’est pas installé en tête dès le départ du Havre. Le match a été âpre et longtemps indécis dans chacune des catégories.

– 1 Pot-au-noir copieux
Très facile pour les Multi50, punitif pour Charal en IMOCA, tour à tour conciliant ou exigeant pour les Class40, l’équateur météorologique (Pot-au-noir) a pesé sur la course et confirme l’exigence du long parcours de la Route du Café : 4350 milles (près de 8000 kilomètres) en diagonale à travers l’Atlantique nord et sud.

– 2 vainqueurs sur trois sont des bateaux neufs
A une semaine d’intervalle, Apivia et Crédit Mutuel touchaient l’eau début août 2019. Ils arrivaient à Salvador de Bahia prêts à repartir ! Les duos vainqueurs rendaient hommage à leur équipe pour le travail méthodique et acharné, nécessaire à la mise au point de prototypes toujours plus complexes.

– 3 vainqueurs de 3 cabinets d’architectes différents
Si en 2017, le cabinet VPLP raflait la mise dans trois catégories sur quatre, cette année, les trois bateaux vainqueurs sont issus de trois cabinets différents : VPLP en Multi50, Guillaume Verdier en IMOCA et David Raison en Class40

– 7 abandons sur 59 partants.
Ils étaient 59 à s’élancer du Havre (suite au retrait de l’IMOCA Fortil avant le départ consécutif à un incendie). 52 ont bouclé le parcours. 2 IMOCA ont abandonné : MACSF suite à son talonnage à Etretat en tout début de parcours et Hugo Boss après avoir violemment percuté un OFNI arrachant sa quille. Sur les 5 Class40 qui ont dû renoncer, on dénombre deux démâtages (Lamotte Module Créations et Marine ADOSM) et une blessure (William Mathelin-Moreaux sur Beijaflore)

Le résumé de la course des Multi50
Les trois équipages sont arrivés à Salvador de Bahia des images plein les yeux et le sourire hilare de n’avoir aucun regret. Leur teint buriné et salé de s’être pris des paquets de mer, les mains gonflées d’avoir tenu la barre et tiré sur les écoutes, les jambes hésitantes au moment de toucher terre à force d’avoir joué les équilibristes sur une plateforme lancée à pleine vitesse pendant dix jours, valaient mieux qu’un long discours pour comprendre l’intensité de la course en Multi50. Avec au final 100% de réussite dans cette classe et le tandem Lamiré-Carpentier, incontestable vainqueur à Salvador de Bahia.

Il y avait vraiment des binômes de grande qualité sur cette Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre 2019… malgré le trop petit nombre de bateaux, 2019 étant une année transitoire pour la Classe Multi50 (constructions de bateaux en cours). Au Havre, dans le bassin Paul Vatine, parmi les trois équipage, Solidaires En Peloton – ARSEP, le trimaran de Thibaut Vauche-Camus et de Fred Duthil fait figure de favori parce qu’il est le bateau de toute dernière génération, construit autour des foils et que son skipper l’a parfaitement dompté. Mais Thibaut le disait lui-même la veille du départ au Havre : « Nous pouvons tous gagner à Salvador. Il y a six bons skippers, et trois bons bateaux ! ».

La dorsale de Madère : tournant de la course
Après dix jours au Havre, il faut se remettre dans le bain et prendre dès le départ le rythme de la course et attaquer. « Nous sommes partis fatigués du Havre après une semaine très dense en rendez-vous médias et partenaires. C’est tout de suite un désavantage pour attaquer. On n’avait peu navigué dans le vent fort sur le bateau et c’était difficile de savoir où placer le curseur pour aller vite mais préserver le matériel » racontait Antoine Carpentier à son arrivée victorieuse à Salvador de Bahia. Dans la Manche, Solidaires En Peloton – ARSEP, lui, cravache sans perdre de temps et donne le tempo : près de 20 milles d’avance au passage (dans l’est) du DST cap Finisterre, tandis que derrière, Primonial et Groupe GCA Mille et un sourires naviguent proches à 5 milles d’écart. Toujours en tête au large de Gibraltar avec 70 milles d’avance, Thibaut Vauchel-Camus et Frédéric Duthil conserve leur positionnement dans l’est « pour chercher toujours plus de pression » racontait le skipper de Solidaires En Peloton – ARSEP à son arrivée. Et d’ajouter « On a abordé la dorsale un peu trop comme dans les bouquins. Eux ont déboulé à 15 nœuds quand on était entre 5 et 8 nœuds. On n’a pas voulu recroiser derrière. On n’avait pas d’air, on subissait. Dans tous les fichiers, le point de sortie était par le sud, pas dans l’ouest. On est allé chercher la pression et c’est ce qui nous a mis dedans. Le vent plus fort, on ne l’a pas eu très tôt et ensuite on était du mauvais côté pour la rotation de l’alizé. » Primonial en tête, suivi de près par Groupe GCA Mille et un sourires, déboule dans les alizés direction le Pot-au-noir, tandis que Solidaire En Peloton – ARSEP finit par croiser derrière à plus de 40 milles de Lamiré/Carpentier et traverse l’archipel dans leur sillage.

