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VG2020 : Escoffier en sécurité, Dalin en ouvreur

Après bien des péripéties dues à des conditions musclées au Sud-Ouest de l’Afrique du Sud, Kévin Escoffier a pu être récupéré par Jean Le Cam sur son monocoque Yes We Cam! À l’issue de ce sauvetage, toute la flotte a repris la course, avec Charlie Dalin en tête qui a passé la longitude du Cap de Bonne-Espérance ce mardi à 0h11’ (heure française). Apivia navigue désormais dans l’océan Indien, poursuivi par Thomas Ruyant et Louis Burton.

Pour les solitaires qui ont participé à la récupération du skipper de PRB la nuit dernière, le Jury International se réunira prochainement pour statuer sur les temps attribués à chacun des participants. Sont concernés : Jean Le Cam (Yes We Cam!), Yannick Bestaven (Maître CoQ IV), Boris Herrmann (SeaExplorer – Yacht Club de Monaco) et Sébastien Simon (ARKÉA PAPREC) à des degrés divers en fonction de leur détournement et du temps passé au sauvetage. Pas d’impatience : il faut du temps pour statuer au plus juste.

Quant à Kévin Escoffier à bord du monocoque de Jean Le Cam, il devrait être transféré au plus tôt, mais à cette heure, la décision de se détourner n’a pas été prise. Ce sauvetage périlleux dans une dépression plutôt active avec 30 nœuds de vent et des rafales à 40 nœuds sur une mer forte avec des creux de plus de cinq mètres, n’a pas été simple et la Direction de Course en collaboration avec le CROSS Gris Nez et le MRCC Cape Town, a parfaitement réussi à coordonner tous les intervenants.

Sur la route des Kerguelen

Charlie Dalin a pu continuer sa route car, avec plus de 250 milles de décalage (soit 400 km environ), il ne pouvait intervenir et se devait d’aller vite pour éviter les zones météo complexes qui essaiment au Sud de l’Afrique du Sud. Le skipper d’Apivia a ainsi franchi la longitude du Cap de Bonne-Espérance à 00h11 ce mardi, puis est entré dans l’océan Indien très au large du cap des Aiguilles. Après 22 jours 9 heures 51 minutes depuis son départ des Sables d’Olonne, Charlie Dalin a donc franchi la longitude du Cap de Bonne-Espérance mais le solitaire a été nettement moins rapide qu’Alex Thomson il y a quatre ans (17j 22h 58’). Il faut souligner que le Britannique avait mis moins de huit jours pour rallier l’Afrique du Sud depuis l’équateur quand Charlie Dalin a cumulé plus de douze jours avec 8 505 milles au compteur, dus en grande partie au détour de l’anticyclone de Sainte-Hélène dans l’Atlantique Sud…

Avec plus de 200 milles de décalage, Thomas Ruyant (LinkedOut) devrait lui aussi entrer dans l’océan Indien avant la nuit, mais il est désormais sous la « menace » de Louis Burton (Bureau Vallée 2) qui a choisi une route nettement plus méridionale, 200 milles plus au Sud, à raser la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA). Si les milles sont plus courts sur le parallèle 45° Sud que sur celui du 40°Sud, le positionnement du Malouin est lié aussi à l’arrivée d’une nouvelle dépression australe dès mercredi : le vent de Nord-Ouest qui précède le front froid l’obligera à remonter vers Madagascar et il devrait ainsi croiser la route de Thomas Ruyant.

La course continue avec Charlie Dalin en ouvreur

 La course a en effet repris ses droits et une centaine de milles seulement sépare dorénavant neuf solitaires… Qui devraient donc aborder différemment la prochaine perturbation puisque Sébastien Simon, Boris Herrmann, Jean Le Cam, Yannick Bestaven, Damien Seguin et Benjamin Dutreux sont plutôt entre le 40° Sud et le 41°30 Sud, tandis que Giancarlo Pedote, Sam Davies et Isabelle Joschke naviguent autour du 43° Sud… Et s’ils ne devraient pas être impactés par le retour des hautes pressions sous le continent africain dès jeudi soir, la situation est plus délicate pour Romain Attanasio et Clarisse Crémer qui pourraient voir Stéphane Le Diraison et Alan Roura revenir dans leurs tableaux arrière…

