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VG2020 : les trois fantastiques

À cinq jours de l’arrivée, le scénario de la course est toujours aussi incertain. Pourtant, Charlie Dalin, Louis Burton et Boris Herrmann semblent avoir pris un léger avantage qui pourrait s’accroître dans le week-end. Derrière, Armel Tripon englobe les miles, Alan Roura a été obligé de plonger, Alexia Barrier et Ari Huusela s’apprêtent à vivre le chaos et Jean Le Cam s’épanche sur une arrivée qui s’annonce riche en émotion.

Dalin-Burton-Herrmann, un trio se détache…

Ils sont trois à appuyer sur l’accélérateur. Il n’y a pas que Louis Burton qui a réussi à prendre le fameux couloir de vent de Sud, alimenté par une dépression secondaire qui se creuse. Charlie Dalin, même s’il bénéficie de 4 à 5 nœuds de moins que son rival, et Boris Herrmann y sont parvenus aussi. Cette route leur permet de continuer leur progression avec un objectif : bénéficier dès samedi soir d’une nouvelle dépression qui génère des vents de Sud-Ouest. « Entre les deux, il y a une zone de vent moins soutenu », décrypte Sébastien Josse, consultant météo du Vendée Globe. En somme, le suspense est toujours intense mais pour avoir une vue claire des forces en présence, il convient d’ajouter que dans la dernière ligne droite, selon le positionnement des empannages, il faudra compter sur la vitesse d’APIVIA en bâbord amure qui permet d’utiliser son foil opérationnel. Boris Herrmann pourrait être avantagé à l’arrivée puisqu’il bénéficie d’une compensation de 6 heures après s’être dérouté pour le sauvetage de Kevin Escoffier.

Pour les principaux concernés, l’heure est à la concentration maximale. « Les prochaines heures de course seront déterminantes pour conserver le bon rythme », confiait Boris Herrmann au Vendée live en anglais. Charlie Dalin, lui aussi, évoque « un finish serré » : « l’issue du match n’est pas claire encore mais je continue à naviguer du mieux possible ».

…. Chez leurs poursuivants, sentiments mitigés

Derrière les trois leaders actuels, les poursuivants ne bénéficieront probablement pas de l’enchaînement des deux systèmes dépressionnaires. « Ils vont continuer à faire du Nord, abonde Christian Dumard, le météorologue du Vendée Globe. S’ils n’arrivent pas prendre le premier système, ils devraient bénéficier du second système qui est beaucoup plus vaste ». Giancarlo Pedote (Prysmian Group), qui fait partie de ce groupe, ne dit pas autre chose : « On va continuer de faire route vers le Nord pour suivre la rotation du vent. Et dès qu’on sort de cette zone anticyclonique, on prendra les vents de la dépression pour faire du portant et du reaching jusqu’aux Sables d’Olonne ».

Pour l’Italien, rien n’est joué (« dans la voile, tout est possible »). Pourtant, certains sont plus mesurés, comme Jean Le Cam (Yes We Cam !) : « Ça va être compliqué d’être dans le match jusqu’au bout, on a pris un paquet de retard ». Invité du Vendée Live, Benjamin Dutreux pense aussi que « ce sera très difficile. Il faut juste s’évertuer à aller à notre rythme et à naviguer ‘propre’ jusqu’au bout ».

Derrière, une remontée aux allures de chevauchées

Armel Tripon (11e) continue d’avaler les milles à vitesse grand V. L’Occitane en Provence, peu ralenti par le Pot au Noir, est le 2e de la flotte à avoir parcouru la plus longue distance en 24 heures (360 milles). Cela lui permet de réduire l’écart avec Maxime Sorel (10e, V and B – Mayenne) qui s’établit désormais à moins de 240 milles. Difficile d’imaginer qu’Armel Tripon ne parviennent pas à le dépasser…

Roura, un plongeon et du vent !

Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle) et Alan Roura étaient englués, hier après-midi, dans un « mini » Pot au Noir. On a compté parfois moins de deux nœuds pour les deux hommes ! Le skipper de La Fabrique a profité de cette accalmie pour… Plonger ! « Alan est allé sous la carène pour voir s’il n’y avait pas de délimage », confie Jacques Caraës, le directeur de course. Le Suisse a également tenté de monter au mât mais les conditions ne s’y prêtaient pas. Mais, fidèle à ses habitudes, garde sa motivation intacte : « je suis remonté à bloc ! »

Alexia Barrier et Ari Huusela, seuls face au chaos

Ils pointent à près de 6 000 milles de la tête de course. Et pour Alexia Barrier (TSE – 4myplanet) et Ari Huusela (STARK), l’heure n’est pas vraiment à penser au retour aux Sables d’Olonne. Les deux skippers affrontent en effet des conditions particulièrement musclées alors qu’ils s’approchent de la Terre de Feu. Depuis huit jours, ils bataillent dans le même système dépressionnaire qui leur a emmené son lot de grains, de pluie et même de grêle… Le vent devrait même forcir dans les prochaines heures : à l’approche du Cap Horn, des rafales de 45 nœuds et des creux de 5,50 m sont à attendre. « Le Cap Horn, ça se mérite », souligne Alexia Barrier à raison.