L’arrêt au stand de Primonial au Cap Vert
Deuxième dans l’ouest de l’archipel du Cap Vert, Sébastien Rogues et Mathieu Souben font face à des problèmes d’énergie et sont contraints de faire un pit-stop à Mindelo pour réparer. La course sera forcément mise entre parenthèse puisqu’ils reprendront la route avec 350 milles de retard sur la tête de flotte. Groupe GCA Mille et un sourires routé par Christian Dumard aligne une trajectoire parfaite pour rejoindre le Pot-au-noir avec 100 milles d’avance sur Solidaire En Peloton – ARSEP.

Gilles Lamiré et Antoine Carpentier : la victoire de la confirmation
La zone de convergence inter tropicale est assez ouverte au moment du passage des premiers Multi50. Groupe GCA Mille et un sourires ralentit mais ne s’arrête pas et continue sa trajectoire pour gagner dans l’ouest. De 100 milles, l’écart s’accentue dans les alizés du sud-est pour atteindre à son maximum 230 milles en approche de Recife. « Après l’équateur, c’était tout le temps favorable par devant, on a couru après mais ils ont maintenu un rythme incroyable » raconte Frédéric Duthil, deuxième à Salvador de Bahia.

Arrivé le 8 novembre au milieu de la nuit dans la Baie de Tous les Saints, Gilles Lamiré et Antoine Carpentier émus et heureux parlent d’une course « comme dans les livres ». Humble et travailleur, Gilles Lamiré a goûté à sa première victoire sur la Route du café et en redemande ! Antoine Carpentier, lui, signe sa deuxième consécutive sur deux supports différents (victoire en 2017 en Class40).

Multi50
1 – GROUPE GCA – MILLE ET UN SOURIRES
2 – Solidaires En Peloton – ARSEP
3 – PRIMONIAL

Le résumé de la course des IMOCA
Catégorie reine par le nombre de bateaux, leur variété et le niveau sportif des tandems, l’IMOCA promettait beaucoup au départ du Havre. Et elle n’aura pas déçu, loin de là ! Au terme d’une course qui a multiplié options et rebondissements, la Route du café 2019 est un cru exceptionnel. Elle confirme la nette supériorité de Charal en performances pures, consacre Apivia, brillant vainqueur sorti de chantier trois mois plus tôt, et met en lumière plusieurs duos percutants à bord de foilers, mais aussi d’IMOCA à dérives. Retour sur une édition historique.

Plateau exceptionnel, météo inédite
29 IMOCA dans le bassin Paul Vatine, c’est le plus beau plateau jamais réuni sur une Route du café dans cette catégorie. Ils sont 16 foilers à s’élancer dont quatre sont sortis de chantier cet été. Issus de trois cabinets d’architecture différents, Apivia, Advens for Cybersécurity, Arkea Paprec et Hugo Boss disputent leur première transat et viennent se frotter au référent de la catégorie Charal. Il leur faudra compter également sur trois foilers remis au goût du jour –Intiatives Cœur, MACSF et PRB – cinq autres très performants datant de 2015 et ce que l’on fait de mieux en matière d’IMOCA à dérives.

Le jeu est d’autant plus ouvert que cette année, la situation météo inédite oblige à choisir entre deux voies radicales. Foncer plein ouest à l’assaut d’une dépression stationnaire pour redescendre par les Açores ou se faufiler le long de la péninsule ibérique. Avant le départ, la voie du Sud paraît bouchée par les hautes pressions. Les duos ont jusqu’au large d’Ouessant pour décider. Leader de l’option Ouest, Yannick Bestaven (Maitre CoQ) avouera à Salvador de Bahia : « L’ouest, on voulait y aller avant même de monter sur le bateau. Un peu trop sans doute ! »

Le grand échiquier
36 heures après le départ, la donne a un peu changé. L’option Sud est en train de s’ouvrir, elle sollicite moins les bateaux et c’est tout de même la route directe vers Salvador de Bahia… 23 bateaux plongent, et à bord de Charal, Jérémie Beyou et Christopher Pratt hésitent. C’est eux, les favoris qui ont le plus à perdre dans ce jeté de dés, et il ne leur a pas échappé qu’Hugo Boss a filé vers l’ouest après une belle démonstration de vitesse en Manche.

