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Route du Rhum : Loïck Peyron à mi-parcours, coup de vent sur les retardataires

En début d’après midi, à une trentaine de milles au nord de la Corogne, Bob Escoffier s’est fait hélitreuiller par la marine espagnole. A 12h55, le marin malouin déclenchait sa balise alors que son bateau, Groupe Guisnel (Classe Rhum), était victime d’une voie d’eau importante de source non identifiée. Sain et sauf, il a été transféré à la base de Vivero. Après ceux de François Angoulvant (Class40) et de Pierre Antoine (Multi50), c’est malheureusement le troisième hélitreuillage opéré depuis le départ de Saint Malo. Avec 21 bateaux hors-course à ce jour, il reste encore 70 concurrents en route vers la Guadeloupe.

L’échappée belle du Maxi Solo Banque Populaire VII
A 1 700 milles de la Guadeloupe, Loïck Peyron vient de franchir la barre de la mi-parcours de cette 10e Route du Rhum-Destination Guadeloupe. A ce stade, il profite d’une confortable avance de 170 milles sur Spindrift 2, soit 10% de la distance qui reste à parcourir. Les jeux sont-ils joués pour autant ? Non ! Répond du tac au tac l’intéressé. La voie semble pourtant toute tracée, d’autant que les grands trimarans vont bientôt entrer dans un régime d’alizés plus établi. Il y aura peut-être quelques empannages à caler et certainement quelques mistoufles autour de la Guadeloupe. Pour le skipper du Maxi Solo Banque Populaire VII, le jeu consiste à faire marcher son trimaran au mieux sans faire de bêtises et à contrôler ses poursuivants. Au grand large des Canaries, la navigation, à peine contrariée par quelques grains, est estivale : 25 degrés en journée, pleine lune la nuit. Les multicoques progressent toutes voiles dehors et les marins profitent de chaque occasion pour dormir et recharger les accus.

Nouveau coup de vent
A deux jours et demi de navigation des Ultimes, du Sud-Ouest des Açores où passent les premiers IMOCA et les Multi50, jusqu’au golfe de Gascogne où naviguent encore une poignée de retardataires contrariés par des escales techniques, le tableau est radicalement différent. Tout le monde navigue au près dans du vent de Sud-Ouest soutenu à l’orée d’une dépression. Le front qui s’annonce pour la soirée de ce jeudi sera assez violent, les plus fortes rafales atteignant les 55 nœuds. Les bateaux les plus touchés seront ceux qui évoluent dans le golfe de Gascogne et jusqu’au niveau du cap Finisterre. Ils sont une dizaine dans ce cas, un mélange de Class40 et de Classe Rhum qui seront tous sous haute surveillance dès ce soir. Quelques marins en arrêt technique à la Corogne ont sagement décidé de temporiser avant de reprendre la mer. ..

Ultimes : les riches s’enrichissent
Qui pourra arrêter le grand trimaran bleu, en tête de la course depuis le 2 novembre au soir ? Le Maxi Solo Banque Populaire VII est le seul à être passé comme une fleur sous l’anticyclone des Açores, s’économisant les manœuvres pendant que ses poursuivants ont multiplié les empannages pour sortir d’une zone de vents erratiques. Résultat : Loïck Peyron bénéficie ce soir d’une avance de plus de 170 milles, avance qu’il pourra faire fructifier puisqu’il devrait être le premier à toucher des alizés établis. Dans son sillage, Yann Guichard s’accroche à bord de son gigantesque trimaran de 40 mètres, tandis que Lionel Lemonchois, re-boosté après quelques heures de sommeil, appuie sur la pédale d’accélérateur pour ne pas se faire décrocher. Derrière ce trio de tête, Idec Sport (plus lourd et moins puissant) et les « petits » 70 pieds se font inexorablement distancer. En queue de peloton, Yann Eliès (Paprec Recyclage) a déjà plus de 580 milles de retard.

