NauticNews

VG2020 : Un air de collé-serré

Alex Thomson (HUGO BOSS) toujours en tête bien qu’ayant concédé du terrain sur Thomas Ruyant (LinkedOut) et Charlie Dalin (Apivia) ; des questions sans réponse sur le tempo du leader ; trois IMOCA à dérives droites déjà dans l’hémisphère Sud ; Nicolas Troussel à bon port… Voici les infos de ce 11e jour du Vendée Globe.

Quelques heures durant, un doute a flotté dans l’étrave de HUGO BOSS. En 48 heures en effet, entre son franchissement de l’équateur en leader, avec 78 milles d’avance sur LinkedOut, son dauphin, et ce jeudi, Alex Thomson a vu son avance réduire comme neige au soleil du Brésil : il ne comptait plus que 15,4 milles d’avance sur Thomas Ruyant au classement de 15 heures et 44,8 sur Charlie Dalin (Apivia) pointé à plus de 160 milles en début de semaine.

Crise de foi ? Soucis techniques ? Petites cachotteries ? Difficile à dire, le skipper anglais n’ayant pu répondre à la vacation du matin. Au jeu des théories, poussons en vrac et dans le désordre celle de la grosse session bricolage, prévue dans le Pot au Noir – mais finalement repoussée puisque, de Pot au Noir, il n’y en eut quasiment pas pour les leaders – ; celle de la réduction de voilure le temps de mener un train complet de contrôles et de petites réparations ; celle du décalage de performances entre HUGO BOSS d’une part et LinkedOut et Apivia d’autre part, proposée par Marcus Hutchinson (team manager de LinkedOut) et qui, en substance lors de la version anglaise de l’émission Vendée Live, soulignait qu’à des designs différents correspondaient des pics de performance différents ; et puis celle de Yann Eliès, interviewé en tant qu’expert lors de l’émission quotidienne, le Vendée Live, ce jeudi midi, et qui confiait indirectement les clés de la performance d’Alex Thomson à Nicolas Troussel : « Est-ce que c’est la configuration de foils de HUGO BOSS ? C’est possible. Mais il est aussi possible que les marins aient levé le pied par rapport à (ce qu’a vécu) Nicolas Troussel. On se pose beaucoup de questions sur le démâtage (de CORUM L’Epargne, lundi matin, ndlr), il est urgent de faire attention à la tension qu’on met dans le gréement en ce moment ».

Les résultats des expertises qui sont actuellement menées sur les circonstances du démâtage de Nicolas Troussel, dans des conditions de navigation acceptables, sont très attendus. Ce démâtage soulève des questions dans toutes les équipes, toutes équipées d’un des mâts monotypes imposés par la Classe IMOCA afin de sécuriser la flotte – et le résultat est probant depuis plusieurs années. Des flots de datas envoyés par CORUM L’Epargne sortiront des informations utiles au collectif.

HUGO BOSS, LinkedOut et Apivia navigueraient donc collé-serré ? Oui et non, puisque 70 milles séparent en longitude Alex Thomson, très à l’Ouest, du duo de Frenchies. Là, Alex Thomson a trouvé des vents un peu moins soutenus, mais qui lui ont permis de glisser plein Sud, tout se réservant la possibilité d’attaquer la traversée de l’Atlantique sud quand bon lui semblera. Calés plus Est, Thomas Ruyant, Charlie Dalin et leurs plans Verdier grappillaient encore du terrain ces dernières heures.

12 dans le Sud !

23 heures et 37 minutes après Alex Thomson, Damien Seguin a à son tour franchi l’équateur. Le skipper de Groupe Apicil est le 12e à entrer dans l’hémisphère sud lors de cette édition. Seaexplorer – Yacht Club De Monaco, Initiatives – Cœur, Maître CoQ IV, OMIA – Water Family et ARKEA PAPREC l’avaient précédé. À cette heure, 9 des 12 « sudistes » sont des foilers, mais les « dérives droites » tiennent bon ! On en veut pour preuve la 10e place de Benjamin Dutreux, sacré régatier sur OMIA – Water Family, et forcément la 4e place de Jean Le Cam, encore et toujours. À 135 milles dans le nord du leader, le doyen de la course tient toujours une cadence remarquable, nourrie par son imposant savoir. Kevin Escoffier (PRB) et Louis Burton (Bureau Vallée 2) sont 5e et 6e, à environ 200 milles de la tête de course

D’ici 24 heures, ils devraient être six de plus la tête en bas. Ces skippers se seront alors débarrassés du Pot au Noir, ce dont rêvent Alan Roura (La Fabrique), pressé de pouvoir se coller une bonne sieste sans avoir à craindre une pétole brutale ou un coup de vent vachard (lire plus bas), ou encore Clarisse Crémer (Banque Populaire X) qui s’inquiète de ne rien avoir à faire lorsqu’il n’y a pas un petit réglage à poser.