Déjà la tête à l’après

Difficile pour les rescapés du Vendée Globe de n’être focalisés que sur la course. Si Giancarlo Pedote a affirmé qu’il ne pensait qu’à ce rush final, ce n’est pas le cas des autres. Jean Le Cam (Yes We Cam !) s’est ainsi longuement épanché sur l’arrivée : « J’essaie de ne pas trop y penser parce qu’on a tous vécu des choses très fortes, très intense. À l’arrivée, ça va se libérer, ce sera une explosion d’émotions, c’est difficile de savoir comment on va réagir. » Romain Attanasio (Pure – Best Western ©), lui, voit plus loin : « Je suis passionné de voile alors forcément, on réfléchit avec mon équipe à la suite, à la façon d’améliorer le bateau, à savoir comment on poursuit le projet. C’est impossible de ne pas se dire qu’après une telle aventure tout commence. Moi aussi j’ai envie de batailler avec mes camarades à bord d’un bateau qui vole ! »

Ils ont dit

Giancarlo Pedote, Prysmian Group

Pour le finish, on sait que dans la voile tout est possible, on ne peut jamais savoir ! Je ne pense pas trop au classement, je suis concentré à faire une belle course, une belle trajectoire. On ne sait pas trop dans quel état sont les bateaux de devant. Il reste 2 000 milles, c’est énorme, c’est une course entière et c’est un finish de dingue. J’ai vu qu’hier les modèles météo ont encore changé. Ça va être rigolo, c’est super ! J’ai envie de faire la régate jusqu’au bout !

Jean Le Cam, Yes We Cam!

Ça va être compliqué d’être dans le match jusqu’au bout, sauf si les bateaux de tête ont des problèmes, car on a quand même un paquet de retard. Pour moi, ça va se jouer entre Apivia (Charlie Dalin), Bureau Vallée 2 (Louis Burton) et l’outsider Seaexplorer – Yacht Club de Monaco (Boris Herrmann). L’arrivée, ce sera forcément compliqué. Ça a été une course hyper difficile. Je ne sais pas comment ça va se passer. Plus la course est difficile, plus l’arrivée est intense. Et là on a vécu un truc de malade, je n’avais jamais connu ça avant. Donc ce sera forcément très intense. C’est dur d’imaginer ce qui va se passer tant que tu n’y es pas. Mais tu sais que d’un coup, ça se libère, c’est une bombe atomique, un feu d’artifice ! C’est une explosion d’émotions.

Alan Roura, La Fabrique

J’ai réussi à ne pas trop mal avancer cette nuit, mais mon ami Cali (Arnaud Boissières) est repassé devant. Et ça, ça ne va pas du tout ! Pourtant, je n’ai pas l’impression d’enfiler des perles, loin de là. J’ai fermé l’œil une heure, en cumulé, cette nuit, à la belle étoile. J’ai installé mon petit lit dans le fond du cockpit, déjà parce qu’il faisait 32°C. Je reste gonflé à bloc, j’ai envie de sortir au plus vite de cette zone car je commence à saturer. Je suis tellement motivé que j’en oublie que mon bateau est handicapé.

Stéphane Le Diraison, Time for Oceans

J’ai eu une voie d’eau par un puits de foils. J’ai dû pomper plus de 2 mètres cubes de flotte ! C’est la trappe de visite du foil bâbord qui a explosée, celle de tribord m’avait déjà fait des misères dans l’océan Indien… C’est sous contrôle maintenant ! Hier, en quelques minutes j’ai changé de masse d’air ! J’étais dans une atmosphère plutôt tempérée et d’un seul coup, il y a eu une bouffée d’air tropical qui est venue la remplacer… C’était saisissant ! Et comme j’arrive à me faufiler comme une anguille entre des bulles sans vent, tout va bien à bord. Cap au 20°, route parallèle à la côte brésilienne…

Didac Costa, One Planet One Ocean

Je me souviens qu’en 2016, il était assez difficile d’accrocher les alizés. Cette fois, il semble que ces derniers jours jusqu’à l’arrivée seront plus faciles. Je me souviens aussi de la sensation de commencer à penser qu’il ne reste plus grand-chose pour terminer un nouveau tour du monde. Il est difficile de penser que je navigue depuis tant de jours. Maintenant et pour l’instant, il est temps de continuer à être très attentif. Il sera difficile de s’approcher d’un autre bateau, mais malgré tout, je suis motivé pour finir le plus vite possible et pouvoir descendre sous les 100 jours de mer !

CLASSEMENT à 15h00 Heure Française

  1. Charlie Dalin, Apivia, à 1789 milles de l’arrivée
  2. Louis Burton, Bureau Vallée 2, à 12 milles du leader
  3. Boris Herrmann, Seaexplorer – Yacht Club De Monaco, à 64 milles du leader
  4. Thomas Ruyant, LinkedOut, à 100 milles du leader
  5. Damien Seguin, Groupe APICIL, à 117 milles du leader

Crédit Photo : B.Herrmann

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

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