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VG2020 : Arrêts buffet et terminus

Alex Thomson est arrivé à Cape Town dans la matinée. Sébastien Simon devrait s’y amarrer entre samedi et dimanche. Pour les deux hommes, le port sud-africain est la dernière escale de ce 9e Vendée Globe. Ils ne sont plus que 29 marins en course. 12% des bateaux au départ des Sables d’Olonne ont abandonné, des chiffres, qui, à l’entrée du Grand Sud n’ont malheureusement rien d’exceptionnel. On sait que les statistiques du Vendée Globe sont mauvaises et qu’en moyenne, seule la moitié des concurrents parvient à revenir dans le port vendéen.

« C’est  triste, pour chacun des abandons car l’engagement dans chaque projet est énorme. Mais abandonner est une éventualité à laquelle il faut se préparer avant le départ » expliquait Armel Tripon, le skipper de L’Occitane en Provence, pendant le Vendée Live ce midi.

Sur un tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance, l’excellence et le mérite ne sont pas les seuls juges de paix. Et la logique sportive est parfois bafouée par les aléas de la course. Le favori Alex Thomson et le bizuth Sébastien Simon, auteur d’une superbe descente de l’Atlantique Sud qui l’avait propulsé en 4e position, ne méritent pas ce qui leur arrive. Pas plus que Nicolas Troussel et Kévin Escoffier. Mais ils devront, malgré tout, composer avec ce sentiment d’injustice. Un sentiment aggravé par le fait que le Vendée Globe est une course rare. Comme les Jeux Olympiques, il n’a lieu que tous les quatre ans…

Ce sont peut-être ces pensées qui ont assailli Sam Davies au lever du jour ce vendredi 4 décembre, et qui l’ont fait fondre en larmes sur le pont de son bateau, malgré sa bonne nuit de sommeil, la présence d’un soleil réconfortant et d’albatros majestueux. La navigatrice d’Initiatives-Cœur n’a pas encore jeté l’éponge. Elle se dirige vers Cape Town pour s’abriter dans la baie et tenter de réparer. Elle devrait atteindre son but demain, samedi, à la mi-journée.

Sur la piste défoncée de l’Indien

Un peu plus de 30% du parcours a été réalisé par les hommes de tête. La « descente » de l’Atlantique » (Nord et Sud) n’a pas été fulgurante. Parions que la traversée de l’océan Indien sera très rapide. Portés par un immense système dépressionnaire qui s’étend presque jusqu’au Cap Leeuwin (en Australie), les 7 premiers navigateurs alignent des moyennes journalières de plus de 400 milles. Et encore, ils ont plutôt tendance à être sur le frein. La raison ? C’est Yannick Bestaven, qui la dévoile : « Je ne sais pas si c’est ça le Grand Sud, mais c’est invivable à bord ! La mer est démontée, le bateau cogne dans tous les sens. Ça tape trop fort. Se lever est dangereux, se faire un café est dangereux (…) le bateau est constamment sous l’eau (…) je vis comme un sanglier, je ne fais que des choses essentielles et vitales ». C’est probablement le prix à payer pour se retrouver en 4e position poursuit-il. « Besta » réalise pour le moment une superbe course, en compagnie d’un excellent Damien Seguin, premier bizuth de ce top 5.

Leader de ces échappées du Grand Sud, Charlie Dalin n’est pas toujours le plus rapide. En 48 heures, son dauphin Louis Burton lui a repris 100 milles. En voilà un autre qui impressionne depuis son option très Sud, fin novembre, et malgré ses 6 heures de pénalités écopées depuis le départ. Certes, le skipper de Bureau Vallée 2 n’est pas un bleu. C’est son 3e Vendée Globe. Sa préparation discrète mais efficace dans son fief de Saint-Malo, loin des centres névralgiques habituels de la course au large, participe à son statut de franc-tireur. « Mais rien ne m’étonne venant de lui, confiait aujourd’hui sa compagne, la navigatrice Servane Escoffier. Il a un mental d’acier et même s’il n’a pas le même pedigree que certains, cela fait 10 ans qu’il progresse. C’est un super marin ». Et un passionné de Formule 1, amoureux des grandes vitesses !

De Dalin à Sorel (même si ce dernier se bat pour rester accroché au wagon)  –  ce groupe qui cavale dans 20 à 30 nœuds de vent sur une mer que Damien Seguin qualifiait de « défoncée », est en train de créer le break.  Respectivement 12e et 13e, Romain Attanasio et Clarisse Crémer se sont fait rattraper par les hautes pressions et ont vu leur vitesse dégringoler aujourd’hui (moins de 10 nœuds). Ils vont bientôt se faire distancer.

Et que dire du reste de la troupe qui poursuit vaillamment sa route malgré les pépins du quotidien et un anticyclone de Sainte-Hélène envahissant ? La moitié de la flotte navigue encore en Atlantique Sud. Les derniers ont désormais 10 jours de retard sur Apivia et consorts.