IMOCA : Gabart augmente l’écart
Un œil dans le rétroviseur pour surveiller Jérémie Beyou (Maître Coq), un autre sur les fichiers météo et la cartographie, le skipper de Macif joue une partition parfaite… depuis son départ en tête de Saint-Malo. Si Beyou était revenu hier dans son tableau arrière, ce n’est plus le cas aujourd’hui. François Gabart file désormais vers le sud des Açores 45 milles devant son plus proche poursuivant. Mais il va falloir maintenant négocier les zones de molle au sud de l’archipel. Ce soir, le vent va basculer au nord-ouest tout en perdant un peu de vigueur, permettant aux IMOCA de naviguer plus confortablement. L’heure est donc aux choix tactiques pour les solitaires et à la réparation des avaries du bord. Si pour les six IMOCA en approche de l’île de Santa Maria au sud des Açores, le pire est derrière eux, Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) navigue par 30 nœuds de vent, au près, au large du cap Finisterre. Une toute autre ambiance…

Multi50 : course-poursuite en tête de flotte
Le skipper de FenêtréA Cardinal avait prévenu : « Arkema Région Aquitaine est devant, l’idée est de le manger ». Erwan Le Roux a donc cravaché dur ces dernières 24 heures pour rejoindre son rival et réduire l’écart à moins 9 milles. Il s’agit désormais d’une course-poursuite entre les deux leaders au classement. Erwan Le Roux a visiblement mis du charbon : il avance 2 nœuds plus vite que Lalou Roucayrol. Les cinq multicoques de 15,24 m encore en course, comme les IMOCA, attendent avec impatience la bascule de vent (de l’ouest au nord-ouest) qui devrait leur permettre de choquer les écoutes et enfin naviguer à plat. Mais le passage au sud des Açores ne sera pas simple et certainement très tactique pour se faufiler entre les tentacules de l’anticyclone, ces bulles sans air qu’il faut à tout prix éviter.

Classe 40 : Thibaut Vauchel-Camus, en tête vers les alizés
De nouveau sous l’influence d’un front, la tête de flotte de la Classe 40 progresse ce jeudi au près dans un vent de 15-20 noeuds de Sud-Ouest.  Aux commandes depuis la nuit dernière, Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en peloton) tire les bénéfices de son décalage au Sud. Bien inspiré, ce bizuth du Rhum ouvre, à 9 noeuds de moyenne, la route qui mène aux alizés que les premiers devraient rejoindre à l’horizon des 24-48 prochaines heures, offrant la perspective de bientôt hisser le spi pour goûter enfin aux saveurs de la glisse aux allures portantes. Dans son sillage, une première hiérarchie se construit autour de dix bateaux réunis en 70 milles. Plus en arrière, aux abords du cap Finisterre et dans les eaux du golfe de Gascogne,  la course menace de prendre une toute autre dimension. Le passage du vaste système dépressionnaire oblige en effet les retardataires de retour en course après avoir fait une escale à de nouveau faire le dos rond dans le plus fort de la tempête.

Classe Rhum : baston attendu au cap Finisterre
Hors de l’hélitreuillage de Bob Escoffier ce jeudi après-midi par les sauveteurs espagnols (voie d’eau sur Groupe Guisnel), plusieurs solitaires ont préféré se détourner vers les côtes espagnoles pour s’abriter : le Portugais Ricardo Diniz (Parisasia.fr) fait route vers La Corogne tout comme Benjamin Hardouin (Krit’R V) qui a escorté Bob Escoffier lors de son avarie ; Christophe Souchaud (Rhum Solitaire-Rhum Solidaire) rallie le port espagnol de Bayona. Le Finlandais Ari Huusela (Neste Oil) qui a largement débordé le cap Finisterre devrait aussi éviter le gros de ce coup de vent qui doit rapidement passer cette nuit. Anne Caseneuve (Aneo) en profite pour augmenter son écart longitudinal face au l’Italien Andrea Mura (Vento di Sardegna) toujours pointé en tête mais à 250 milles plus au Nord ! Enfin, la bagarre est âpre entre quatre solitaires à portée de lance-pierre : Wilfrid Clerton (Cap au Cap Location), Pierre-Yves Chatelin (Destination Calais), Jean-Paul Froc (Groupe Berto) et le doyen britannique Robin Knox-Johnston (Grey Power).

