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VG2020 : La vie est une fête

Rayonnant depuis près de 80 jours, Armel Tripon irradiait encore en conférence de presse d’avoir vaincu l’Everest des mers. C’est la même euphorie qui « menace » les 14 skippers encore en course et qui, jour après jour, se rapprochent de la maison.

Jaloux, nous ? Même pas. Ceux qui ont suivi les retrouvailles d’Armel Tripon avec le plancher des vaches, ce lundi matin, ont eu droit à un vaccin antimorosité sans prescription ni limite d’âge. Comme à bord de L’Occitane en Provence, Armel Tripon a tenté de répondre à l’injonction d’un camarade photographe qui lui demandait d’avoir l’air sérieux de celui qui revenait des Enfers. Un exercice impossible pour le skipper nantais, porté par la félicité. Pousser les portes en cherchant derrière laquelle se cacherait une pointe de frustration était peine perdue.

« La temporalité de cette course est assez incroyable, a raconté Armel Tripon ce matin aux Sables-d’Olonne. C’est unique, sur sa durée, sur les mers et les paysages rencontrés, mais surtout sur l’engagement qu’on y met. Parfois, on se retrouve pendant un moment à devoir réparer quelque chose et mettre la course de côté. Sur une transat, ça n’existe pas. Ces moments de parenthèses sont hallucinants. On a aussi le temps d’apprécier les choses, l’univers qui nous entoure, cette nature sauvage et brute. Ça fait l’effet d’une grande intensité. Je suis fier d’avoir terminé d’avoir rempli ma mission. Je pense que c’était une vraie gageure d’être au départ en si peu de temps. Voir le niveau d’engagement sur cette course qui est dingue. C’est beau de voir que chacun à ses problèmes et va au bout. C’est une belle philosophie. Chacun se démène pour aller au bout ».

C’est cette philosophie qui pousse Clarisse Crémer sur l’eau, actuellement aux portes du golfe de Gascogne. La navigatrice de Banque Populaire X est à 517,1 milles des Sables, qu’elle devrait rejoindre mercredi au petit matin, vraisemblablement avant 10 heures, heure à laquelle le chenal ne sera plus accessible. Poussée par l’avant d’une nouvelle dépression qui succèdera à Justine, Clarisse mène bon train sur l’Atlantique, rassérénée par la capacité de son bateau à résister aux montagnes russes qui jalonnent sa route.

À sensiblement la même vitesse (16,7 nœuds), Jérémie Beyou (Charal) se dépêche de ramener son IMOCA à bon port. Les ETA le voient pour l’heure sur la ligne dans la nuit de vendredi à samedi : il lui reste 977,1 milles à parcourir. 90 milles dans son nord-ouest, mais bien plus proche au classement (10 milles environ), Romain Attanasio (Pure – Best Western®) s’active pour rester au contact. Il est également attendu samedi.

Il faudra attendre un peu plus pour connaître l’épilogue du match qui, moins de 2 000 milles de la tête, met aux prises Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle, 1 761,1 nm), Kojiro Shiraishi (DMG Mori Global One, 1 795,4 milles), Stéphane le Diraison (Time for Oceans, 1 865,3 nm), Alan Roura (La Fabrique, 1 871,6 nm), Pip Hare (Medallia, 2 030,0 nm) et Didac Costa (One Ocean One Planet, 2 038,5 nm). Laissons le jeune Suisse résumer la situation, par écrit, et ce matin : « Ça va être la guerre. Ça risque d’être un finish assez mémorable. Je pense que notre flotte va arriver assez groupée. Qui sera en tête ? Pas simple. Sur le papier, c’est Kojiro qui gagne, mais pour le reste du trio… Jaune ? Bleu ? Orange ? » Le benjamin doit se presser : il n’a presque plus de café.

Manuel Cousin (Groupe Sétin), qui pointe 700 milles derrière (2 724,0 nm de l’arrivée, exactement, à 15 heures), aux portes du pot au noir. Ce n’est jamais mauvais présage pour un amoureux du café, mais c’est un peu loin pour avitailler le Suisse en or noir. Le Vendéen d’adoption mène actuellement le jeu dans ce match à trois qui l’oppose à Clément Giraud (Compagnie du Lit – Jiliti) et Miranda Merron (Campagne de France, 2937,7 nm). Premier ralenti, Manuel Cousin avançait à 10,9 nœuds sur 4 heures cet après-midi, moins bien que Clément Giraud (14,9 nœuds) et Miranda Merron (14,0 nœuds).