Malgré des conditions météo clémentes, trois bateaux sont forcés à des arrêts techniques. Advens for Cybersecurity et VandB Mayenne repartiront rapidement mais MACSF qui a talonné au départ en passant la bouée d’Etretat abandonnera finalement sa course à Lorient…

72 heures après le départ, les choses se décantent. Charal a finalement rejoint le groupe du Sud emmené par Apivia (Charlie Dalin-Yann Eliès) et dans lequel Banque Populaire, Groupe Apicil et Corum l’Epargne, meilleurs IMOCA à dérives se régalent. Et les leaders de l’Ouest courent toujours après une bascule qui ne viendra jamais vraiment. L’écart latéral entre les deux groupes atteint 830 milles lorsque les cinq bateaux virent de bord le 31 octobre. Leur leader Maître CoQ, suivi de Bureau Vallée qui s’accroche dans sa roue, a plus de 200 milles de retard et l’hémorragie ne fait que commencer…

Charal, comme un avion
Le 1er novembre, à la sortie de la dorsale qui ouvre les portes de l’alizé, Charlie Dalin et Yann Eliès filment Charal volant 2 à 3 nœuds plus vite qu’eux. Un moment de vérité qui n’est qu’un début. Car dans l’alizé, Charal démontre qu’il survole les débats, y compris au portant VMG où la supériorité des foilers est en théorie moins criante qu’au vent de travers. Creusant mille après mille, Jérémie Beyou et Christopher Pratt mènent un train d’enfer. Leur avance culmine à 120 milles le 5 novembre à midi à l’entrée du Pot-au-noir. Personne ne résiste au foiler noir. Ni Apivia, ni 11th Hour Racing

(Charlie Enright et Pascal Bidegorry) excellent au portant, ni PRB (Kevin Escoffier, Nicolas Lunven) à l’aise à toutes les allures. Navigant plus bas et sous spi quand les autres loffent sous gennaker, Banque Populaire (Clarisse Crémer,Armel Le Cléac’h) s’accroche toujours dans les cinq premiers.

Après avoir été nettement ralentis par les hautes pressions, les leaders du groupe de l’Ouest accusent le 2 novembre plus de 400 milles de retard. Ce jour-là, enfin lancé à 25 nœuds dans l’alizé, Hugo Boss percute un OFNI et arrache sa quille. Sonnés mais pas blessés, Alex Thomson et Neal Mac Donald tronçonnent de longues heures durant le vérin qui retient les quatre tonnes de lest et rallient Mindelo au Cap Vert par leurs propres moyens.

L’infortune du pot
Le 5 novembre, Charal rentre dans le Pot-au-noir, bien décalé à l’ouest comme l’ordonne la théorie. Après quelques heures de progression correcte, un grain stoppe leur course. Ils resteront bloqués près de trois jours, une véritable punition. « On en a pleuré chacun notre tour, on passait des heures sur le pont à virer, empanner, trempés, pas de vent, de la pluie, on ne voyait pas le bout du tunnel ! C’était cauchemardesque » racontera à l’arrivée Christopher Pratt. Charal a balisé le terrain pour les concurrents qui déboulent par l’arrière. Charlie Dalin et Yann Eliès se décalent dans l’est. Nettement moins ralentis, ils ressortent le 7 novembre du tunnel et cavalent déjà à 15 nœuds. Banque Populaire est deuxième et Charal, sixième, a perdu 400 milles dans l’opération.

Le grand bord de 1000 milles dans l’alizé de sud-est n’est plus qu’une formalité pour Apivia qui réalise un coup de maître. « Un coup de Pot ! » rectifie dans la nuit Yann Eliès devant les micros à l’arrivée. S’ils sont conscients de leur réussite, Charlie et Yann signent une copie parfaite sur un bateau bien né et mis au point en un temps record par l’écurie Mer concept.

Remontadas
Mais derrière, la course au podium et aux places d’honneur n’est pas terminée. Charal retrouve du souffle et parvient à doubler trois bateaux sur la descente vers Salvador de Bahia. Faisant preuve une nouvelle fois d’une vitesse insolente, le foiler noir termine à quelques longueurs de PRB, deuxième. C’est la confirmation de tout le talent de Kevin Escoffier et Nicolas Lunven à bord d’un IMOCA très polyvalent. Pour Jérémie et Christopher qui bouclent avec panache cette Route du café, monter sur le podium sonne comme un lot de consolation.