Quant aux 2e et 3e pelotons, ils déboulent à plus de 12 nœuds (voir 15 pour certains), les uns poussés par une nouvelle dépression australe et emmenés par Armel Tripon (L’Occitane en Provence) et Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle), les autres dans les alizés de secteur Nord avec Clément Giraud (Compagnie du lit – Jiliti) et Alexia Barrier (TSE-4myPlanet) en ouvreurs… Et pendant ce temps, le Japonais Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One) a déjà débordé deux solitaires et Jérémie Beyou (Charal) revient sur la queue de flotte.

Ils ont dit

Yannick Bestaven – Maître CoQ IV

On avait un triangle de dérive défini avec l’organisation. On était dehors, trempé, avec 5m de vagues de travers… Une fois qu’il a été repêché, la pression est retombée. Tu as tellement d’adrénaline, quand ça retombe, c’est dur. C’est dur de remettre le bateau en route après ça. En plus, j’ai eu une merde juste après sur un safran. Avec la fatigue et tout, j’étais vraiment explosé. Mais quelle bonne nouvelle, bravo vraiment ! J’ai un peu dormi là. J’avais envie de dormir, mais aussi de reprendre ma route. Je ne savais quelle voile mettre…

Juste après, on a eu Kévin (Escoffier) à la VHF : il nous a raconté ce qui s’était passé, ça fait froid dans le dos. Il était au taquet. Il a eu ‘du cul’ quand même ! Vraiment bravo à tous, la direction de course, Christian Dumard avec les courants de dérive… Tout le monde a bien gardé son sang-froid. Ça fera partie des belles histoires du Vendée Globe ! 

Boris Herrmann – Seaexplorer – Yacht Club de Monaco

J’ai été appelé par la direction de course pour me dire que j’étais le deuxième concurrent le plus proche après Jean (Le Cam). Je devais être en stand-by, mais très vite ils m’ont demandé de me dérouter pour aller sur zone. J’ai mis un peu plus de deux heures pour y aller. On avait chacun une zone définie pour les recherches. J’ai fait route pour le secteur qui m’avait été attribué. Traverser mon secteur m’a pris une heure. Après deux heures de recherches j’ai eu la bonne nouvelle, quel soulagement !

C’était fantastique de voir que la régate bascule d’une seconde à l’autre sur une priorité comme celle-là, beaucoup plus importante que la régate, qui est de sauver Kévin. Merci à l’organisateur d’avoir pris cette mesure très conséquente. C’était très bien organisé.

Alexia Barrier – TSE – 4myplanet

Hier, je me suis dit qu’on était dans le « vrai » Vendée Globe. C’est une course évidemment, mais c’est avant tout une histoire de solidarité. Quand j’ai vu Kévin (Escoffier) dans son radeau, Alex (Thomson) qui abandonne, de la casse par-ci par-là, je me suis dit qu’on y était… En attaquant le grand Sud, on rentre dans le vif du sujet du Vendée Globe. Je suis contente de naviguer avec Miranda (Merron) et Clément (Giraud) : bien sûr, j’ai envie de les battre, mais ça me rassure d’arriver dans le Sud avec eux.

Pip Hare – Medallia

Je regarde la flotte qui m’entoure dans cette partie de l’Atlantique Sud et je sais qu’ils seront là pour moi et moi pour eux si nous en avions besoin. Je vais prendre soin de moi, Medallia va prendre soin de moi. J’ai un immense respect pour Jean Le Cam, Jacques Caraës (directeur de course), Boris Herrmann, Yannick Bestaven et Sébastien Simon, qui ont tous travaillé sans relâche pour sauver Kévin. Je les remercie.

CLASSEMENT 15:00 Heure Française

1. Charlie Dalin, Apivia, à 17 340.9 milles de l’arrivée
2. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 218.16 milles du leader
3. Louis Burton, Bureau Vallée 2, à 258.87 milles du leader
4. Sébastien Simon, ARKÉA PAPREC, à 409.98 milles du leader
5. Damien Seguin, Groupe APICIL à 414.41 milles du leader

Crédit Photo : SAEM Vendée

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

– CP –

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