À 4 717,6 milles des Sables, Alexia Barrier (TSE – 4myPlanet) tient la dragée haute à Ari Huusela (Stark, 4 788,0 milles). Les deux semblent s’être partiellement dépêtrés de la zone anticyclonique qui les collait à la piste. Ce ne sont pas encore les alizés dans lesquels Sam Davies (Initiatives-Cœur) progresse hors course, mais ça commence à y ressembler. Mais pour l’heure, au près dans 18 nœuds de vent, ça secoue !

Ils ont dit

Clément Giraud, Compagnie du Lit – Jiliti

J’ai pris cher à la sortie de l’anticyclone il y a 3-4 jours. Là, je me retrouve avec les grains, les nuages, à 180 milles de la terre. J’avais du vent Nord tout du long et je me suis fait un peu avoir. Moralement ce n’était pas simple. J’avais l’impression de ne pas savoir pourquoi, de ne pas avoir assez anticipé. Mais je n’aurais rien pu faire de plus.

Je redécouvre une configuration de voiles que je ne connaissais pas, car je ne l’avais pas appliquée depuis le début et ça marche bien. J’apprends encore des choses sur mon bateau.

La direction du vent est assez régulière, mais j’ai des variations de 30 degrés et des oscillations de 8 nœuds depuis 3 jours. J’ai 25 nœuds, là. La mer n’est pas démontée, ça me permet de faire de beaux surfs. À l’aller, j’étais resté bloqué 4 jours dans le pot-au-noir, c’était très dur sportivement. L’objectif est de bien négocier l’anticyclone qui se cale, car il est assez gros. C’est lui qui va déterminer la suite du parcours. Je ne sais pas encore la stratégie que je vais adopter, car il y a du vent fort pendant peu de temps, mais le problème est que ça va arriver au niveau des Açores, et l’état de la mer dans cette zone n’est pas favorable. Il ne faudra pas s’y attarder. Je vais me décider au dernier moment. Le tout est de ramener le bateau et le bonhomme en bon état, je vais rester prudent. Le bonhomme commence à être fatigué. En ce moment, je profite des moments un peu plus calmes pour essayer d’accumuler plein de sommeil, car je pense que ça sera plus compliqué après. Je veux me remplumer avant d’aller me remettre dans ces dépressions.

Stéphane Le Diraison, Time For Oceans

Je suis content que la mer se soit un petit peu calmée, c’était cool de faire de belles distances comme ça, on allait à 16-18 nœuds, mais c’est exigeant, car il y a beaucoup de mer. On est un peu cassé en deux après avoir buriné pendant plusieurs jours. Ça fait du bien de faire une pause fraicheur là. On est un peu dégouté de devoir faire le tour de la paroisse, on passe très à l’ouest des Açores, on se rajoute du chemin. On n’aura vraiment pas été chanceux sur la météo jusqu’au bout.

Je suis content d’avoir pu rejoindre les concurrents de devant. Je n’aurais pas parié dessus avec tout le retard que j’avais au cap Horn. Cette dorsale va m’aider, car ça va ralentir par devant et ça me permet de les recoller. Il va falloir rester opportuniste. Il faut réussir à être malin pour réussir à repartir avec eux. On va avoir une fin de course sympa, avec du contact. On en a pas mal discuté ensemble. Si on est là, c’est qu’on a eu pas mal d’ennuis, chacun a des choses qui le gênent. Aujourd’hui, il faut trouver le bon dosage entre la compétition, l’envie de faire du mieux possible et arriver au bout de cette course. Je ne veux pas prendre le risque de casser le bateau pour juste gagner une place. On n’est plus très loin du but, donc ce n’est plus très évident. C’est très intéressant. Il faut aussi se ménager, car il n’y a pas que le bateau qui est fatigué. C’est un paramètre essentiel à intégrer.

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

  1. Clarisse Crémer, Banque Populaire X, à 517.06 milles de l’arrivée
  2. Jérémie Beyou, Charal, à 977.07 milles du 12e
  3. Romain Attanasio, PURE – Best Western®, à 987.36 milles du 12e
  4. Arnaud Boissières, La Mie Câline – Artisans Artipôle, à 1 761.07 milles du 12e
  5. Kojiro Shiraishi, DMG MORI Global One, à 1 795.38 milles du 12e

Crédit Photo : B. Le Bars

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