Au chapitre des remontées, celle de VandB Mayenne, reparti bon dernier de Brest le surlendemain du départ et qui termine 16ème est le signe d’une belle maîtrise de Maxime Sorel et Guillaume Le Brec. Mais c’est bien celle d’Advens for Cybersécurity qui impressionne le plus. Accusant 435 milles de retard le 3 novembre au large des Canaries, Thomas Ruyant et Antoine Koch sont classés cinquième à Salvador de Bahia. Leur plan Verdier mis à l’eau en septembre a montré un potentiel remarquable au près et au reaching.

Cette année, le Pot-au-noir passait à l’Est. Maître CoQ, Groupe Apicil et Corum L’Epargne en ont fait les frais alors que Bureau Vallée tire ses marrons du feu et rentre dans les dix.

Premier bateau à dérive, Banque Populaire qui a effectué 200 milles de moins que les leaders grâce à une trajectoire exemplaire ne peut faire mieux que sixième. Une vraie scission s’opère entre foilers et dérives, même si le schéma météo n’était pas spécialement à l’avantage des premiers cette année.

En deux ans, la hausse du niveau est palpable en IMOCA. Pendant la célébration des skippers à Salvador de Bahia, lorsque Serge Herbin appelle sur scène les tandems de la 11ème à la 14ème place, les CV des huit skippers cumulent 7 victoires dans la Solitaire du Figaro, 3 dans la Route du café, 3 dans la Route du Rhum, et 2 médailles d’or olympique. Pas mal pour un milieu de tableau !…

Imoca
1 – Apivia
2 – PRB
3 – Charal

Le résumé de la course des Class40
Alors que les deux derniers Terre Exotique et Equipe Voile Parkinson approchent de Salvador de Bahia qu’ils devraient atteindre jeudi, il est déjà temps de revenir sur la course des Class40 dont les leaders étaient célébrés hier sur la terrasse du Terminal Nautico. Marquée par la supériorité de Crédit Mutuel face aux ténors de la catégorie, cette Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre fera date. Mais ce pavé dans la marre (architecturale), ne doit pas faire oublier l’essentiel. A tous les stades du classement, la bagarre était belle et encore une fois, la Classe 40 a permis à de nombreux duos d’accomplir le rêve d’une vie, au contact de skippers talentueux et sur des bateaux accessibles.

Eloge de la différence
Avec 27 inscrits cette année, la Class40 démontrait encore une fois sa bonne santé. La photo de famille au départ du Havre mêlait comme à son habitude duos de pros et tandems d’amateurs. Les uns viennent du Figaro, de l’olympisme ou ont déjà touché de l’IMOCA. Les autres ont une Mini-transat ou deux dans les bottes. Parfois, c’est leur première transat. Ce n’est pas un hasard si le plus jeune équipage avec 20 ans et demi de moyenne d’âge (E. Leclerc) embarque en Class40. C’est aussi dans cette catégorie que l’on trouve le plus de duos où la transmission de l’expérience est à la base du projet : Emmanuel Le Roch embarque Basile Bourgnon (17 ans), Frédéric Duchemin, Martin Louchart (17 ans également), Marc Guillemot s’aligne avec William Mathelin-Moreaux et Kito De Pavant avec Achille Nebout…

Sur le plan architectural aussi, l’offre est assez variée. Présent au Havre, le premier Class40 Terre Exotique date de 2003 et permet de mesurer le chemin parcouru en 15 ans. Aux côtés d’une dizaine de bateaux produits en série (Akilaria, Pogo,…) une bonne moitié sont des prototypes très affûtés. Et au milieu, deux bateaux tout neuf surprennent le public dans le bassin Paul Vatine. Avec leur étrave spatulée et leurs formes avant, ils rappellent les Scows, ces bateaux de régate aussi large à l’avant qu’à l’arrière qui naviguent sur les lacs américains. On sait la formule gagnante en Mini 650. Est-elle valable sur les Class40 ? S’ils impressionnent le public, ces deux bateaux ont été mis à l’eau au mois d’Août et il leur faudra être capable de suivre la cadence des bateaux éprouvés…

Entame musclée
Car ça commence très fort en Manche la première nuit. Sous grand spi et grand-voile arrisée, les compteurs s’affolent dans la nuit noire. Aux surfs à plus de 20 nœuds, succèdent parfois de violents plantés. Et boum ! Le leader Lamotte-Module Création, démâte au large de Roscoff. C’est un gros rappel à l’ordre. Certains lèvent le pied et se font déjà distancer par les gros bras. D’autres pansent leurs plaies avec pas mal de spis déchirés et de couture à la clef. Sur Beijaflore, William Mathelin-Moreaux se blesse à l’épaule et l’équipage rentre à la Trinité-sur-mer le lendemain du départ. Après le portant sauvage, voilà la flotte chahutée au près océanique. Deux tandem renoncent et se retirent de la course : SOS méditerranée et le duo japonais de Kiho.