Heures estimées d’arrivée en Guadeloupe
Ultimes : Lundi 10 novembre à la mi-journée (heure de Paris)
Imoca : Le 15 novembre
Multi50 : Le 16 novembre

Ils ont dit

Yann Guichard, Ultime, Spindrift 2
« Cela n’a pas été simple. Ce qui est bien, c’est que nous n’avons pas trop manœuvré. Cela m’a permis de bien me reposer mais l’alizé n’est pas très bien établi. Il y avait une petite zone sans vent qui était devant nous et c’est pour cela que Loïck s’est bien échappé. J’ai réussi à m’en sortir un petit peu mieux que Prince de Bretagne et le groupe de derrière. Là cela avance, c’est un alizé pas très fort, il y a des petits grains entre 12 et 20 nœuds. Il faudra minimiser les manœuvres pour que j’arrive au bout physiquement parce que c’est vrai que je suis fatigué voire très fatigué »

Marc Guillemot, IMOCA, Safran
« Dès que le vent sera un peu calmé, avant d’arriver dans les alizés, j’aurais une dernière tâche à faire, je serais obligée de faire une petite grimpette en haut du mât pour récupérer et tourner ma drisse de spi qui a fait un tour autour du mât. Les petits soucis du marin en mer ! Depuis ce matin, je vois une voile rose qui se rapproche de moi ; il se trouve que la drisse de spi a arraché l’antenne de VHF et l’AIS, donc je ne peux pas être repéré. J’ai eu Lalou Roucayrol (Multi 50 Arkema Région Aquitaine)via la VHF de secours. Il est au vent à deux trois milles de moi. C’est sympa. »

Erwan Le Roux, Multi50, FenêtréA Cardinal
« Arkema Région Aquitaine est devant donc l »idée c’est de le manger. Pour le manger, il faut quand même mettre un peu de charbon et jouer l’équilibriste entre mettre du charbon et rester à l’endroit. Il faut trouver la bonne synergie. On a du vent d’ouest entre 15 et 23 nœuds et les conditions de mer sont relativement calmes, c’est plutôt plat donc favorable à la vitesse. On a eu un petit front à passer cette nuit. Ce front m’a tout retourné dans le bateau. Ce n’est pas encore ça l’organisation du bord. Il faut que cela s’organise un peu mieux. Je n’ai pas bien mangé et surtout pas bien dormi. Il va falloir y remédier assez rapidement. »

Ari Huusela, Classe Rhum, Neste Oil
« Dure nuit sur le bateau et ça continue ! Le vent varie de fort à très fort, bousculant le bateau dans les vagues. J’ai fait un recalage dans l’Ouest pour suivre les prévisions météo quand le vent est devenu contraire. Il devrait revenir au Nord-Ouest dans l’après-midi et je pourrais alors faire route vers les Açores. Je suis en déficit de sommeil et je ne suis pas à 100% opérationnel : la bannette est juste à côté de la descente et le ciré à poste en permanence…»

Thibaut Vauchel-Camus, Class40, Solidaires en peloton
« Je suis super content. J’ai fait confiance au schéma de course que l’on m’a donné pour les 46 premières heures.  Je bénéficie aussi des soucis de certains de mes concurrents, je pense à Nicolas Troussel et essentiellement aussi à Sébastien Rogues (GDF Suez). La position que j’ai été chercher est a priori la bonne, je suis en pointe devant, prêt à sortir le spi. Au début c’était rythmé et assez sport.  On a eu des grains assez surprenants à plus de 40 voire 50 nœuds donc il fallait vraiment être dedans et là maintenant on va dire que je prends mon rythme, je m’alimente à nouveau beaucoup plus qu’avant, j’essaie de caser des petites siestes de temps en temps. J’ai un grand bord tout droit, au près pendant encore 24-30 heures. »

Crédit Photo : Loïck Peyron

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– CP –

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