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Route du Rhum : Deuxième salve d’arrivées, les premiers Multi50 attendus jeudi

Les temps de course dans cette catégorie sont exceptionnels. Dans le sillage du nouveau record établi par Loïck Peyron (7 jours 15 heures 8 minutes et 32 secondes), tous les bateaux ont franchi la ligne en moins de 48 heures, le dernier d’entre eux, Paprec Recyclage, après 9 jours et 5 heures de mer. Ces jolis chronos, comparables à ceux des Orma (trimarans de 60 pieds) dans l’édition de 2006, sont dus à une météo très propice à la vitesse. 85% de la course s’est déroulée au portant, puisqu’après 30 heures de navigation seulement, dès le passage du cap Finisterre, les géants  de cette Route du Rhum Destination Guadeloupe déboulaient  vent dans le dos.

La fête se prépare pour les Multi50
Le tapis rouge du ponton de la darse de Pointe à Pitre est désormais déroulé pour les Multi50 ( 5 solitaires en course). Jeudi en milieu de journée (heure locale), Erwan Le Roux (FenêtréA-Cardinal) et Lalou Roucayrol (Arkéma Région Aquitaine) seront les premiers à le fouler. Mais dans quel ordre ? L’approche de l’arc antillais reste délicate avec des lignes de grains épars, comme autant de pièges pour les marins. La foudre est d’ailleurs tombée non loin du bateau d’Yves Le Blévec (Actual), grillant une partie de son électronique. Et pour un final en apothéose, il y aura les 50 derniers milles autour de la Guadeloupe, théâtre de deux rebondissements hier chez les Ultime. Lalou Roucayrol n’est  qu’à 100  milles d’Erwan Le Roux lequel reconnaît ne pas être à l’abri d’une mauvaise surprise…

Violents grains sur la route
Autres arrivées imminentes : celle des premiers Imoca. Dominateur depuis le passage du cap Fréhel, François Gabart (Macif), devrait en finir  vendredi matin avec sa toute première Route du Rhum. Poussé par un Jérémie Beyou combattif malgré quelques déboires, le double vainqueur du Vendée Globe reste le plus rapide sur l’eau, avec des vitesses moyennes de 1 à 2 nœuds supérieures à ses concurrents.  Pourtant, la progression des monocoques vers la Guadeloupe au milieu de grains orageux violents est particulièrement pénible.

Grosse session d’empannages
Dans le nord-ouest du Cap Vert, les Class40 en bavent. Plein vent arrière, dans un vent qui bascule parfois de plus de 50 degrés et des grains qui font monter l’anémomètre, les solitaires  ont passé leur nuit à s’adapter aux moindres caprices de l’alizé. Le leader catalan Alex Pella  ( TALES 2 Santander) confiait avoir empanné 25 fois. Même programme chargé pour son poursuivant Kito de Pavant (Otio-Bastide Medical) qui n’a cessé de manœuvrer… un exercice toujours délicat la nuit, maintenant que la lune a déserté. Un quatuor s’est démarqué en tête, avec Thibaut Vauchel Camus (Solidaires en Peloton)  et Yannick Bestaven (LE CONSERVATEUR). A force de faire des zig et des zag sous spi, les vitesses de progression vers le but  (encore 1500 milles à parcourir) s’en ressentent, avec des moyennes n’excédant pas les 10 nœuds.

Une partie de la flotte dans l’anticyclone
En Classe Rhum, Anne Caseneuve (ANEO), qui évolue en compagnie des premiers Class40 à bord de son multicoque de 50 pieds, poursuit son cavalier seul en tête dans des alizés perturbés.  400 milles plus loin, mais toujours en 2e position, ce n’est plus du tout la même course pour le tenant du titre Italien Andrea Mura  ( Vento di Sardegna), en train de se faire prendre dans les airs légers de l’anticyclone des Açores. Avec une dorsale qui s’étend en biais des Açores au large du Maroc,  cette situation concerne une bonne partie de la flotte Rhum. Certains marins comme le Guadeloupéen Willy Bissainte (Tradysion Gwadloup), démoralisé à la vacation du jour, ou encore Pierre Yves Chatelin (Destination Calais) progressaient cet après-midi à moins de 2 nœuds !

Ils ont dit:

Erwan Le Roux, Multi50, FenêtréA Cardinal :
« La délivrance ce sera sur la ligne d’arrivée ! Je me méfie du tour de la Guadeloupe comme de la peste, Lalou Roucayrol pourrait sans problème… Les conditions commencent à être instables, les vitesses vont s’inverser, Arkema devrait reprendre des milles au fur et à mesure de la journée, pour arriver tous les deux dans un mouchoir de poche cette nuit. Je ne me fais pas trop d’illusions… Tout va bien à bord, ca se passe super bien avec mon bateau, on a vécu des bons moments de glisse avec la lune, on passe des bons moments tous les deux… J‘essaye de gérer pour être en forme sur le tour de la Guadeloupe parce qu’il va y avoir beaucoup de manœuvres. J’ai tout donné et je vais tout donner jusqu’à l’arrivée. Mais je suis déjà bien atteint physiquement. »

Jérémie Beyou, Imoca, Maître Coq :
« Là, je bricole… la nuit a été vraiment dantesque ! Je n’ai jamais vu ça. J’ai eu un grain orageux énorme et super violent, avec des éclairs partout. Il y avait 30 nœuds dessous. J’étais sous grand spi quand il m’est tombé dessus. Evidemment, ça a été galère pour l’affaler… Ensuite, c’est la retenue de safran qui a relâché. Il a fallu pas mal bricoler. Et le grain m’a poursuivi, il m’est repassé deux fois dessus. C’était l’enfer… Je n’ai jamais vu ça. »

Kito de Pavant, Class40, Otio Bastide Medical :
« Ça va nickel. Je viens de me faire un petit brin de toilette. Je me suis rasé, ça va pas mal. Par contre, ça a été l’enfer cette nuit : beaucoup de grains, de grosses bascules de vent. J’ai fait une bonne vingtaine empannages … Ce sont toujours des manœuvres compliquées, stressantes, surtout dans la nuit noire. Du coup, je n’ai pas beaucoup dormi depuis 24 heures… Là, les conditions sont plus stables. Mais nos trajectoires en zig zag vers la Guadeloupe ne sont pas idéales »

Robin Knox Johnston, Classe Rhum, Grey Power :
« Hier soir, pendant un certain temps, c’était comme dans le Pot au Noir. Parfait pour une croisière à travers l’Atlantique, mais frustrant pour la course. Il semble que l’anticyclone des Açores se déplace vers le Sud. Ceux de devant sont sortis, mais nous, nous souffrons !  Je manœuvre beaucoup, et chaque changement de voile me fait dire combien tout est grand sur mon bateau. Comment ont – ils fait sur leur Ultime en solitaire ? C’est un miracle, un témoignage de leur de courage. Quand je l’ai fait la Route du Rhum en 1982 sur mon catamaran de 70 pieds Olympus 5, je pouvais empanner en 7 minutes. Maintenant, cela me prend 20 minutes. Peut être devrais-je naviguer sur un plus petit bateau pour les prochaines courses… ».

Crédit Photo : JM Liot

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– CP –

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