Nicolas Troussel à Mindelo

Nicolas Troussel, le skipper de CORUM L’Epargne, a posé au mouillage son IMOCA ce jeudi après-midi après trois jours de traversée au moteur vers les îles du Cap-Vert. Le voici à quelques encâblures des pontons de Mindelo, la 2e ville de l’archipel. Le marin de la baie de Morlaix attend l’arrivée – imminente – de son équipe à terre pour négocier son atterrissage dans un port inégalement mouillé. Prudence prudence, l’essentiel est déjà fait ! L’heure de la saudade, cette musique locale magnifiée par Cesaria Evora, où s’enlacent tristesse et espoir, a sonné pour le marin et toute son équipe. Il convient de ne pas oublier les performances dont a été capable le tandem homme-machine avant que ne cède le mât.

Ils ont dit

Alan Roura (La Fabrique)

Je suis en plein Pot au Noir. Je suis peut-être allé un peu trop dans l’Est mais je fais ma route, je voulais y aller un maximum pour avoir un meilleur angle derrière car mon bateau n’est pas très bon au près. J’essaye de jouer sur un compromis pour pouvoir glisser un peu et être pas trop mal en vitesse. C’est un choix engagé et pour l’instant les filles autour (Isabelle Joschke et Clarisse Crémer) sont un peu mieux passées que moi mais la route est longue ! Je regarde beaucoup les images satellites. Si tout va bien je devrais sortir de cette zone dans 3 ou 4 heures. Là entre les éclairs, la pluie, 30 nœuds de vent, ça n’a pas été une nuit de tout repos. Les nuages se créent à une rapidité assez incroyable. C’est un peu le « triangle des Bermudes » des marins (rires). Je crois que c’est la première fois que je passe le Pot au Noir aussi facilement, je me souviens sur la Transat Jacques Vabre en 2019, on avait eu des rafales à 40 nœuds d’un coup alors qu’on était sous grand-voile haute et grand gennaker avec de la foudre qui tombait à 10 mètres du bateau donc c’était un peu flippant. J’ai hâte de faire une bonne sieste. Je prévois ça quand il fera beau, ça voudra dire que je serai sorti de cet endroit compliqué. Ça fait deux nuits que je dors mal mais je tiens la route, je mange bien et je me repose dès que je peux car il faut être capable de sauter vite sur les écoutes suivant les conditions météo pour libérer les voiles car lorsque le vent monte le bateau à tendance à s’emballer.

Clarisse Crémer (Banque Populaire X

Je suis dans le Pot au Noir depuis hier et j’ai eu mon premier grain à 30 nœuds en fin de nuit, donc je n’ai pas été ralentie. J’espère que ça ne se dégradera pas : on n’est pas sauvé tant qu’on n’est pas sorti de la zone ! Même si c’était plutôt calme, ça demandait du boulot. Je n’ai pas dormi dans la nuit. C’est difficile d’anticiper ce qu’il va se passer. J’ai opté pour la technique ‘Je vais tout droit, pourvu que ça passe’. Je suis contente d’avoir des bateaux autour, c’est stimulant, rassurant et plus sympa que d’être seule. On essaye de rattraper le groupe devant nous, mais ça paraît difficile… On a eu plusieurs journées assez tranquilles avant le Pot au Noir, j’ai pu bien me reposer et bricoler sur mon bateau. J’ai vécu cette phase comme un temps de décompression. Ces quelques jours m’ont permis de voir qu’on peut aussi profiter et de me rendre compte que la navigation n’est pas toujours si éprouvante et surtout redevenir plus lucide sur la gestion du bateau. Parfois, il arrive de ne pas faire de manœuvre pendant un voir deux jours et souvent, après deux jours sans rien faire, j’ai l’impression de ne plus savoir comme faire. Je pense qu’il faut rester actif en permanence sur ces bateaux, trouver son rythme et surtout garder confiance en soi. 

