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VG2020 : coups et blessures…

#EN# Photo sent from aboard the boat Prysmian Group, during the Vendee Globe sailing race on November 11, 2020. (Photo by skipper Giancarlo Pedote) #FR# Photo envoyée depuis le bateau Prysmian Group, pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 11 Novembre 2020. (Photo prise par le skipper Giancarlo Pedote)

Le passage du front cette nuit a fait quelques ‘blessés’. L’un des grands favoris de ce Vendée Globe, Charal,  fait route vers les Sables d’Olonne depuis ce matin, contraint de rentrer pour réparer une série d’avaries, dont une bastaque tribord cassée – partie du gréement qui tient le mât -. Jérémie Beyou est attendu vendredi soir dans le port Sablais. Il a jusqu’au 18 novembre 14h20 pour franchir à nouveau la ligne de départ. Pour les 32 autres concurrents – dont Fabrice Amedeo, reparti hier soir en course – cette journée du 11 novembre ressemble à une trêve. 

Le coup de tabac de la nuit a été rapide mais brutal. A l’instar de Charal, plusieurs bateaux ont souffert. Ce matin, Armel Tripon était en train de faire demi-tour en direction des côtes espagnoles où il comptait s’abriter pour réparer une drisse cassée… avant de se raviser. Le skipper de  l’Occitane en Provence a décidé de reprendre sa route et d’attendre des conditions plus clémentes pour grimper au mât et installer un système de remplacement. Thomas Ruyant devra lui aussi procéder à une ascension, exactement pour les mêmes raisons (problème de hook, drisse cassée). Une des girouettes de LinkedOut est également hors service et un vérin de pilote automatique a dû être changé. A bord de PRB, c’est une voie d’eau qui a surpris Kévin Escoffier en pleine nuit, alors qu’il inspectait l’intérieur de son bateau. Plus de peur que de mal : une vanne de puits de foil était endommagée. Elle a été réparée. 

« Je suis totalement cramée »

Pour Clarisse Cremer, c’est plutôt le moral qui est touché. « Mon bateau va mieux que moi ! » confie-t-elle ce matin lors d’une vacation émouvante.  « Je suis au bout du rouleau. Je n’ai même pas la force de renvoyer de la toile tellement je suis fatiguée. L’épisode de la nuit m’a détruit. Je suis totalement cramée. Je n’arrive même pas à manger, à dormir, je me fais peur… ». Il faut dire que les navigateurs ont vécu des heures particulièrement pénibles juste avant de traverser le front. Sam Davies a évoqué des rafales à 50 nœuds. La Britannique naviguait alors sous trois ris et tourmentin, soit une configuration de voilure réduite à son maximum. Pour ne pas casser le bateau dans une mer que l’Italien Giancarlo Pedote qualifie de « démontée », tous ont progressé prudemment, à petite vitesse. « Avec ces dépressions qui font bouillonner l’océan, cette descente de l’Atlantique est un chaudron »  résume Thomas Ruyant.

A défaut d’Armistice, c’est la trêve

Heureusement pour tous, les conditions s’adoucissent au fil de cette journée de mercredi. Eole et Poséidon n’ont pas encore signé l’armistice, mais c’est au moins une trêve, dans les eaux agitées de l’Atlantique Nord. De l’autre côté du front, à la lisière d’une dorsale anticyclonique, toute la flotte navigue au portant dans un vent de nord-nord- ouest faible à modéré. « On fait du Sud, enfin ! » s’enthousiasme Alan Roura dans une vidéo envoyée du bord.

L’océan n’est pas encore parfaitement rangé, mais la navigation sous gennaker est plus sereine… quoique… Pour les filles et les gars les plus à l’Ouest, c’est un autre exercice qui commence. Un exercice de funambule sur le fil du vent. Entre la dorsale et l’arrière du front, il va falloir trouver son équilibre, à coup d’empannages, pour ne pas tomber dans un trou d’air. Prochaines cibles dans le viseur : deux dépressions  que tout le monde va chercher à contourner par l’ouest. La première n’est pas bien méchante. Mais la seconde, prénommée Theta, est la promesse d’un nouvel épisode virulent.

En attendant, la régate a aussi repris de l’intensité. Au classement, on revoit les occidentaux apparaître dans le top 10, avec une très belle progression de Charlie Dalin (Apivia) et Thomas Ruyant (LinkedOut). Le groupe du large est revenu au contact des sudistes et sont presque sur une même ligne d’avantage… les prochaines 48 heures vont être passionnantes !

