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VG2020 : les cinquantièmes haussent le ton

Ils étaient murmurants. Voici qu’ils redonnent de la voix. Ce n’est pas encore un véritable hurlement, mais un cri de rappel aux marins du Vendée Globe pour leur dire : « vous êtes toujours ici, dans le Grand Sud ». À 2000 milles du Cap Horn, la dépression subtropicale qui a remplacé le gigantesque anticyclone du Pacifique, restitue aux Cinquantièmes leur réputation de latitudes hostiles.

Il y a du vent, de la mer, il fait froid, les bateaux faiblement toilés et les marins chaudement habillés se font brinquebaler.

Après presque 10 jours de valse soporifique avec les hautes pressions, les solitaires avaient presque oublié qu’ils étaient en territoire hostile et doivent se réhabituer à ces conditions plus typiques des mers australes. « C’est dingue l’ampleur du contraste d’un jour à l’autre » reconnait Boris Herrmann (7e) dans une vidéo envoyée ce lundi matin. « J’ai déjà presque oublié comment c’était hier. Et il faut vraiment être fort dans sa tête parce que chaque jour, on est projeté dans quelque chose de nouveau. Il y a cette anxiété permanente de devoir régler sans cesse le bateau. Sortir de sa sieste pour modifier les voiles, encore et toujours. Mieux vaut ne pas trop y penser, mais je peux dire que je me sens fatigué mentalement » reconnaissait le marin allemand dans un triste sourire.

Isabelle Joschke (5e), emmitouflée sous de multiples couches de vêtements, évoquait elle aussi ce changement brutal :  » La nuit dernière ça tapait énormément. J’ai même eu le mal de mer tellement je n’avais plus l’habitude ! ». Et d’avouer une lourde fatigue physique qui l’empêche de renvoyer la bonne toile.

Même écho chez Benjamin Dutreux (10e) dont l’impératif est de reprendre des forces après une ascension dans le mât pour affaler son J2 déchiré en deux, une grimpette dans la mer formée qui l’a transformé en poupée de chiffon dangereusement balloté entre l’espar, et sa voile d’avant. Il s’en sort contusionné et groggy, épuisé par ce gros coup de stress.

Bestaven s’offre un matelas pour ses 48 ans

En ce 28 décembre, aux commandes de la course, Yannick Bestaven, aurait pu se réjouir de souffler ses 48 bougies. Mais le skipper de Maître CoQ n’a pas le coeur à la fête non plus. Dans la lumière rouge de son habitacle (c’était la nuit pour lui lorsqu’il a été joint en visio pour l’émission du Vendée Live), le Rochelais se fait secouer comme un prunier et ses yeux fatigués trahissent son désir : « Il me tarde de sortir des mers du Sud » confesse-t-il.

À l’avant de la dépression qui s’est formée autour du fameux point Nemo – l’endroit de la planète le plus éloigné de toute terre émergée -, Yannick est dans le dur, au portant, certes, mais avec 40 nœuds de vent de Nord-Ouest et une mer de face. Sa position lui garantit de conserver son trône – un siège qu’il occupe depuis 12 jours -, et d’augmenter son matelas d’avance sur son dauphin Charlie Dalin, ralenti au centre de la dépression. Mais à ce stade du parcours, tout le monde veut d’abord arriver en un seul morceau au Cap Horn. Alors on ne fanfaronne pas.

De près ou de loin, cette dépression concerne les 14 premiers bateaux qui naviguent tous dans des vents soutenus, à des vitesses flirtant avec les 20 nœuds. Et on n’en finit pas de s’extasier devant le spectacle d’une meute aussi compacte après plus de 15 000 milles de navigation. 387 milles seulement séparent le premier du 10e. En comparaison, cet écart s’élevait à plus 5700 milles il y a quatre ans ! Or, les rangs pourraient encore se resserrer et les positions faire le yoyo à mesure que la troupe progressera vers le Cap Horn (passage des premiers prévu le 2 janvier) et vers une nouvelle dépression !

Pause technique envisagée pour Le Diraison

Le ventilateur austral est également en marche pour le reste des monocoques qui progressent tant bien que mal vers l’Est dans le train perturbé. C’est même Arnaud Boissières (16e) qui, à la longitude de la Nouvelle-Zélande, détient la palme de la meilleure progression en 24 heures (414 milles).

Derrière, Stéphane Le Diraison (19e) a mis sa course sur pause. Son chariot de hook de grand voile est cassé. Il envisage de s’abriter sous le vent de l’île Macquarie – comme l’avait fait avant lui Louis Burton – pour tenter de réparer. Time for Oceans est actuellement 150 milles dans le Nord-Ouest de cette réserve naturelle vers laquelle il progresse à petite vitesse, grand-voile affalée sur le pont.

Enfin, Alexia Barrier (25e) a sorti le champagne au petit matin (heure française) pour célébrer son passage du Cap Leeuwin. Ari Huusela est le prochain sur la liste.

Ouverture dans le passage de Drake

Le terrain de jeu s’ouvre de part et d’autre du Cap Horn ! En relation avec CLS (Collecte Localisation Satellite), chargé de la surveillance des glaces pour le Vendée Globe, la Direction de Course a descendu 9 des 11 points de la Zone d’Exclusion Antarctique. Cette opération permet d’élargir significativement – 180 milles au lieu de 85 – le couloir de circulation autorisé entre le Cap Horn et l’Antarctique, autrement appelé passage de Drake. Même ouverture pour le début de la remontée vers les îles Falkland avec une marge de 100 milles supplémentaires.

