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MOD 70 European Tour: Chronique d’une victoire

Michel Desjoyeaux, Xavier Revil, Charles Caudrelier, Thierry Chabagny, Antoine Carraz, Manu Le Borgne, Alban Rossolin,  Nicolas Texier et Julien Falxa ont été les artisans de ce succès dans un contexte de concurrence redoutable entre les 5 équipages en lice. Pour Michel Desjoyeaux, cette ultime victoire signe aussi la fin d’une belle aventure de 5 ans avec son partenaire FONCIA. Et le début d’une nouvelle histoire….

Dans cet European Tour, le Team FONCIA a remporté deux des cinq grandes étapes au large (Kiel-Dublin et Around Portugal), une City Race (Kiel) mais a surtout été l’équipage le plus régulier de la flotte, monopolisant systématiquement les podiums (sauf dans la City race de Cascais). Une constance dans le haut du tableau qui leur a permis d’occuper la tête du classement général pratiquement de bout en bout, mais sous la menace constante de leur principal rival Spindrift racing.

Une vraie dynamique à bord
Pour FONCIA, la spirale vertueuse s’est enclenchée dès le coup d’envoi de l’European Tour fin août en Allemagne (Kiel) où le team gagne coup sur coup les régates inshore, puis la grande étape à destination de Dublin. Ces premiers succès seront le déclencheur d’une fine mécanique faite de confiance, de motivation et d’envie au sein d’un groupe. Car au delà du palmarès cumulé de l’équipage (un vainqueur de la Volvo Ocean Race, de la Solitaire, trois détenteurs du Trophée Jules Vernes, un vainqueur de l’America’s Cup etc..), il fallait que la mayonnaise prenne.

« Il n’y a pas de secret, dit Michel Desjoyeaux. En plus du temps que nous avons passé sur l’eau en avant-saison à régater et s’entraîner, une partie de l’équipe se connaît depuis longtemps, je pense notamment à Xavier Revil, Manu Le Borgne, Antoine Carraz et ma pomme. Et de vraies valeurs ajoutées qui sont arrivées cette année. Pas besoin de se parler beaucoup, chacun apprécie les compétences de l’autre. Il y a eu une vraie dynamique entre des gens qui prenaient du plaisir à travailler, naviguer et à gagner des régates ensemble. Plus une équipe technique autour qui n’a pas ménagé sa peine non plus… »

Un équipage stable
Le fait de n’avoir pratiquement pas renouvelé l’équipage pendant ces 30 jours de compétition s’est aussi révélé aussi une stratégie payante. « Pour moi, poursuit Michel, l’inverse aurait été contre productif. C’est la première saison avec ces bateaux là, donc toute navigation est riche en enseignement et toute expérience ainsi accumulée doit être conservée à bord. Faire rentrer de la chair fraiche, c’est bien, mais c’est aussi en contrepartie, du savoir faire et de l’acquis qui s’envole. » Charles Caudrelier, le navigateur du bord confirme : «  Il faut toujours un peu de temps pour apprendre à se découvrir, pour que la confiance s’installe, pour se rendre compte que dans certaines situations untel sera meilleur pour régler le bateau ou pour barrer. Chacun a trouvé sa place au fur et à mesure et à la fin, on ne se posait plus de question. Notre niveau collectif est bien meilleur à la fin de la course ».

Michel le manager
Pour gagner une course en équipage, il faut aussi un bon chef d’équipe, un bon skipper-manager. « Mon style de management ? Il faudrait le demander à l’équipage ! Je suis exigent avec moi même et je le suis par voie de conséquence avec ceux qui s’engagent à mes côtés dans ce genre d’aventure. J’ai tendance à demander un fort engagement, mais les gars étaient déjà dans cette dynamique là. Je n’ai pas eu besoin de botter les fesses de qui que ce soit  ou de les motiver, ils l’étaient déjà bien assez comme ça ! De toute façon, ce sont des bateaux très exigeants. Il n’y a pas de place pour l’à peu près, pour le dilettantisme ! J’ai pas mal délégué, mais il est vrai que j’ai l’habitude de tout faire tout seul et parfois, mes mauvaises habitudes de coureur solitaire reprennent le dessus. Il y a eu de petits couacs de temps en temps, on n’a pas toujours été d’accord, il y a parfois eu des quiproquos, des moments de tension, surtout dus à la fatigue. Mais on a toujours été capable de se remettre en question, d’évoluer. On ne s’est jamais atermoyé sur nos erreurs. Nous sommes toujours passés outre, nous avons continué d’avancer et à nous satisfaire des choses positives. »

Un joli cadeau d’adieu à FONCIA
Cette victoire dans l’European Tour est aussi la dernière sous les couleurs de FONCIA, fidèle partenaire de Michel Desjoyeaux depuis 2007…

« Une page se tourne. Depuis 5 ans, je réalise qu’on a fait du monocoque (2 bateaux), du catamaran, du trimaran, avec presque partout autant de succès, en solo, en double, en équipage, sur eau douce et salée. Je suis content d’avoir apporté toutes ces belles lignes de palmarès de la voile française à FONCIA et à ses 7000 collaborateurs. C’est une manière de leur rendre ce qu’ils m’ont donné, d’honorer la confiance qu’avaient placée en moi Jacky Lorenzetti puis Yves Gévin. J’espère que ces gens là continueront à suivre nos aventures. Elles ne seront plus sous les couleurs de FONCIA. Mais toutes les belles histoires ont une fin… »

La suite…
Le MOD70 FONCIA repartira vendredi de Gênes pour un convoyage retour (10 à 12 jours de mer) vers sa base de Port la Forêt. Le trimaran sera hiverné et révisé entièrement avant de reprendre du service « le plus vite possible », sur un circuit MOD70 qui a fait ses preuves dès sa première saison. Quant au programme hivernal de Michel : «  je vais naviguer pendant 3 mois devant mon ordinateur pour suivre cette belle course qu’est le Vendée Globe. Je vais avoir un œil sur tous les marins, mais sur quelques-uns en particulier (François Gabart  et Jérémie Beyou notamment, dont les projets sont liés à Mer Agitée). »

Autre dossier urgent : trouver un nouveau partenaire pour écrire encore quelques belles lignes dans la petite histoire de la voile française…

Classement du MOD70 European Tour

  1. FONCIA (Michel Desjoyeaux) avec 284 points
  2. Spindrift racing (Yann Guichard) avec 282 points
  3. Race For Water (Stève Ravussin) avec 244 points
  4. Musandam-Oman Sail (Sidney Gavignet) avec 242 points
  5. Groupe Edmond de Rothschild (Sébastien Josse) avec 228 points

Bonus : Le billet de 20 euros
« Je ne suis pas du genre superstitieux, ça pourrait me porter malheur » dit souvent Michel. Quand on lui demande quel a été le petit plus, le petit supplément du team FONCIA par rapport à son grand rival Spindrift racing, il raconte pourtant cette anecdote : « On a fait tout le Tour de l’Europe avec un billet de 20 euros dans la cuisine. Personne ne l’a utilisé, même pas pour aller boire une bière, ou s’acheter des chocolats. Ce billet est resté là. Sauf une fois, pendant les City race de Cascais : notre seule contreperformance. Le billet avait disparu. Tout le monde s’en est aperçu et toute une histoire s’est nouée à bord atour de ce fameux billet de 20 euros. Il a promptement été replacé dans la cuisine pour le restant de l’épreuve ! »

Crédit Photo: Mark Lloyd Mod S.A

Tags sur NauticNews: MOD 70Michel DesjoyeauxFONCIA

– CP –

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