Ils ont dit

Thomas Ruyant, LinkedOut

« C’était mouvementé, je ne dois pas être le seul à faire ce retour ! C’était assez pénible, c’est difficile de naviguer sur ces bateaux-là dans ces conditions-là, on les fait souffrir. Le virement n’était pas évident ni le redémarrage au portant avec la mer de face. Malgré le haut niveau de préparation du bateau, ce sont des conditions qui le sollicitent beaucoup. D’ailleurs, je vois arriver une petite dépression qui s’enroule vite : c’est une dépression tropicale un peu plus loin dans le Sud, il va falloir faire bien gaffe parce qu’elle est sur notre chemin et elle a l’air bien virulente. Je suis un peu fatigué mais malgré tout, ça va. J’ai fait de bonnes siestes malgré les mouvements un peu brutaux du bateau, j’ai réussi à bien manger. Je m’amarine tout doucement, je ne suis pas encore à 100% , mais c’est le temps qu’il faut pour entrer dans le bain. J’ai pu renvoyer un petit peu de toile après la nuit. La mer est toujours bien pourrie, il y a une houle très croisée. C’est le chaudron toute cette descente de l’Atlantique avec ces dépressions qui font bouillonner l’océan. C’est difficile de savoir comment être toilé pour bien passer dans cette mer un peu défoncée. Les conditions s’améliorent, j’espère que dans la journée on aura une mer un peu plus cool.« 

Giancarlo Pedote, Prysmian Group

« La nuit a été blanche ! C’était compliqué de dormir, le temps était costaud, la mer démontée. Je me suis concentré sur les bases. J’avais deux ris et le J3 et je pense qu’il aurait peut-être fallu prendre un 3e ris. On s’est pris quelques claques. Les voiles n’ont pas souffert. Tout a été dans le bon sens heureusement. Je suis fatigué mais c’était bien de se prendre un front, après quand on sera dans le Sud, on va vivre d’autres situations comme ça. Ça permet de tester le bateau. C’est mieux de se le prendre ici plutôt que d’avoir de mauvaises surprises dans le Sud où on sera un peu loin de tout !

Mon bateau est en pleine forme. Il y a quelques petites bidouilles mais rien d’exceptionnel, je règlerai ça dans les alizés. J’ai hâte d’y être : enlever le ciré et avoir un peu de soleil ! Actuellement, j’ai une vingtaine de nœuds de vent mais la mer est encore très formée. J’attends encore un peu avant de renvoyer de la toile. Il va falloir faire attention encore aujourd’hui, s’alimenter, se reposer un peu. Je vais prendre les fichiers météo pour faire ma stratégie et puis ensuite faire un petit coucou à ma femme et mes enfants pour savoir comment s’est passée leur journée à l’école ! »

Clarisse Cremer, Banque Populaire X 

« La nuit n’a pas été très rigolote. Il y a eu beaucoup de vent, j’ai eu 49 nœuds en rafale et 45 établis. Ce n’était pas très drôle. Je suis un peu au bout du rouleau, je n’arrive pas à renvoyer mes voiles. J’avais un peu le mal de mer je crois, je n’ai pas réussi à manger. Le moral n’est pas au top niveau mais je m’en suis sortie sans encombre donc c’est positif mais je suis totalement cramée. Je fais profil bas. Je vais essayer de me reposer mais je n’arrive pas à dormir ni à manger. On s’en serait bien passé de cette nuit…

J’avoue que je serais bien plutôt passée au Sud mais le temps que je prenne la décision, c’était trop tard. Je n’ai pas eu le temps de faire un vrai check encore donc je ne sais pas exactement si tout va bien sur mon bateau. J’ai cassé un truc débile le deuxième jour dans mes drisses donc là je suis un peu bloquée au niveau des voiles. Il faut que j’aille réparer tout ça au pied de mât. Le bateau va mieux que moi en tout cas… Là il faudrait que je renvoie les ris et le grand gennaker mais je n’en suis physiquement pas capable, je vais plutôt me reposer. Ça a sacrément molli mais il y a un peu de mer encore. Ça bouge pas mal, mais plus on va partir vers le Sud moins il y aura de mer. Ça va mais je suis vraiment épuisée, je me fais un peu peur à être cramée comme ça. »

Classement (18h00 Heure Française)

1. Maxime Sorel – V and B MAYENNE, à 23 673 milles de l’arrivée
2. Charlie Dalin – APIVIA, à 2.17 milles du leader
3. Benjamin Dutreux – OMIA WATER FAMILY, à 2.57 milles du leader
4. Jean Le Cam – Yes We Cam!, à 3.84 milles du leader
5. Nicolas Troussel – CORUM L’Epargne, à 6.28 milles du leader

Crédit Photo : Giancarlo Pedote / Prysmian Group

Tags sur NauticNews : Vendée GlobeVG2020

– CP –

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