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VG2020 : Slaloms géants

Le Cap de Bonne-Espérance et les dépressions du grand Sud se font ardemment désirer. 19 IMOCA sur les 32 que compte la flotte du 9ème Vendée Globe sont encore aux prises avec l’anticyclone de Sainte-Hélène qui se déplace doucement vers l’Est. Les trajectoires en escaliers démontrent que les heures en mer ne sont pas simples et laborieuses. Et ce matin, coup de Trafalgar : le LinkedOut de Thomas Ruyant est désormais privé de foil bâbord.

« Je continue naturellement la course, handicapé, avec une seule aile, mais je me réconforte en me disant qu’il me reste mon foil tribord, qui est peut-être statistiquement le plus important pour un tour du monde. La route est longue. Je continue, je m’accroche ! » confiait Thomas Ruyant ce matin après avoir constaté de sérieuses fissures sur le foil gauche de son bateau. Une mauvaise nouvelle certes pour le Dunkerquois, mais si l’on se souvient d’un certain Alex Thomson en 2016, on retiendra qu’il terminait 2ème à quelques encablures du vainqueur Armel Le Cléac’h… avec un foil en moins. Force est tout de même de constater que sur les 8 nouveaux IMOCA volants que comptait le départ de la course, il n’en reste qu’un seul qui n’a pas encore été ralenti dans son élan : Charlie Dalin sur Apivia qui caracole en tête de flotte depuis 2 jours.

Rendez-vous entre amis

Cette météo capricieuse et volage a eu le mérite de créer des rapprochements et de belles images. Le serveur vidéo de l’organisation a chauffé : images de drone de Benjamin Dutreux et Boris Herrmann, vidéo du bord d’Initiatives-Cœur où l’on aperçoit Bureau Vallée 2, et de Maître CoQ IV bord à bord avec Seaexplorer-Yacht Club de Monaco. C’est fou comme le monde est petit dans un si grand océan ! En ce 17ème jour de course, la bagarre devient très intense dans chaque groupe que compte la flotte étirée sur un peu plus de 3 000 milles. 1,5 milles d’écart entre Boris Herrmann et Yannick Bestaven, 6 entre Sam Davies et Louis Burton, 12 entre Manu Cousin et Pip Hare le long de la corne du Brésil et 2 milles entre Fabrice Amedeo et Clément Giraud qui sortent enfin du Pot au Noir…

Ajouter une couche

Apivia et LinkedOut sont les premiers à sentir les frimas du grand Sud. Déjà plus bas que la latitude du Cap de Bonne-Espérance, à la latitude 38 sud, 160 milles dans l’ouest des îles volcaniques Tristan da Cunha, les deux skippers vont probablement déjà enfiler polaires et sous-couches sitôt la nuit tombée. Encore quelques heures dans une bulle sans vent et bientôt ils vont continuer vers le Sud, non loin de la ZEA (Zone d’exclusion Antarctique), puis prendre le train des dépressions cap à l’est. Le grand Sud les attend, c’est ce qu’ils sont venus chercher !

Ils ont dit

Thomas Ruyant, LinkedOut

J’étais à environ 120° du vent, je marchais à 20 nœuds quand j’ai entendu ce grand bruit. Je n’ai pas vraiment d’explication. J’ai rentré le foil à fond afin qu’il ne traîne pas dans l’eau. Avec le jour, j’ai pu inspecter le foil et son puits de fond en comble, en relation avec mon équipe et les architectes à terre. Il n’y a pas de voie d’eau et le puits de foil est sain. Mais le foil est vraiment fissuré à de nombreux endroits. La structure même du foil est touchée. J’attends l’analyse des architectes pour savoir s’il me faut le couper. 

Isabelle Joschke, MACSF

Pour l’instant j’ai fait la moitié du travail, j’ai plus ou moins reconstruit un balcon, la deuxième partie consistera à fixer ce nouveau balcon sur le pont. La sécurité est vraiment très importante et on se dirige dans une zone compliquée donc il ne faut pas jouer avec cela. Autant sur une transat, ce n’est pas un drame, là je vais vers des conditions difficiles que je vais subir, je ne choisirai pas ce que je rencontrerai. C’est important pour moi de me sentir en sécurité lorsque je vais sur mon tableau arrière et c’est aussi important de remettre en marche les éléments bloqués pour l’instant. Cette descente est assez compliquée, j’ai eu beaucoup de grains ces deux derniers jours, avec du vent qui monte, qui tourne, donc ce n’est plus possible de faire la route prévue, avec la question du changement de voilure ou pas.

Boris Herrmann, Seaexplorer-Yacht Club de Monaco

Je suis content d’avoir retrouvé du vent stable, je suis au près, la mer est assez plate et il y a un peu de soleil. Yannick (Bestaven) est à 2 ou 3 milles derrière moi donc c’est génial, on se parle à la VHF depuis hier. La vie est belle mais je suis un peu fatigué, j’ai peu dormi cette nuit car le vent tournait dans tous les sens, j’ai changé de voilure, c’était assez engagé. J’ai vécu un moment inoubliable hier soir, nous étions vraiment très proches, il y avait un beau coucher de soleil, nous sommes au milieu de l’océan pour un tour du monde, c’était magique. Nous étions tellement proches qu’il pouvait m’observer faire mon changement de voile depuis son cockpit. Je prends les choses heure par heure pour l’instant, à chaque fois que ça bouge et que le pilote reprend le contrôle, je suis content.

Arnaud Boissières, La Mie Câline – Artisans Artipôle

Ce qu’on vit depuis le départ, c’est inédit : quel que soit le groupe de bateaux dans lequel tu te trouves, c’est un scénario météo pas commun. Après, le contournement de Sainte-Hélène n’est pas classique mais ça arrive. Mais c’est vrai que les conditions ont été étranges, il faut s’adapter, je vais essayer de ne pas tomber dans le panneau plusieurs fois. Il y a pas mal de similitudes entre les deux hémisphères, il faut voir l’équateur comme un miroir. Il y a les alizés du Nord et du Sud, l’anticyclone de Sainte-Hélène, si on fait un parallèle, on peut dire que c’est comme l’anticyclone des Açores au Nord. La différence, c’est que le climat va changer quand on va contourner, il va rapidement faire froid. Là, on est le long des côtes brésiliennes, il y a des phénomènes de météo locaux qui peuvent perturber les systèmes mais aussi un nombre impressionnant de cargos et de bateaux de pêche.

CLASSEMENT à 15:00 Heure française

1. Charlie Dalin, Apivia à 18 972,9 milles de l’arrivée
2. Thomas Ruyant, LinkedOut à 78,53 milles du leader
3.Jean Le Cam, Yes We Cam! à 364,07 milles du leader
4. Kevin Escoffier, PRB à 453,11 milles du leader
5. Boris Herrmann, Seaexplorer – Yacht Club de Monaco à 475,51 milles du leader

Crédit Photo : Boris Herrmann

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

– CP –

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