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VG2020 : Bestaven en maître, le Pacifique en traitre

439 milles. C’est la distance qui sépare désormais Yannick Bestaven, patron de la flotte depuis 21 jours, de son plus proche adversaire Thomas Ruyant. C’est même le plus grand écart jamais enregistré sur la course entre un leader et son dauphin. Mais il n’y a pas encore de quoi faire cocorico. Pendant que le skipper de Maître CoQ IV savoure sa grande mais fragile avance, d’autres dégustent – au sens figuré – dans les fureurs du Pacifique.

Au large de l’Uruguay, Yannick, fraîchement rasé, le visage reposé, semble avoir rajeuni de 10 ans. Il n’est pourtant pas à l’abri de se faire encore quelques cheveux blancs au cours de cette tortueuse remontée de l’Atlantique Sud.

Un chapelet de bulles de hautes pressions et de petits centres dépressionnaires se déploie devant l’étrave du bateau rouge, formant un méandre à travers lequel il faudra trouver le plus court chemin. En attendant d’être ralenti, Maître CoQ IV navigue encore sous l’influence de la dépression qui s’est formée au large de Buenos Aires. « J’ai 15 nœuds de vent de travers » précise son skipper. Mais il sait que l’échappée belle ne sera peut-être que de courte durée. « Il faudra garder la tête froide parce que je vais reperdre beaucoup (…). Je crois que personne ne sait vraiment comment ça va se passer, mais il va falloir être dessus, ce sera du gagne petit, comme en Figaro ».

La complexité de la situation pourrait en effet profiter à Apivia, LinkedOut, Groupe APICIL et de toute la meute lancée aux trousses du patron. Une meute en ordre dispersé ! A l’Ouest, Charlie Dalin et Thomas Ruyant, bord à bord, en ont terminé avec les vitesses à un chiffre. Au près, sur la bordure de la dépression, ils vont devoir réduire la toile dans un vent forcissant, avant de virer de bord (ce soir ?) pour retrouver des allures plus favorables, sur le bord qui convient à leur foil.

400 milles dans l’Est de Charlie et Thomas, Damien Seguin et ses poursuivants longent la barrière des glaces, Cap à l’Est, et composent aujourd’hui avec l’anticyclone. D’ici 48 heures, ces deux groupes vont converger et pourraient avoir rattrapé une partie de leur retard sur Maître CoQ IV.

Chaud devant, sueurs froides derrière

A mesure que la flotte progresse vers le Nord et gagne en latitude, les températures se réchauffent : « J’ai rangé mes grosses polaires, mes gants, la chapka et compagnie, tout ça est au placard ! J’ai sorti mes habits d’intersaison. Dans quelques jours il fera très chaud, voire trop chaud » explique Charlie Dalin. Romain Attanasio qui a passé le Cap Horn à 6h45 (HF) ce matin doit avoir hâte lui aussi de retrouver un climat plus clément.

Et que dire de ceux qui naviguent encore dans le Pacifique ?

Pip Hare dévastée mais combattive

Depuis le 3 janvier, les Cinquantièmes hurlent aux oreilles du groupe emmené par Pip Hare. Sur le dos d’une immense dépression, ces 8 solitaires vivent des jours éreintants, dans 35/45 nœuds de vent (rafales à 60), des grains de grésil ou de neige, une mer grosse et croisée. Dans ce contexte, impossible d’avancer rapidement, sous peine de casser des bateaux déjà usés par 60 jours de mer. Malgré la prudence et les précautions, la mèche de safran bâbord de Medallia a rompu aujourd’hui. Dans une vidéo poignante, la navigatrice britannique a du mal à retenir ses larmes, terrassée par ce coup du sort qui l’oblige à oublier sa course pour privilégier sa sécurité. La peine est aussi intense que la lutte qu’elle mène depuis tant de jours contre les éléments, pour conserver sa 15e place. Pip Hare dispose d’un safran de rechange. Mais impossible pour l’instant de procéder au remplacement. Il lui faut pour cela trouver des eaux moins agitées. Elle est donc contrainte de naviguer à toute petite vitesse, grand voile affalée, en attendant de trouver une opportunité. Elle est déjà prête à repartir au combat.

A 1000 milles du Cap Horn, soit encore trois jours et demi de navigation à la vitesse actuelle des bateaux, tout ce groupe souffre. En dehors d’une légère accalmie vendredi soir, les conditions de navigation vont encore être très rudes sur le chemin de la délivrance.

Ils ne seront pas les seuls à connaître des heures sous tension. Car dès cette nuit, Miranda Merron (23e) et Clément Giraud (24e) vont se faire cueillir par une dépression venue du Nord.