On retrouve très vite les favoris aux avant-postes : Leyton mené par Sam Goodchild et Fabien Delahaye, mais aussi Aïna Enfance et Avenir du tandem Chappellier-Leboucher qui a gagné toutes les courses de la saison. Kito de Pavant et Achille Nebout (Made in Midi) tiennent la cadence au près tout comme Louis Duc et Aurélien Ducroz (Crosscall Chamonix Mont Blanc). D’autres surprennent à l’image d’Entraide Marine-Adosm. A bord de ce Pogo 40 de série, Charles-Louis Mourruau et Estelle Greck font une remarquable entame de course mais démâtent malheureusement le 1er novembre alors qu’ils pointent en sixième position.

Crédit Mutuel s’envole
Mais dès le jeudi soir, à la latitude de Lisbonne, quelque chose commence à clocher dans les classements. Sur le long bord de reaching pour rejoindre les hautes pressions, Crédit Mutuel est le plus rapide de toute la flotte. Dès le départ, Ian Lipinski et Adrien Hardy ont optionné au nord de la Manche et se retrouvent décalés maintenant dans l’ouest. Ont-ils plus de vent ? Toujours est-il qu’en 24 heures, Crédit Mutuel gagne 5 places et s’installe en tête, le 2 novembre. Plus le vent forcit et adonne, plus Crédit Mutuel démontre sa supériorité, jusqu’à exploser le record de vitesse en Class40 le 5 novembre : 415,86 milles en 24 heures à 17,3 nœuds de moyenne, qui dit mieux ! « Le bateau avance tout seul, on a trouvé la bonne voilure, on ne fait que le surveiller » raconte Ian Lipinski le lendemain matin. « On est sous spi médium avec 1 ris et 2 ris dans la grand-voile. On se déplace à quatre pattes, ça bouge beaucoup, on essaye de ne pas se blesser. Ca mouille un peu sur le pont mais je pense que ça n’a rien à voir avec les copains de derrière »

Le 7 novembre, l’écart sur Leyton culmine à 80 milles puis se réduit à 50 au passage du Pot-au-noir. Leyton y est encore au coude à coude avec Aïna Enfance et Avenir mais un dernier nuage douche les espoirs d’Aymeric Chappellier et Pierre Leboucher qui restent arrêtés cinq heures… Le podium ne bougera plus jusqu’à Salvador de Bahia. A son arrivée, l’analyse du deuxième Fabien Delahaye est implacable : « Au large dans la mer formée, c’est là que s’est fait la différence. Sur Crédit Mutuel, Ian et Adrien ont pris des risques en sortie de Manche, nous avons été plus conservateurs. Leur décalage nord puis ouest a été payant, le bateau s’est vite envolé. Un bateau qui va vite au bon endroit, c’est sûr que ça fait des ravages ! »

Epilogue
La force de Crédit Mutuel aura aussi été de tenir une cadence infernale du Havre à Salvador de Bahia sans rien casser. Au ponton, Ian Lipinski rend hommage au chantier JPS et à ses préparateurs. L’autre scow Banque du Léman (Simon Koster et Valentin Gautier ) aura lui aussi montré de très belles qualités de vitesse mais de nombreux petits pépins techniques le cantonnent à la quatrième place.

La performance des leaders ne doit pas occulter quelques belles trajectoires. Crosscall Chamonix Mont Blanc termine cinquième malgré des problèmes de voiles à répétition. Made in Midi aura tenu le choc jusqu’au Pot au noir sur son vieux plan Humphreys mais n’a pu resister à Linkt (Jorg Richers-Cédric Château) sur le dernier bord vers Salvador de Bahia. Mathieu Claveau et Chirstophe Fialon (Prendre la mer, Agir pour la forêt) terminent 14ème mais premier bateau « Vintage »sur leur vieil Akilaria. Et Eärendil, malgré un arrêt à Madère termine dans le top ten ce qui conforte Catherine Pourre et Pieto Luciani à leur place de champion du monde des Class40 2019.

Class40
1 – Crédit Mutuel
2 – Leyton
3 – Aïna Enfance & Avenir

Tags sur NauticNews : Transat Jacques VabreTJVClass40Multi50Imoca
– CP –

Articles de la même catégorie

Commentaires

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont marqués *

deux × 3 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.