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VG2020 : onze cap-horniers à l’assaut de l’atlantique

Dans une vidéo envoyée ce jour, Bestaven chante à tue-tête devant un merveilleux coucher du soleil. Les conditions de glisse sont parfaites. Côté vocal, ça déraille un peu dans les aigus. Mais côté course, aucune fausse note à déplorer. Le leader déroule une partition parfaite. 

Depuis qu’il a amorcé en tête le virage vers l’Atlantique Sud, le skipper de Maître CoQ IV fait une route limpide. L’après-midi du 4 janvier a défilé à 20 nœuds de moyenne. Aujourd’hui, le bateau rouge a ralenti au moment d’entamer la traversée de la dorsale de l’anticyclone qui étend ses mailles au Nord des îles Falkland. Yannick pourrait empanner cette nuit mais il ne sera pas pour autant sorti d’affaire.

Après s’être engouffré dans le détroit de Lemaire, son principal rival Charlie Dalin (2e à 177 milles) a pris l’intérieur du virage pour tenter de couper au plus court dans les hautes pressions. Le skipper d’Apivia a cavalé toute la matinée au reaching, sur son foil intègre. Mais il a peut-être mangé son pain blanc. Plus proche du centre de l’anticyclone, il flirte avec des vents plus faibles et commence à ralentir. Il lui faudra jouer finement pour échapper aux calmes.

Thomas Ruyant en franc-tireur

Le skipper de LinkedOut sera-t-il récompensé de son audace ? Il est le seul pour le moment à avoir laissé les îles Falkland à tribord et à tenter une attaque de l’anticyclone par l’Ouest… une option risquée qui rappelle sa manière de naviguer lorsqu’il était en Figaro : s’écarter de la meute et taper dans les coins pour y trouver fortune.

Difficile aujourd’hui de tirer des conclusions définitives sur toutes ces options, car l’anticyclone se déplace vers l’Est de manière un peu aléatoire et il suffit de quelques nœuds de plus ou de moins près de son centre pour changer totalement la donne.

En tout cas, le reste de la troupe qui s’est succédé toute la nuit devant le Cap Horn semble suivre « la voie Bestaven » pour le franchissement du col de la dorsale.

Parmi eux, un homme épatant qui semble trouver ses forces dans chacune des galères qu’il surmonte : Louis Burton, l’homme le plus rapide du jour avec ses 18,5 nœuds de moyenne.

Ambiance de fin du monde

Les 11 marins qui ont passé le Cap Horn depuis le 2 janvier ont tous décrit des scènes épouvantables. Des creux de 6 mètres, des vents de 45 nœuds, comme si le Grand Sud voulait faire payer un dernier tribut aux marins, avant de s’effacer dans le sillage turbulent de leurs grands monocoques.
Maxime Sorel a eu droit à un énorme vrac : son bateau est parti à l’abattée et s’est couché, mât à l’horizontale, avant de se faire rosser par les déferlantes. Des filières ont été arrachées par la force des vagues et deux de ses voiles sont passées par dessus bord, qu’il a fallu récupérer à la force des bras…

Boris Herrmann, handicapé par une grand-voile déchirée (et affalée pour être réparée), filmait une mer démontée.

Isabelle Joschke, 11e à passer le Cap Dur ce mardi matin à 5 heures, décrivait une atmosphère de fin du monde.

Même Jean le Cam qui en a vu d’autres – c’était son 7e Cap Horn – racontait son soulagement au passage de cette frontière géographique et météorologique, dans un laconique « ça c’est fait et c’était pas gagné ».

Après Yannick Bestaven, Charlie Dalin, Thomas Ruyant, Damien Seguin, Benjamin Dutreux, Louis Burton, Jean Le Cam, Maxime Sorel, Giancarlo Pedote, Boris Herrmann et Isabelle Joschke, Clarisse Crémer va franchir à son tour le premier Cap Horn de sa jeune carrière de navigatrice. Et elle a hâte ! «  Je suis dans la cartouche avec 38 noeuds établis depuis plusieurs jours… Là, je commence à en avoir marre. Mais je sais que c’est quand on est proche du but qu’on commence en général à péter un câble… » confesse-t-elle.

Elle sera délivrée vers 22 heures ce soir. Armel Tripon y est attendu demain, mercredi, vers 3 heures du matin. Et Romain Attanasio en fin de journée.

A l’arrière, toute la flotte est balayée par les fronts successifs qui parsèment l’océan Pacifique.

Ils ont dit

Yannick Bestaven, Maître CoQ IV

Le vent a molli maintenant, car j’arrive dans l’anticyclone, la mer est calme, il y a une belle lune, un ciel plein d’étoiles, c’est le bonheur. Comme tout anticyclone, c’est dur d’avoir des modèles précis. Mais si on est optimiste, je devrais passer, c’est sûr qu’il va me ralentir, mais il va ralentir tout le monde. Premier sorti, premier servi ! C’est pour ça aussi qu’hier, j’ai mis du charbon pour aller à 100% des polaires du bateau. Il ne faut pas perdre de temps maintenant.

J’étais cramé au Cap Horn, je me suis bien fait secouer. Hier, j’ai oublié de mettre le réveil, je me suis allongé il faisait jour et je me suis réveillé c’était le lever du jour ! J’ai beaucoup dormi, ce qu’on ne fait jamais en course, mais j’ai eu de la chance, le vent n’a pas bougé d’un iota, le bateau était calé à la même vitesse. Toute la nuit, j’ai avancé en dormant, j’ai même repris 40 milles à Charlie ! Ça prouve que j’avais besoin de me reposer.