Ils ont dit

Isabelle Joschke, MACSF

On est passé de la pétole dans laquelle je m’étais un peu engourdie, à une bonne dépression avec 30 nœuds établis. Ça va vite, c’est humide, il fait tout gris, ça accélère et ça freine… La nuit dernière, ça tapait énormément. J’ai même eu le mal de mer tellement je n’avais plus l’habitude !

Après mon départ au large du Portugal, je ne m’imaginais pas un tel retour dans le match. J’étais persuadée de ne pas réussir à remonter dans le top 10. C’est un vrai plaisir de jouer avec mes concurrents qui sont tout proches, c’est super motivant, ça donne du peps !

Tout à l’heure, j’étais partie pour faire deux manœuvres, j’ai affalé un gennak et j’avais prévu de hisser un autre gennak. Mais j’étais tellement fatiguée à l’issue du rangement du premier gennak, je n’avais plus la force. Je me suis dit que j’allais repousser à plus tard. Et puis j’accepte, je pars sous J2, c’est comme ça. Ça m’a fait bizarre, ce n’est pas quelque chose que l’on fait en course normalement. Ma priorité, c’est de retrouver des forces. Après ça, je me suis sentie beaucoup plus légère, j’appréhendais moins la dépression avec les 30 nœuds qui nous arrivaient dessus.

Je pense qu’il y a une fatigue de fond. Hier j’avais aussi très mal à la tête, peut-être parce que ça tapait, je ne sais pas.

Benjamin Dutreux, OMIA – Water Family

Mon J2 est déchiré en deux, je suis monté au mât pour ramener le bout de la voile. Je me suis bien fait balloter. On voit qu’on est vraiment peu de chose face aux éléments ! J’ai réussi à ramener le bout de voile donc c’est le principal. Maintenant, il n’y a plus qu’à réparer, mais j’ai aussi pas mal d’autres galères. Ça a bien enchaîné, ça m’a mis un coup au moral. J’essaye de reprendre des forces. J’ai une bonne liste de trucs à faire, mais je suis toujours en direction du cap Horn, c’est le principal. J’ai repris un peu de vitesse, je me suis remis dans la course. Mon option Nord était plutôt bonne donc ça me permet de rester au contact. Si les conditions me permettent de réparer mes voiles sans trop galérer, tant mieux. Je vais voir comment ça se passe !

Les conditions se sont bien durcies. L’avantage, c’est que dans les prochains jours on n’a pas trop besoin du J2, on a surtout du portant. On va croiser les doigts pour aller jusqu’au cap Horn sans avoir trop besoin d’utiliser cette voile.

J’ai 25 nœuds de vent moyen avec des claques à 30 nœuds. On ne pouvait pas aller très vite car la mer était de face, c’était assez « casse-bateau ». J’ai pu accélérer un peu cette nuit, la mer commence à être dans le bon sens.

Le fait de monter au mât, c’est un bon sujet de stress. Physiquement, c’est quand même assez dur dans ces conditions de mer. J’ai fait le pantin et je me suis fait écraser contre le mât et les voiles. J’ai un bon bleu sur la cuisse, j’ai un peu de mal à marcher, c’est un peu contraignant, mais ça va passer. Si j’arrive à me reposer et prendre bien le temps de faire les choses, ça devrait aller.

Sébastien Destremeau, merci

Je me rapproche toujours de la Tasmanie pour m’arrêter dans la baie de l’Espérance afin de réparer, là où je m’étais arrêté il y a quatre ans. J’ai déjà réservé les chambres, les restaurants, le barbecue… la fête quoi !

Pour l’instant, la mer est encore formée et le temps est bruineux : je n’ai plus que 15-18 nœuds de vent. Et je suis toujours sur la bonne trajectoire : je dois empanner d’ici quelques heures pour éviter une bulle anticyclonique qui vient vers moi. Mais je n’irai pas trop Sud, car mon bateau « boîte » un peu : il ne marche que sur deux cylindres… Je devrais refaire totalement un pilote dès que je serai au mouillage : je devrais mettre entre dix et douze jours pour rallier la Tasmanie, vu le petit temps qu’il y a devant moi.

Mais ce qui compte, c’est de se mettre au mouillage et d’attaquer les 48 heures de travail que j’ai programmées : je dois réparer ma bôme qui est cassée, refaire mon pilote automatique qui ne fonctionne plus très bien, repasser une drisse en tête de mât… Je compte sur ma bonne étoile et sur cette baie de l’Espérance qui m’avait porté chance, pour repartir du mieux possible afin de faire ma deuxième moitié de tour du monde, et ce, sans poser le pied à terre. J’ai trouvé des pièces manquantes en « cannibalisant » d’autres éléments du bateau : ça devrait être nickel ! Il faut juste dépouiller Paul pour habiller Jacques… Je suis en relation régulière avec mes frangins, en particulier pour résoudre ce problème de capteur d’angle de barre pour que le pilote fonctionne bien.

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

1. Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, 8967.43 milles de l’arrivée
2. Charlie Dalin, Apivia, à 133.32 milles du leader
3. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 284.7 milles du leader
4. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 315.72 milles du leader
5. Jean Le Cam, Yes We Cam!, à 360.03 milles du leader

Crédit Photo : Y. Bestaven

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– CP –

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