Jean Le Cam (Yes we Cam!)

Quand tu passes l’équateur, tout est à l’envers, c’est assez drôle. Il y a une marche, et comme la terre est plate, tu te retrouves en dessous (rires) ! On s’attendait à quelque chose de plus tranquille pour le Pot au Noir, mais il y avait quand même des grains à 20/25 nœuds. Quand tu es toilé pour 8/10 nœuds, ça fait bizarre. La nuit, ça va car tu ne vois rien. Quand ça s’emballe, tu fais ce qu’il faut faire, mais tu ne stresses pas ; le jour, tu vois le grain arriver et tu te demandes à quelle sauce tu vas être mangé. Ça a été assez rapide, on n’a pas eu d’arrêt, c’était assez bien mais, parfois, ça arrive de passer le Pot au Noir sans s’en rendre compte ! Depuis la fin de la dépression, on est au reaching : c’était un scénario pour les foilers. Au final, je suis bien car ma compétition n’est pas avec les foilers : je suis dans la catégorie « 4L », pas dans celle des « Ferrari », mais je me rends compte que mon bolide, que je connais bien, est assez véloce ! Entre régler les voiles, faire à manger, changer de voiles, les inspections du bateau, etc… je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

 Alexia Barrier  (TSE – 4myplanet)

J’ai pas mal manœuvré hier et j’avais vraiment besoin de faire un break, j’ai écouté mes sensations, et du coup, j’ai dormi. La nuit est belle, c’est vraiment chouette d’avoir une vitesse à deux chiffres. Cela fait du bien d’avancer. J’ai pu dormir quatre heures par tranche de 40 minutes. J’ai fait beaucoup de manœuvres de spi et de gennaker. Mes voiles pèsent très lourd contrairement aux nouveaux IMOCA : le gennaker pèse 80 kg et moi 56 kg ! Quand je l’ai envoyé deux fois, j’ai fait mon sport de la journée. Je ne peux pas tenir en mode Figaro, il faut que je me repose. Je suis contente d’être là où je suis : l’option Ouest, c’était bien, je n’ai pas douté. C’est important quand on fait un choix, il faut y aller jusqu’au bout. J’ai la main droite enflée et les bras un peu tétanisés à cause des efforts physiques. Du coup, j’ai pris soin de moi et ça a bien fonctionné. J’ai la pêche maintenant, j’ai hâte que le jour se lève. J’avance bien, entre 13 et parfois 20 nœuds en surf. J’ai hâte de retrouver les poissons volants.

Giancarlo Pedote (Prysmian Group)

Je reviens de loin, j’ai bien attaqué pour revenir, j’avais 100 milles de retard. J’ai découvert un pot d’épinards dans ma cambuse, c’est peut-être ça ! Je me repose la nuit, seulement une sieste la journée si je suis bien cramé. Mon rythme me convient bien. En revanche, on a ultra chaud. J’ai 28,5° ce matin, j’ai juste un petit maillot de bain. On a eu beaucoup de sargasses et des poissons volants mais, dans ces bateaux, on reste sous la casquette car il y a énormément de vagues qui recouvrent le pont. Je fais ma course bout à bout, step by step. Chaque chose en son temps. Je cherche à vivre le moment présent. Je suis très content, j’ai peut-être raté deux-trois choses, mais je suis bien rentré dans le rythme, je suis bien dans ma routine. Félicitations à Jean Le Cam, ses trajectoires sont incroyables, il a fait un dessin ! Je suis super content pour lui. Pendant que je parle, je borde mes voiles car là, je sens que ça mollit et ça tourne. Après, je vais prendre mon petit déj’. Je suis heureux, je ne prends que du positif, je trouve que la vie est belle !

CLASSEMENT

15:00 (heure française)  
 
1. Alex Thomson – HUGO BOSS à 21 929,7 milles de l’arrivée
2. Thomas Ruyant –  LinkedOut à 15,7 milles du leader
3. Charlie Dalin – Apivia à 44,5 milles du leader
4. Jean Le Cam – Yes We Cam! à 116,16 milles du leader
5. Kevin Escoffier – PRB à 179,21 milles du leader

Crédit Photo : JM Liot

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

– CP –

Tagged with:

Articles de la même catégorie

Commentaires

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont marqués *

treize − 12 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.