C’est une nouvelle course qui commence sur un terrain qu’on connaît un peu mieux à partir d’Itajai, dans des vents plus modérés. On va pouvoir tirer sur les machines, voir le potentiel de chacun, ça va être assez marrant de voir les différences de vitesse. Je suis content car sur bâbord, j’ai montré que je pouvais tenir la cadence. J’avais peur de ça, mais je suis content !

Charlie Dalin, Apivia 

C’est une belle nuit de navigation avec la mer qui s’est assagie. On a un ciel étoilé avec la lune, c’est une très belle nuit ! J’étais encore sur la fin du dévent des Malouines, mais là je viens de retrouver du vent, je fais des pointes à 24 nœuds. La petite période avec un peu moins de vent m’a permis de bien récupérer, de faire de belles siestes. C’est cool, je suis en forme ! L’anticyclone, c’est compliqué. J’ai retourné le problème dans tous les sens et je pense qu’il va me passer dessus à un moment donné. Ce n’est pas évident. Je fais des simulations de route pour trouver une solution. J’espère avoir en avoir une, on verra dans 24-48 heures. C’est un anticyclone qui se déplace, ce n’est pas comme un anticyclone de l’hémisphère nord. Il bouge et la stratégie n’est pas évidente. Je vais faire au mieux, en tous cas je suis motivé, remonté, prêt à me battre sur cette remontée de l’Atlantique. Il reste 6 500 milles, je vais tout donner jusqu’à l’arrivée.

A propos du Grand Sud : Pendant 30 jours, je n’ai vu aucun signe de vie humaine. On oublie la vie d’avant, comme on oublie la vie avant la pandémie. Moi, j’ai oublié la vie avant les mers du Sud. Les autres bateaux n’existaient plus, les terres n’existaient plus. Tu es dans un monde d’eau à l’infini. C’est unique au monde de se retrouver dans un endroit où les personnes les plus proches sont les astronautes. Le contraste est fort avec ces derniers jours où j’ai eu le gardien de phare du Horn, j’ai vu un avion de la British Navy qui m’a survolé, et là, le trafic maritime réapparaît. Cela fait penser au film Waterworld. J’ai l’impression de revenir d’un monde d’eau où les terres sont des fantasmes. Je reviens d’une autre planète. J’ai vécu des chose

Isabelle Joschke, MACSF

J’attendais le passage du Cap Horn avec impatience. Les conditions étaient dures, elles viennent juste de commencer à se calmer. La mer était assez grosse, avec du vent fort. Il y a encore des grosses vagues, ça donne des chocs et des embardées assez difficiles pour le bateau. J’ai hâte de rentrer dans le dévent pour que ça se calme. Là il y a un petit rayon de soleil, je revis ! Mais hier soir, j’avais l’impression que le ciel et la mer se fondaient l’un dans l’autre, c’était tout gris, ça donnait une drôle d’atmosphère, ça illustrait bien un passage de Cap Horn.

Maintenant c’est autre chose qui m’attend. Ça ne va pas se faire d’une seconde à l’autre, il y aura une transition, mais la mer sera sans doute plus clémente.

À propos de son avarie de quille : Il va falloir que j’apprenne à naviguer avec ma quille dans l’axe. C’est une perte de performance colossale. Je commence à digérer, ça été très dur car en 3 jours ça été un enchainement avec des problèmes divers et variés. J’avais peu dormi alors moralement c’était dur. Là j’ai beaucoup dormi, ça va mieux. Je suis triste parce que la compétition dans le top 10 va être dure à conserver et c’est ce qui me réjouissait le plus. Je vais apprendre à naviguer autrement, trouver du plaisir ailleurs. Je vais voir où je peux me jauger. Au niveau perte de performance je ne peux pas trop dire, c’est au minimum 20 à 30% de perte, mais ça va dépendre des conditions. (…)
C’était important pour moi de pouvoir vivre ma difficulté pendant deux jours, et de ne pas faire semblant de relativiser trop tôt. Maintenant que j’ai touché le fond, je vais pouvoir remonter !

Miranda Merron, Campagne de France

C’est en train de mollir, ça adonne. C’était maniable cette nuit, les conditions étaient sympas. Il n’y avait pas trop de mer mais là ça commence à changer. Je ne me concentre pas du tout sur la course, je me concentre sur mes problèmes de pilotes. Un des pilotes en mode vent doit avoir un problème de connexion, dès que ça tape, il se coupe. Et l’autre, depuis quelques heures, donne des énormes coups de barre. Il va finir par empanner et c’est hyper dangereux. Là je suis en mode compas. La route est longue ! Je ne vais pas tarder à avoir du vent d’ouest. Avant les pilotes des bateaux n’avaient pas de mode vent… On va faire avec, mais bon ce n’est pas terrible. Et je ne suis pas la seule dans la flotte à avoir ce type de soucis. Anyway, on va faire avec. Ça me stresse à mort, je suis fatiguée, j’ai faim… Mais je ne peux rien faire.

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

  1. Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 6 126.24 milles de l’arrivée
  2. Charlie Dalin, Apivia, à 177.43 milles du leader
  3. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 344 milles du leader
  4. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 417.13  milles du leader
  5. Benjamin Dutreux, OMIA – Water Family, à 612.34 milles du leader

Crédit Photo : Louis Burton

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

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