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VG2020 : Le chant de Maître Coq

Au matin de ce 39e jour de course, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) a pris la tête du Vendée Globe. En succédant à Thomas Ruyant (LinkedOut), le Rochelais devient le 8e leader de ce Vendée Globe qui a connu, ce midi, les compensations attribuées par le jury de course aux solitaires déroutés pour porter assistance à Kevin Escoffier le 30 novembre.

Ce mercredi matin, tout en bas là-bas le long de la zone d’exclusion antarctique, par 54° Sud, dans un flux assez constant de 20 nœuds de vent de Nord-Ouest, Thomas Ruyant et Yannick Bestaven se sont croisés, et ont empanné. Seuls en tête depuis que Charlie Dalin (Apivia) a été contraint de les laisser passer lundi, le temps de fabriquer une nouvelle cale basse sur laquelle son foil bâbord doit prendre appui, le Nordiste et le Charentais-Maritime se sont fait la malle. Yannick Bestaven a pris la tête du Vendée Globe. Il est le 9e leader de ce Vendée Globe, après – dans l’ordre –, Jérémie Beyou (Charal), Maxime Sorel (V and B – Mayenne), Jean Le Cam (Yes We Cam!), Damien Seguin (Groupe APICIL), Benjamin Dutreux (OMIA – Water Family), Alex Thomson (HUGO BOSS), Thomas Ruyant (LinkedOut) et Charlie Dalin (Apivia).

Depuis le départ, et plus encore depuis les contreforts de l’anticyclone de Sainte-Hélène, Yannick Bestaven se sent comme un Maître CoQ en pattes sur son IMOCA à foils de 2015, ex-Safran. Si son monocoque avait connu un court Vendée Globe en 2016-2017 après que Morgan Lagravière eut assisté à une rencontre malencontreuse entre un de ses safrans et un OFNI, ce plan VPLP Verdier n’a cessé de monter en fiabilité et performance, d’abord entre les mains de Roland Jourdain et son écurie Kaïros, puis sous la couveuse mise en place par Jean-Marie Dauris, directeur sportif et technique, et Stan Delbarre, le boat captain depuis le rachat du quasi sistership du Banque Populaire vainqueur du Vendée Globe 2016-2017. Au plus près de l’orthodromie dans la matinée, Yannick Bestaven a pointé son étrave vers l’Est, direction la longitude de la Tasmanie, que le leader devrait couper demain, entrant alors dans les eaux du Pacifique. Une étape au moins aussi symbolique que le franchissement du Cap Leeuwin. Cet après-midi, le Rochelais était toujours le plus rapide de la flotte sur les quatre dernières heures (19,9 nœuds) juste derrière Jérémie Beyou (Charal), qui poussait depuis la 21e place à 20,2 nœuds dans un tout autre système météo.

Bestaven, Le Cam, Herrmann « réparés »

Ce qu’il convient de noter, c’est que Yannick Bestaven a fait partie des quatre skippers qui se sont déroutés dans la soirée du 30 novembre pour aller porter secours à Kevin Escoffier, naufragé dans les mers du Sud, à l’Ouest des longitudes de l’Afrique du Sud. Ce midi, le skipper de Maître CoQ IV a obtenu réparation du jury international du Vendée Globe, qui lui a attribué 10h15 de temps compensatoire pour son intervention sur la zone du naufrage, et ses conséquences.

Georges Priol, Président de ce jury international composé de cinq membres, a signifié ce midi que Boris Herrmann (SeaExplorer – Yacht Club de Monaco) et Jean Le Cam (Yes We Cam!) étaient également crédités d’un temps de compensation de respectivement 6 heures et 16h15. Sébastien Simon (ARKÉA PAPREC), qui avait lui aussi été dérouté, a malheureusement été contraint à l’abandon.

Interrogé lors de l’émission Vendée Live, Georges Priol a expliqué le procédé : « Ces décisions arrivent après pas mal de travail. On reçoit une demande de ‘redresse’ de la part du Président du Comité de course, Christophe Gaumont. On demande à la direction de course (dirigée par Jacques Caraës) de nous donner les temps, et de nous fournir un scénario de ce qu’il s’est passé sur l’eau. Pour décider, on prend en compte le temps pendant lequel le temps a été hors course, ce qui donne une première estimation du temps. Puis on prend en compte la fatigue, et le stress sur l’eau. Nous savons très bien qu’ils ont utilisé énormément d’énergie, qu’ils ont vécu quelque chose de très dur. (…) On utilise une procédure qui est spécifique à la course au large : on n’est pas confronté directement aux différentes parties de l’instruction. Puis on communique avec les skippers concernés. Et tous ces échanges prennent du temps ». Ces temps de compensation seront déduits de leur temps de course une fois la ligne d’arrivée franchie. Cette mission incombera au Président du comité de course, Christophe Gaumont, en temps utile.

À grands pas vers le Pacifique

Derrière les deux leaders, 25 autres bateaux encore en course progressent dans l’Indien. Reparti il y a 24 heures après avoir achevé ses réparations, Charlie Dalin (Apivia) a jugulé l’hémorragie. Son retard sur le duo était de 149,2 milles au classement de 15 heures ce mercredi. Le Normand évolue déjà dans le flux qui prendra du Nord dans les heures à venir et proposera 25 nœuds a priori réguliers dans une mer d’Ouest de 3 mètres environ.