Ils ont dit

Yannick Bestaven – Maître CoQ IV 

Ce n’est plus les grands surfs d’il y a deux jours. C’est ambiance « sous-marin », le bateau est constamment sous l’eau. Il me tarde d’avoir de la mer un peu mieux rangée pour me faire un peu plus plaisir. Je vis comme un sanglier, je ne fais que les choses essentielles et vitales. Quand tu veux aller te laver les dents dehors tu prends des risques… Cette nuit,  le bateau est parti au tas. Je ne compte plus le nombre de fois où je me fais projeter de ma bannette. Là, tu serres les fesses ! Mais bon je ne me plains pas, ma vitesse est bonne sur les quatre dernières heures, mais c’est vraiment dans l’inconfort le plus total. C’est rassurant d’avoir du monde autour, on l’a vu pour Kévin (Escoffier) il y a quelques jours. On n’est pas non plus à côté les uns des autres, ça reste des zones où il ne faut pas avoir d’emmerde. Si ça continue comme ça, il faudra peut-être penser à lever le pied. Ça me paraît compliqué de faire trois semaines comme ça…

Giancarlo Pedote / Prysmian Group 

La mer est croisée, il faut adapter la vitesse du bateau à l’état de la mer. Il fait 13°C dans le bateau, je suis en sous-couche. On a fermé l’arrière, ça permet à l’humidité de ne pas trop rentrer. Je découvre la vie du Sud !

J’ai actuellement 16 à 23 nœuds de vent. Dans le ciel, il y a des cumulus, l’air est très très compact, alors il faut modifier sa façon de naviguer, car ça pousse plus dans les voiles. On a une belle houle de plus de 4 mètres. On enfourne souvent. C’est « mode conduite 4×4 », il faut faire attention.

Damien Seguin / Groupe APICIL 

Ce n’est pas du tout apaisé : la mer est défoncée, c’est vraiment mal pavé dans le coin ! Surtout qu’elle a changé légèrement de direction et je l’ai plus par le travers. Ce n’est pas très agréable pour le bateau comme pour le skipper. Ça saute les vagues et on a l’impression de passer des dos d’âne tout le temps. Et il y a encore pas mal de vent : il faut savoir temporiser car on est encore sur le dos de la dépression australe. Mais on va enfin quitter la zone du Cap de Bonne-Espérance et les méandres du courant des Aiguilles, ça devrait s’améliorer prochainement.

La zone des glaces a été remontée au niveau de l’archipel de Crozet et on va pouvoir glisser après, mais cela va dépendre de la météo. A chaque jour suffit sa peine… Le champ s’ouvre un peu plus stratégiquement : on risque moins de se faire coincer sur la ZEA. Le quotidien reste assez rude ! Je ne mets pas souvent le nez dehors, parce que déjà, l’état de la mer est impressionnant, et surtout ça mouille énormément… Je suis complètement trempé si je sors, et en plus, ça commence à pincer : il fait 7°C à l’extérieur et probablement pareil à l’intérieur. Ça rend la vie dans le bateau plus difficile : on est déjà un peu du style « ermite », un peu cloîtré devant la table à cartes, en essayant de faire les bons choix de voile sur du long terme (parce qu’on ne va pas manœuvrer tout le temps), et de savoir où est-ce qu’on veut aller ou ne pas aller !

On sent bien que ceux qui reviennent pour la deuxième, troisième, quatrième fois dans ces mers du Sud ont incontestablement un avantage, parce qu’ils savent comment gérer ces choix, comment faire la part des choses entre manœuvres et performances. L’expérience n’a pas de prix dans le Sud ! L’ambiance, c’est plutôt gris, même si j’ai eu le droit à quelques rayons de soleil au petit matin. Mais après, ce fut pluie, grêle, grains : je ne m’attends pas à voir le Père Noël sur son traineau au coin d’une vague, mais tout de même, si ça continue comme ça, il va neiger ! C’est vraiment nouveau pour moi et il faut que je m’y habitue parce qu’il ne faut pas que je me demande en permanence ce que je fais là… On est tout de même un peu emprisonné dans notre bateau.

Clarisse Crémer / Banque Populaire X

C’est un peu trop paisible ce matin, ça fait plusieurs jours que je me demande à quelle sauce je vais être mangée avec cet anticyclone qui gonfle derrière moi. Et ce matin, c’est un peu – beaucoup – trop calme, comme on dit. Je me suis embarquée trop Nord, les fichiers disaient un peu n’importe quoi. J’avais un vent qui était 40 degrés plus à gauche que prévu. Je voulais vraiment raser la zone des glaces et malheureusement je n’ai pas trop réussi. Je me suis faite embarquer dans une zone qui n’est pas géniale ! J’espère que je ne vais pas y rester bloquée toute la journée ! Moi en ce moment, c’est sûr que ce n’est pas du tout ambiance tempête. Il y a 7 nœuds de vent là… J’espère vraiment que ça ne va pas durer trop longtemps. C’est assez énervant de ne pas réussir à suivre ses routages, quand ça ne se passe pas comme prévu… Mais c’est vrai que les événements des derniers jours, m’apprennent à relativiser. Tant que mon bateau flotte, que je suis en bonne santé et que j’arrive à avancer vers l’objectif, c’est que tout va bien !

Le pauvre Alan (Roura) s’est fait engluer dans l’anticyclone de Sainte-Hélène quand il a eu ses problèmes de vérins de quille. Ils sont tout un petit groupe derrière. Moi je suis un peu toute seule dans mon coin. J’aimerais bien réussir à ne pas me faire trop larguer par Romain (Attanasio) mais il a une position vraiment plus avantageuse. Ça risque de ne pas être ‘folichon’ en termes de régate et de classement dans les prochaines heures… J’ai remis ma grand-voile haute, et j’ai une grande voile d’avant pour essayer d’aller vite. Je fais ce que je peux, mais il y a pas mal de houle et il fait méga froid !

CLASSEMENT à 18h00 Heure Française

1. Charlie Dalin, Apivia, à 16 254 milles de l’arrivée
2. Louis Burton, Bureau Vallée 2, à 140,74 milles du leader
3.Thomas Ruyant, LinkedOut, à 213,06 milles du leader
4. Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 382,9 milles du leader
5. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 386,86 milles du leader

Crédit Photo : Stéphane Maillard

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– CP –

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