Ils ont dit

Yannick Bestaven, Maître CoQ IV

C’est top d’avoir pu passer l’anticyclone, j’ai pu engranger des milles et faire de la vitesse ensuite, c’est plutôt agréable. Je suis satisfait de ça, mais quand je regarde ce qui va se passer devant… L’élastique va se raccourcir et derrière, ils vont revenir. J’espère qu’il y aura suffisamment de vent pour ne pas m’arrêter.

On dirait qu’on fait tout pour que l’on n’arrive pas vite aux Sables d’Olonne ! La situation est très compliquée, il y a pas mal d’arrêts, il a des minimums dépressionnaires qui vont aspirer tout le vent… Faire une stratégie est compliqué, au gré des cartes ce n’est pas la même chose. Je crois que personne ne sait vraiment comment ça va se passer, mais il va falloir être dessus. Je vais vite mais je me repose aussi beaucoup pour avoir les yeux grands ouverts pendant les 24/48h difficiles qui arrivent et être en mesure d’exploiter les veines de vent. Il faudra faire une route approchante à petite vitesse dans le nord pour récupérer de nouveaux vents. Ce sera un peu « ambiance Figaro », et je sais que j’ai des experts derrière moi. Ce ne sera pas de tout repos ! On va essayer d’avancer vers le but.

Stéphane Le Diraison, Time for Oceans

Je suis impatient d’atteindre le Cap Horn, pour sortir de ces conditions un peu difficiles. On a beaucoup de vent et une mer franchement très mauvaise. Ça va être comme ça jusqu’au Horn. Je m’attends demain à avoir encore du vent. Il commence à y avoir une petite fatigue du froid et des conditions exigeantes. Et puis, de voir les copains qui ont pris le virage à gauche, cela donne envie d’aller les rejoindre. Dans 24 heures, vu ma position, je serai obligé d’encaisser le vent fort. C’est du 40 nœuds fichiers, ça veut dire 50 en réalité. Ce sera ma quatrième dépression. C’est la mer, le plus impressionnant. Les vagues sont hautes et courtes et déferlent. Il faut avoir une certaine vitesse quand même mais pas trop ! J’ai eu une déferlante qui a cassé dans le cockpit. J’ai entendu un grondement comme au bord de la plage, c’était comme si j’étais allé me baigner. Les vagues sont cambrées, donc le bateau accélère très fort et c’est un coup à ce qu’il se casse en deux. Avec Alan (Roura), Cali (Boissières), Jérémie (Beyou), on n’avance pas. C’est particulièrement flagrant pour Charal qui est un bateau rapide, mais qui ne peut pas aller vite. (…) Mon duvet est trempé, tout est trempé dans le bateau. Je débranche mon cerveau. Je ne pose pas de question, surtout pas celle : « Pourquoi m’affliger un tel châtiment ! » J’occulte toute forme de pensée extérieure à la manœuvre, j’ai une mission, je ne pense pas, je n’ai plus faim, je gère les paramètres comme des informations.

Charlie Dalin, Apivia

Je suis au près vers cette petite dépression, ça va être comme ça toute la journée. Je devrais pouvoir virer de bord dans la soirée pour reprendre une route un peu plus Est – Nord/Est. Hier c’était compliqué avec le centre de l’anticyclone.

Maintenant je passe à la suite, j’ai changé de système. Là j’ai une petite phase de vent avec la dépression, je devrais avoir 30 nœuds. La mer n’est pas trop formée c’est plutôt agréable. Après, on devrait rencontrer une nouvelle zone de vent faible, mais le routage change du tout au tout à chaque nouvelle sortie de fichiers météo. Après la situation n’est pas simple, mais il n’y a aucune raison que ce soit simple. La descente n’a pas été simple, le sud n’a pas simple… C’est cohérent, on reste dans le thème !

Dans la zone de vent faible, il va se passer des trucs… La course est loin d’être terminée ! Tant mieux ! Mais en termes de durée de course je ne serai pas étonné qu’on arrive au mois de février. Bon j’exagère peut-être un petit peu… En tout cas je ne pense pas qu’on batte le record de remontée de l’Atlantique.

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

  1. Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 5562.41 milles de l’arrivée
  2. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 439.55 milles du leader
  3. Charlie Dalin, Apivia, à 441.26 milles du leader
  4. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 469.39 milles du leader
  5. Louis Burton, Bureau Vallée 2, à 555.92 milles du leader

Crédit Photo : Pip Hare

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

– CP –

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