À 459,1 milles derrière Yannick Bestaven, Jean Le Cam a gagné un peu de marge sur le groupe avec lequel il a navigué à vue hier, dans les vents faibles. Portés par un vent d’Ouest de plus de 20 nœuds (sur les fichiers), mais sans doute gênés dans leur descente vers la ZEA par une bulle de hautes pressions qui émerge de l’Ouest de la zone des glaces, le Roi Jean et ses compagnons de route (Damien Seguin, Benjamin Dutreux, Boris Herrmann et Louis Burton) devraient conserver une trajectoire plus au Nord que le trio de tête.

Plus loin enfin, le groupe formé d’Alan Roura (La Fabrique), 15e, et d’Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle), Stéphane Le Diraison (Time for Oceans), Manu Cousin (Groupe Sétin), Pip Hare (Medallia) et Didac Costa (One Ocean One Planet) évolue sur un fil entre l’anticyclone des Mascareignes au Nord et la dépression qui va se creuser ce jeudi dans le Sud, et qui leur promet des vents supérieurs à 35 nœuds et une mer bien formée. Mieux vaut garder les deux pieds sur le fil, effectivement.

Ils ont dit

Charlie Dalin (Apivia) 

Ce fut une journée de dur travail à bord d’Apivia. Quand l’avarie est arrivée, c’était un choc et une déception immense, car la première chose que je me suis dite, c’est que c’était fini, que je ne pouvais pas continuer comme ça. Ça a été un moment difficile. Mon équipe s’est mobilisée en mode « Apollo 13 ». Ils ont la liste du matériel que j’ai à bord, ils m’ont proposé une solution pour réparer. Il y a eu beaucoup de découpes de carbone à faire, il a fallu redessiner la pièce de carbone à partir d’un plan puis faire le collage avec le bout de mousse pour faire un sandwich… Puis il a fallu ajuster la pièce. J’étais suspendu à une drisse à l’extérieur du bateau pour mettre la pièce en place. Après, j’ai fait un nombre incalculable d’aller-retour dans le bateau pour remettre des coups de meuleuse pour ajuster la pièce. Je voyais le jour qui commençait à baisser, j’étais un peu à bout de force. Heureusement, une heure avant la nuit j’ai réussi à encastrer la pièce. J’ai déroulé une voile et j’ai dormi toute la nuit. Ce fut beaucoup d’émotions, beaucoup d’énergie. Quand j’ai reçu la procédure de l’équipe, j’avais l’impression d’avoir une montagne infranchissable devant moi, c’était énorme. J’ai pris ça étape par étape. Ça fait du bien d’avoir réussi à le faire. Je relativise beaucoup, ça remet les choses en perspectives par rapport aux petits problèmes que j’ai pu avoir avant. J’ai perdu pas mal de temps, mais je ne m’en sors pas si mal. Je suis à portée de tirs de mes deux compères ! Je suis à égalité avec Thomas (Ruyant) en termes de souci de foil. Ils ne sont pas loin, je les ai en ligne de mire. Je n’ai plus rien à perdre, je vais naviguer à fond pour les raccrocher.

Thomas Ruyant (LinkedOut)

Ah, cet océan Indien avec ses mers croisées et courtes ! C’est dur de trouver la bonne toile. Je suis en bâbord amures, ça va aller mieux, même si le VMG portant, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour les foilers. Ce qui est sûr, c’est qu’on fait cap à l’Est, avec en majorité du bâbord amures et quelques empannages. Ce sera une route plein Est pendant un bon bout de temps, au moins jusqu’à après-demain. Il y aura peut-être des transitions à négocier avec un peu moins de vent. J’ai eu quelques infos sur le problème de Charlie, c’est malheureux, car on était un bon petit groupe, mais il n’est pas loin derrière. Je sais qu’il a la niaque, il saura revenir, et les écarts ne sont pas dingues. La course est encore longue. Je suis content d’être en tête à mi-tour du monde. Yannick Bestaven est très l’aise dans ces conditions, il a l’air d’aller plus vite que moi. C’est un bon compagnon de route pour se jauger. On s’est eu à la VHF, on s’est croisé à 7 milles, c’était marrant de discuter… C’est la première fois que j’arrive dans les Cinquantièmes. Il y a quatre ans, je m’étais arrêté en Nouvelle-Zélande, je ne suis jamais allé aussi Sud… et ça caille dans le Sud. J’ai fermé la porte, j’ai fait une charge moteur, j’en ai profité pour faire sécher mes pieds près du moteur. Cette nuit, j’ai eu froid. Je navigue porte fermée pour garder de la chaleur dans l’habitacle. On sent qu’on est dans les mers du Sud !

Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) 

Ça m’a bien remonté le moral d’avoir du vent, dans la bonne direction, et de refaire de la stratégie par rapport au positionnement des dépressions. C’est ce qu’on vient chercher dans le grand Sud, donc je suis super content ! Dans six jours, ce sera l’Australie, j’ai envie de dire « enfin » ! J’ai plus de quatre jours de retard sur mes temps de 2016, ce qui est quand même incroyable. Ces quatre jours, je les ai pris dans l’océan Indien, sèchement. J’aurais mis quasiment 40% de temps en plus entre le Cap de Bonne-Espérance et le Cap Leeuwin. Je suis content d’avancer et de faire route vers l’Est, car j’ai déjà perdu pas mal de temps en chemin. La route est encore longue et il peut se passer pas mal de choses pour tout le monde, même si les écarts avec le groupe de devant sont abyssaux.

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

1. Yannick Bestaven, Maître CoQ IV, à 12 239,3 milles de l’arrivée
2. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 15,86 milles du leader
3. Charlie Dalin, Apivia, à 149,16 milles du leader
4. Jean Le Cam, Yes We Cam!, à 459,12 milles du leader
5. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 477,43 milles du leader

Crédit Photo : JM Liot

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– CP –

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